mercredi 6 mars 2019

Le Silence de la cité de Elisabeth Vonarburg

Synopsis : Plus de trois siècles se sont écoulés depuis les catastrophes climatiques de la fin du second millénaire et les héritiers de la civilisation détruite, de plus en plus rares et de plus en plus désaxés, vivent dans une Cité souterraine avec leurs doubles technologiques.
Dernière enfant de cette Cité, Élisa est une petite fille aux capacités physiques étonnantes ; fruit des expériences génétiques de Paul, elle annonce une humanité résolument nouvelle.
Mais Élisa saura-t-elle se libérer du passé qui l'a littéralement modelée et, du même souffle, en libérer ses nombreux enfants ?
Et qu'en sera-t-il des hommes - et surtout des femmes - qui, hors les Cités, ont survécu à la barbarie et aux mutations de toutes sortes ?

Science-fiction - 325 pages - Editions Alire (2011)

Ma rencontre avec celle qu'on appelle La Grande Dame de la science-fiction québécoise ne s'est pas faite avec ce titre, mais en septembre dernier grâce à ses Chroniques du Pays des Mères, un récit d'anticipation qui se déroulait dans un futur très très éloigné, après une catastrophe majeure ayant totalement bouleversé l'équilibre mondial de la société et des rapports humains.
Sa densité, la richesse de son propos, que ce soit d'un point de vue philosophique, sociétal, religieux, ou mémoriel... avaient ouvert en moi les vannes d'une réflexion multiforme, tout en suscitant le désir de comprendre l'origine d'un renversement collectif aussi profond et extrême. Avec toujours la sacro-sainte question du "Comment, et pourquoi en sont-elles arrivés là ?" qui ne me quittait pas.
Il me fallait comprendre et revenir dans les traces de ce passé chaotique où tout avait basculé, un peu à l'instar de son héroïne Lisbeï qui n'avait de cesse de vouloir excaver les reliques d'une mémoire oubliée. D'autant que j'avais la certitude que tout avait déjà été soigneusement pensé, hautement réfléchi par l'auteure. Comment pouvait-il en être autrement face à la dimension de ses Chroniques...

Eh bien elle était juste là, à portée de mains, cette genèse tant désirée ! Et exposée avec finesse et intelligence dans ce tout premier roman d'Elisabeth Vonarburg (quand je vous disais que rien n'était laissé au hasard ^^) qu'est Le Silence de la cité.

Oui, j'ai bien écrit premier roman, et honnêtement ça m'épate rien que d'y penser ^_^
D'abord parût en 1981 chez Denoël dans la collection Présence du futur, le succès ne s'est fait pas attendre (et on comprend aisément pourquoi) puisqu'il remporte en 1982 : Le Grand Prix de l'Imaginaire, le Prix Rosny aîné, et le Prix Boréal. Cela vous donne un petit aperçu de son estimation. 

Selon moi, le synopsis en dévoile trop, comme toujours je suis bien contente de ne pas lui avoir jeté un seul regard avant d'avoir tourné la dernière page (raison pour laquelle j'en ai éclairci le texte ci-dessus, afin de vous laisser le choix). Et comme souvent, je vous laisserai suivre votre propre chemin pour approcher cette silencieuse cité. D'ailleurs, je réalise en l'écrivant que le titre est juste parfait !

Référencer ce roman dans de la SF post-apocalyptique serait un peu trop restrictif tant il est bien plus que ça ^^ Pourtant il s'y intègre forcément en raison de son contexte placé dans un futur très sombre, après que l'homme ait tout bousillé en entraînant Le Déclin. Un point de bascule irrémédiable, né d'un cocktail détonant assez classique : accidents nucléaires, pollution extrême, surpopulation confrontée à des ressources insuffisantes, famines, épidémies, guerres... Et une Terre qui joue les shakers en se fâchant très fort avec ses dérèglements climatiques, tremblements de terre, irruptions volcaniques, grandes marées, et autres modifications de continents...
Le récit débute après tous ces cataclysmes, dans un monde post-Déclin irréparablement secoué, ravagé, et divisé en deux secteurs :

- Le souterrain où subsistent les derniers vestiges de la technologie d'avant le Déclin, les fameuses cités. Dernières détentrices d'une puissance bientôt reléguée au rang de mythe, c'est à l'intérieur de l'une d'entre elles que se déroule toute la première partie de l'histoire (qui en compte quatre), et qui a été pour moi la plus captivante.
C’est ce qu’ont toujours été les Cités. Déguisées en “Postes de contrôle” et en “Abris temporaires” alors que leurs concepteurs savaient bien qu’il n’y aurait plus rien à contrôler à la Surface et que le temporaire serait définitif.
- La surface (ou le dehors), gravement impactée par le Déclin, est un champ de ruines où des tribus redevenues primitives tentent de survivre. Dans ce retour à l'obscurantisme, se réfugier derrière la croyance en un châtiment divin a pris racine pour expliquer l'inexplicable. Les Abominations, le déficit de garçon à la naissance au profit des filles, les injustices envers les femmes réduites à l'esclavage. Comme une archéologues retrouvant d'anciens manuscrits, j'ai vu se dessiner les premiers caractères de ce qui remplirait les futures Chroniques du Pays des Mères.
Les primitifs sont imbattables sur les questions spirituelles : ils vont droit à l’essentiel, ils vous sentent le symbole à cent lieues…
Illustration de l'édition Denoël
Mais ce roman est surtout le récit d’Élisa. C'est son histoire extraordinaire qui va nous accrocher dès les premières lignes, pour ne plus nous lâcher jusqu'à la fin. Une petite fille d'abord, sur les genoux d'un grand-père pas comme les autres. Une adolescente ensuite, qui découvre par un prisme quelque peu tronqué ou truqué, ses facultés exceptionnelles, son environnement si singulier, son corps et ses désirs de femme, mais aussi sa grande soif de compréhension.
Arrivée à l'age adulte, et après de bouleversantes révélations, commence à se tracer le chemin qu'elle choisit de suivre. Après l'acceptation, surgissent les décisions à prendre pour son immense projet.

Dans le cheminement et la farouche résolution d'Elisa pour son projet, j'ai retrouvé la forte détermination de la Lisbeï du lointain futur des Chroniques... Mais aussi un certain reflet de ses délibérations sur la préservation de la connaissance ou du devoir de mémoire, dans un questionnement similaire sur l'accès à une technologique dévoyée, opposé à l'éventualité d'une nouvelle forme de dérives ou d'aliénation privée de savoir. Vaste sujet, là encore ^_^

Il semble que le besoin d'aller au bout d'une mission existentielle soit au centre de l'oeuvre de l'auteure. Lorsque l'avenir dépend des facultés d'exploration de l'identité et du corps poussé à l'extrême jusque dans la métamorphose, mais aussi des décisions et de la réussite d'une quête pour le futur de l'espèce humaine, je vous laisse imaginer la portée anthropologique et le fond philosophique du récit.

Vous l'avez compris, cette histoire recèle de nombreuses ramifications, parfois même assez vertigineuses, et pourtant elle se lit sans difficulté et s'avère très prenante. J'ai conscience que ma curiosité a sans doute été attisée par le désir de voir s'ériger les fondations d'un monde et d'une structure sociale qui m'avaient tant questionnée dans les Chroniques du Pays des Mères, avec la vague impression de me retrouver dans un panier de fils colorés, au moment crucial du choix des couleurs dominantes pour ce qui allait devenir le canevas final.
Sachant combien chaque nuance sélectionnée serait déterminante pour l'harmonie recherchée, je savais être à ce croisement décisif qui donnerait naissance à une oeuvre de SF d'un ensemble parfaitement cohérent et maîtrisé.

Si vous ne connaissez pas encore Elisabeth Vonarburg, découvrez son immense talent avec ce tout premier roman, auréolé de prix prestigieux, et mérités.
Si vous comptiez lire Chroniques du Pays des Mères, commencez d'abord par celui-ci. Ou si comme moi, vous l'avez déjà lu et apprécié, venez puiser sa substantielle genèse dans celui-ci.
Bon, vous avez saisi l'idée quoi 😋

Merci à toi, mon fidèle ami co-lecteur pour cette enrichissante découverte 😉

À ne pas manquer, l'avis d'Elyhandra
Grand Prix de l'ImaginairePrix Rosny aînéPrix Boréal 1982

vendredi 22 février 2019

Séance de rattra'pages #17 [janvier 2019]

C'est décidé, cette année les séances de rattra'pages seront désormais mensuelles ! Après moultes tergiversations, je ne peux me résoudre à laisser le blog sans un minimum d'activité, en tout cas pour l'instant ^^ Même si je ne parviens pas à publier de vraies chroniques, un billet mensuel me permettra de garder le contact avec vous, et c'est le plus important à mes yeux ! 
Je ne sais pas ce que me réserve l'avenir - des épreuves, ça c'est sûr ! - d'où l'absence de résolutions ou promesses impossibles à tenir. Peut-être que le blog s'éteindra tout doucement, ou du jour au lendemain ? Peut-être qu'il renaîtra sous une nouvelle forme, ou stagnera lamentablement ? À moins qu'il ne vivote, bon gré mal gré ^^ Nous verrons bien... Mais en attendant, je me dois de faire encore preuve d'actes de résistance car il m'a énormément apporté, et me donne encore tellement d'ondes positives et bienveillantes, et ce grâce à vous ! 

Ce rendez-vous mensuel est, comme son nom l’indique, une séance de rattrapage de mes conquêtes livresques du dernier mois écoulé. Il me permet de les passer en revue, et d'échanger à leur sujet en votre enrichissante compagnie. C'est aussi un bon moyen de ne pas laisser tomber dans l'oubli les titres évoqués, et d'en garder la trace, comme dans les précédentes séances.

Nouvelle année = nouvelle présentation. N'hésitez pas à me dire si vous préfériez l'ancienne 😉

Mes lectures de janvier 2019 sont dévoilées en ordre de préférence, de la première à la dernière place
(Cliquez sur les couvertures pour accéder aux fiches des livres)
Les Aventuriers de la Mer T4 Brumes et tempêtes de Robin Hobb 381 pages
Un souvenir classé : ✨✨✨✨💜
Encore une fois, cette lecture commune avec Itenasara a été des plus réjouissante !!! Robin Hobb est définitivement une Capitaine hors pair. L''inquiétude mêlée d'un début de clairvoyance gagne en intensité. Dans ce maelstrom d'événements, nos personnages préférés, tellement charismatiques, font preuve d'une combativité incroyable, en suivant des buts et chemins pourtant séparés. Même si de nombreuses questions se posent encore, et que les spéculations bouillonnent pour la suite, j'ai eu l'impression de commencer à entrapercevoir des éléments qui jusqu'à présent étaient noyés dans la brume. Dans ce 4ème tome se révèle une multitude de fragments encore épars mais si brillants *_* Je veux croire qu'une fois rassemblés, ils mèneront immanquablement à l'émerveillement de la découverte d'un trésor enfoui.
Nom de Sâ ! J'ai adoré, comme le confirme ma chronique fraîchement sortie de l'eau 💦


DE BELLES RETROUVAILLES :


L'étrange vie de Nobody Owens de Neil Gaiman 320 pages
Prix HugoPrix Locus
Un souvenir classé : ✨✨✨✨✨
Qu'avez-vous fait vous, pour le jour de l'An ? Moi, j'ai répondu à la traditionnelle invitation de Mr Gaiman. Les réveillons passés avec lui sont toujours réussis. Que ce soit dans une ambiance de conte nordique avec Odd et les géants de glace. Au sein de l'effrayante réalité alternative de Coraline. Ou encore vers les souterrains glauques du Londres d'En Bas de Neverwhere, il m’emmène toujours dans d'étonnants endroits. Cette fois, les festivités ont encore été follement baroques, le lieu de rendez-vous étant un cimetière 😁 Le transparent petit Bod, Maître de cérémonie, m'a présenté son étrange et bienveillante famille d'adoption, des ectoplasmes un peu blafards et désuets, mais très gentils ! Heureusement, on m'avait prévenue que le thème de la soirée était "sépulture", j'avais prévu la tenue de circonstances👻 Nous avons valsé dans les caveaux poussiéreux sur la traditionnelle Danse macabre, qui n'avait pas eu lieu depuis 80 ans, quelle chance ! Bon, les invités n'étaient pas tous amicaux, c'est vrai. J'ai vu des goules assoiffées, et un sale type qui voulait forcer les grilles pour s'en prendre à ce gentil Bod. Mais heureusement Silas son tuteur, jouait aussi les videurs.
Hé, ne faîtes pas ces têtes d'enterrement, c'était encore une fois un moment livresque d'exception, et digne des plus belles réceptions :)
Dans ses remerciements de fin d'ouvrage, N. Gaiman dit : « j’ai une dette énorme – consciente et, je n’en doute pas, inconsciente – envers Rudyard Kipling et les deux volumes de son remarquable Livre de la jungle. Je les ai lus enfant, passionné et impressionné, et les ai relus et rerelus maintes fois depuis. Si vous ne connaissez que le dessin animé Disney, vous devriez lire les livres. »
Merci Mister Gaiman ! 


Persuasion de Jane Austen 316 pages
Un souvenir classé : ✨✨✨✨✨
Après Orgueil et Préjugés, le petit bijou de cette illustre femme de lettres anglaise, comment résister à un autre de ses indispensables titres. Persuadée que son dernier roman, publié à titre posthume en décembre 1817, saurait lui aussi me conquérir, je n'ai pas été influencée dans mon choix, contrairement à son héroïne Anne Elliot, qui a écouté les conseils d'une amie la persuadant de refuser une demande en mariage huit ans auparavant, sous prétexte que le soupirant n'avait pas de titre ni de richesse (bonjour la copine ^^). J'ai retrouvé avec bonheur le piquant bel esprit de cette plume ravissante. Toujours si habile pour mettre en exergue les affres du coeur, écrasé par le poids des regrets et de l'éternel dilemme entre mariage d'amour et mariage d'intérêt, mais où le droit à la seconde chance est aussi mis à l'honneur. On retrouve également dans cet ultime roman sa brillante éloquence pour nous brosser un tableau sans concession de la snobe et superficielle vie mondaine du Bath de l'époque. Du pur et savoureux Jane Austen dans ce qu'elle maîtrise à la perfection ! Alors, êtes-vous convaincu.e, ou dois-je encore prendre quelques leçons dans l'art de la persuasion ?
Extrait : « Si j’ai eu tort en cédant autrefois à la persuasion, souvenez-vous qu’elle était exercée pour mon bien, je cédais au devoir. Mais ici on ne pouvait invoquer aucun devoir pour me faire épouser un homme qui m’était indifférent. » 

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LE PLOUF DU MOIS
Coldtown de Holly Black 471 pages
Un souvenir classé : ★☆☆☆☆
L'unique petite étoile que j'octroie à ce roman tient à l'intérêt trouvé dans les citations célèbres des débuts de chapitres, et toutes sur le thème de la mort. Voici un florilège de mes préférées, en ultime geste de compassion, avant de le laisser couler à pic dans les abysses de l'oubli 😁
- Nous nous battons tous contre notre propre remède, car la mort est le remède à tous les maux. Sir Thomas Brown
- Nos morts ne meurent que quand nous les oublions. George Eliot.
- Quand chagrine est la vie, L’espoir anéanti, 
« Va ! » dit le monde, « Viens ! » dit la tombe. Arthur Guiterman
- La mort est reine en ce bas monde : c’est le pré où elle élève les vivants pour s’en nourrir. La mélopée des douleurs est la musique qui accompagne son banquet. George Eliot
- Toutes les reliques des morts sont précieuses, quand on les chérissait vivants. Emily Brontë
- Alors que je croyais apprendre à vivre, j’apprenais à mourir. Léonard de Vinci
- La mort de ta grâce a paré ses ténèbres. Alfred Tennyson




UN NOUVEAU RENDEZ-VOUS :


Objectif : diffuser les résonances de mon exploration auditive de l'oeuvre d'un auteur classique.
Fréquence : indéterminée.
Premier invité : Howard Phillips Lovecraft.

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Voilà ! C'est fini pour aujourd'hui ! Rendez-vous le mois prochain ;-)
Et en attendant, la consigne reste la même : LIRE SANS MODÉRATION ! Ciao 😘

vendredi 15 février 2019

🎧 Écoute tes classiques 📚 #1 : [H. P. Lovecraft]

En ce début d’année, je pense avoir trouvé un stratagème pour sustenter mon appétit de lectrice ! Après tout, pourquoi ne pas mettre à contribution mes 👂👂 au lieu de les laisser oisives, à se rouler bêtement les tympans, dans l'attente du train en partance pour Morphée, je vous le demande ? D'autant que ces temps-ci, les heures d’arrivée en gare de mon "wagon-roupillon" subissent de gros GROS retards. Alors autant être pragmatique, et enfiler mes écouteurs, plutôt que de rester sur le quai à laisser mes pensées battre la noire campagne 😉

Place donc à ce nouveau rendez-vous, inauguré par le célébrissime Howard Phillips Lovecraft,
et ayant pour objectif de vous offrir les résonances de mon exploration dans l'univers d'un auteur.

Children of Lovecraft par Mike Mignola

Je n'aurais pas la prétention de vouloir vous dresser un portrait de cet écrivain que l'on ne présente plus, vous trouverez sur le net d'exhaustives et abondantes sources pour cela. Je souhaite seulement mettre en avant ma perception auditive et sensorielle de cette incursion absolument saisissante dans l'oeuvre de l'auteur ! Je ne reprendrais donc que quelques lignes pour situer le personnage :
Howard Phillips Lovecraft, né le 20 août 1890 à Providence (Rhode Island) et mort le 15 mars 1937 dans la même ville, est un écrivain américain connu pour ses récits fantastiques, d'horreur et de science-fiction.
Ses sources d'inspiration, tout comme ses créations, sont relatives à l'horreur cosmique, à l'idée selon laquelle l'homme ne peut pas comprendre la vie et que l'univers lui est profondément étranger. Ceux qui raisonnent véritablement, comme ses protagonistes, mettent toujours en péril leur santé mentale...
L’Appel de Cthulhu – illustré par François Baranger

Et là, je sais ce que vous pensez : En choisissant les mots de Lovecraft pour me bercer jusqu'aux portes du sommeil, je suis un peu siphonnée... mouais, peut-être bien 😋 
Et pourtant, si je vous dis que les visions torturées et cauchemardesques de ces textes ont été des compagnons de minuit assez captivants, qui ont su me plonger dans une atmosphère unique et très enveloppante. En fait, écouter du Lovecraft dans le noir n'est-elle pas la meilleure façon pour s'en imprégner ? Je réponds oui, sans hésiter !
Mon esprit s'est immergé dans les abysses de la mythologie lovecraftienne avec une étrange avidité. Des histoires que je n'avais fait qu’effleurer lors de précédentes lectures datant de plusieurs années, ont pris soudain une ampleur insoupçonnée dans ce contexte d'écoute nocturne. En faisant se succéder les récits, soir après soir, j'ai eu la sensation d'assister à une naissance fantasmagorique, une ombre qui prenait forme et consistance sur les murs de ma chambre, au fil des récit, pour devenir une étrange entité aux dimensions surprenantes. 


Après avoir assimilé les paroles de tous ces textes, - certains ayant été plus envoûtants que d'autres, notamment en raison du talent de conteur perçu (mention spéciale à Jean-Luc Fischer) - j'ai choisi de simplement vous les lister dans l'ordre de mes préférences (étoiles à l'appui), sans les détailler individuellement étant donné que pour moi, ils font partie d'un chœur de sensations que je ne souhaite pas dissocier, mais dont j'espère diffuser l'écho jusqu'à vous, en partageant cette indéfinissable virée noctambule 🌛 (un petit clic sur les titres vous emmènera vers leurs pistes audio) : 

La couleur tombée du ciel
illustration de Paul Flanders
Á la suite de ce substantiel tour d'horizon, ma première réflexion a été de me dire que les méninges du Monsieur ne devaient pas baigner dans un océan de sérénité ^_^ Plus d’une fois, je me suis étonnée du nombre de terreurs cosmiques et d'ambiances méphitiques ou pestilentielles croisées dans ces histoires, comme un flot sinistre contre lequel Lovecraft ne pouvait lutter, usant et abusant des adjectifs et superlatifs sépulcraux ^^ L'étendue grise et macabre de ses songes était certainement envahie de monstres et de funestes naufragés qu'il n'avait de cesse de vouloir faire émerger par l'encre de sa plume fascinante.

La récurrence de thèmes chers à l'auteur m'a interpellée :

- La découverte de savoirs interdits (L'Appel de Cthulhu), ou l'excavation de forces surnaturelles incontrôlables (Le molosse), condamnant ses personnages à une peur rampante les menant jusqu'à l'inexorable folie, faisant entrevoir la mort comme seule issue.
Le Cauchemar d'Innsmouth,
illustration de Mushstone
- La révélation d'entités extraterrestres ou de civilisations immémoriales, poussant irrémédiablement ses protagonistes dans un abîme de terreur (Les montagnes hallucinées, Le Temple, Chuchotements dans la nuit, ou La cité sans nom).
- L'omniprésence d'odeurs putrides et infâmes dans tous les récits, annonciatrices des pires abominations, et de la piste à suivre vers l'innommable.
- La préoccupation obsédante d'une malédiction héritée d'une lignée de descendants corrompus (Les Rats dans les murs, La peur qui rôde, Le Cauchemar d'Innsmouth, L'Affaire Charles Dexter Ward), poussant le héros vers un néant mortifère.
- La confiante rationalité de départ et l'affirmation du besoin de compréhension des personnages, forts de confronter leur érudition à des phénomènes étranges ou surnaturels (La couleur tombée du ciel), suivies de leur impuissante reddition face à l'invincibilité de l'horreur révélée.
- La réutilisation d'éléments retrouvés dans différentes histoires (comme le grimoire secret d'Abdul al-Hazred) et destinés à façonner le mythe.
- Le goût très prononcé des décors cyclopéens, abysses spectrales, tombeaux profanés, lieux maudits, campagnes hantées, catacombes impies... souvent localisés dans sa Nouvelle-Angleterre natale, mais pas toujours.

Derrière le côté obsessionnel et délirant de ses écrits, s'élève un édifice forgé dans l'art de l'aliénation, dont les perspectives m'ont donné le vertige, comme si j'étais à proximité d'un gouffre insondable, curieuse d'éprouver la profondeur de son mystère. En cela, j'ai véritablement senti sa faculté exceptionnelle d'emmener son lectorat dans un trip dément :)
Je mets volontairement de côté la face obscure de l'homme (même si elle me met profondément mal à l'aise ^^), et préfère séparer l'oeuvre de son créateur, sans intention de vouloir juger les pensées crépusculaires d'un écrivain aussi singulier...
Seules ses créations, sources d'inspirations passées, et d'influences futures inépuisables, ont aiguillonné mon désir d'approfondir l'édifice littéraire de l'un des auteurs les plus marquants du vingtième siècle. Après tout, l'oeuvre lovecraftienne est incontournable dans la culture d'aujourd'hui, et mon initiation quoique tardive aux chants de Cthulhu, n’en était que plus pressante et justifiée. 
J'ai été aimantée et entraînée presque malgré moi dans les méandres caverneux d'un talent hors du commun, avec l'espoir de parvenir à esquisser les contours d'une création ayant enflammé tant de générations d'artistes, alors que Lovecraft ne rencontra jamais la célébrité de son vivant.
« Au-delà de simples adaptations, Lovecraft et ses récits ont un impact profond sur la culture populaire et ont été loués par de nombreux écrivains contemporains. [...] D'autres artistes plus jeunes ont été influencés par Lovecraft : Clive Barker, Stephen King, Alan Moore, Neil Gaiman, John Carpenter, Stuart Gordon, Guillermo del Toro, Junji Itō et H. R. Giger. Le Mythe de Cthulhu a été une source d'inspiration pour les auteurs de par le monde, et on retrouve des éléments lovecraftiens dans des romans, des films, de la musique, des jeux, des bandes dessinées et même des dessins animés. L'écrivain argentin Jorge Luis Borges a écrit sa nouvelle There are more things en pensant à Lovecraft. Michel Houellebecq écrit Contre le monde, contre la vie, essai sur Lovecraft, une biographie littéraire. Joyce Carol Oates a fait une introduction à une anthologie de récits de Lovecraft. La Library of America a publié un volume dédié à Lovecraft, en 2005, en le qualifiant d'écrivain américain canonique.  En outre, « des versions fictionnelles de H. P. Lovecraft, des personnages basés sur Lovecraft ainsi que des références explicites à Lovecraft en tant qu'auteur d'histoires du mythe de Cthulhu apparaissent dans plusieurs fictions »
Mais (car il y a bien un mais), même si l'expérience fût stupéfiante, j'ai dorénavant la certitude que H. P. Lovecraft ne prendra pas place dans le panthéon de mes auteurs préférés. Une question de sensibilité sans doute ^^
Malgré tout, grâce à ces édifiantes nuits d'écoutes, je crois être parvenue un tant soit peu à comprendre pourquoi Stephen King a dit de lui qu'il était, je cite « Le plus grand artisan du récit classique d'horreur du vingtième siècle », même s'il me reste encore les différents tomes de la saga Cthulhu : Le mythe à exhumer de ma bibliothèque pour atteindre l'ultime révélation. 

Et vous, avez-vous lu (ou écouté) du H. P. Lovecraft ? Aimez-vous sont univers lugubre ? L'appel de Cthulhu a-t-il résonné dans votre esprit ? En êtes-vous sorti indemne ? Racontez-moi tout ;-)

Ah, je vous vois venir... Vous voulez savoir si je n'ai pas cauchemardé un max ?
En fait, non, pas plus que d'habitude !
Bon, c'est vrai que j'ai un peu (beaucoup 😬) creusé dans la cave parce que j'entendais des drôles de bruits... Et puis il fallait que je trouve l'origine de cette odeur... beurk ! Je crois que j'ai trouvé ! Dans une infecte substance verdâtre, j'ai découvert une statuette plutôt flippante, et aussi un livre très bizarre intitulé Le Necronomicon.
Drôle de coïncidence... Il faudrait que j’éclaircisse tout ça...
Mais pas tout de suite, je suis rassasiée de voyages hallucinatoires pour l'instant... 😵  

jeudi 7 février 2019

Les Aventuriers de la Mer T4 : Brumes et tempêtes de Robin Hobb

Synopsis : Quelle ironie ! Alors qu'Althéa prend enfin le chemin du retour, après une année d'absence, la famille Vestrit, à l'image de Terrilville, est plus menacée et divisée que jamais. Ignorant tout des dangers qui pèsent sur elle, la jeune femme espère que Kyle Havre tiendra sa promesse et lui rendra sa vivenef Vivacia, dont elle n'aurait jamais dû être dépouillée. Mais le destin a plus d'un tour dans son sac... Kyle ne possède plus la Vivacia, qui a été arraisonnée par le terrible pirate Kennit. Sa vie et celle de son fils Hiémain ne tiennent maintenant plus qu'à un fil, car le jeune homme doit amputer la jambe gangrenée de Kennit : si le pirate venait à mourir, Kyle et Hiémain passeraient immédiatement de vie à trépas !

Titre original : The Liveship Traders Trilogy, book 2 : Mad Ship (1999)

Fantasy - 381 pages - Editions J'ai Lu (2005)

🔔 Ohé ohé, moussaillons ! Nous revoilà sur le pont ! 🔔
Accrochées au bastingage, Itenasara et moi avons repris le large 🌊

Encore une fois, Robin Hobb a été une Capitaine hors pair pour prendre la tête du convoi, et fendre les flots de mes émotions. Une quatrième traversée à l'ambiance particulière. Presque étrangement calme, comme si l'histoire se trouvait dans l’œil du cyclone, au sein de ce trompeur moment d'accalmie passager qui ne dure jamais, et précède toujours le retour des terribles bourrasques .

Je ne suis pas en train de dire qu'il ne s'est rien passé dans ce tome, bien au contraire ! Durant ce semblant de répit illusoire, les personnages et les événements se sont retrouvés à des croisements décisifs, dont seul l'avenir pourra nous livrer les conséquences. D'ici-là, ce sont de nouvelles craintes, et les contours de lendemains incertains qui semblent jaillir en divers endroits.

D'abord sur les ponts de trois merveilleuses vivenefs, où le roulis forcit à mesure que l'inquiétude gagne en intensité. 
- La Vivacia, capturée par des pirates, et dont l'avenir s'engouffre dans une tempête d'incertitude, est en grand danger.
- La sage Ophélie au caractère bien trempé, est aussi menacée depuis que les mercenaires de cet imbécile de Gouverneur l'ont attaquée.
- Et ce cher et attachant Parangon, échoué depuis des années sur le sable, se retrouve dangereusement convoité pour son bois sorcier.

À terre, les ombres s'allongent sous un ciel chargé de menaces. Les rues de Terrilville deviennent inquiétantes, les taxes étranglent les marchands, les traités passés sont foulés aux pieds, et la colère devrait bientôt gronder. 

Dans ce maelström d'événements en devenir, nos personnages préférés mûrissent par la force des choses, et se trouvent confrontés à des choix qui n'en sont pas vraiment. 
La famille Vestrit, au centre des bouleversements, voit ses membres, tous différents et tellement charismatiques, faire preuve d'une combativité incroyable, en suivant des buts et chemins pourtant séparés.

Hiémain reste mon élu ! De ce jeune homme irradie une authentique lumière, une chaleur bienfaitrice qui inondent les pages qui lui sont dédiées. Sans trop en dire à son sujet, j'ai eu le sentiment d'assister à l'émergence d'une libération multiple : libération du joug paternel, libération d'un pouvoir refoulé (ou sincèrement ignoré ?), libération d'une forme d'acceptation de sa destinée... Il sort peu à peu de sa chrysalide, nimbé d'une force qui le dépasse encore, mais qu'il commence néanmoins à entrevoir, et j'en suis ravie !
« Accepte et tu pourras survivre. Si tu restes en arrière, en répétant que ce n’est pas ta vie, que tu n’es pas fait pour ça, tu passeras à côté. Il se peut que tu n’en meures pas mais autant être mort, pour ce que ça te rapportera, à toi ou aux autres. »
Althéa, Ronica, ou Keffria incarnent la force féminine inébranlable de cette famille, droites et presque stoïques dans l'adversité, elles gardent le cap avec détermination.

De détermination, la perfide et calculatrice Malta n'en manque pas non plus, mais seulement pour servir ses propres ambitions. Elle va leur en faire baver, c'est une certitude. Je suis convaincue qu'elle tient davantage des Havre, patronyme de son exécrable père Kyle, et que rien de bon ne coulera de sa malignité. 

Ce même Kyle, qui est en fâcheuse posture pour l'instant, n'a pas dit son dernier mot, c'est certain. J'ai dans l'idée qu'il mijote un mauvais coup, et qu'il serait prêt à s'allier à un ennemi passé (un individu aussi peu recommandable que son nom est imprononçable) pour reprendre la main. Ces deux-là pourraient former un sinistre binôme, j'en frémis d'avance 😨

Un nouveau personnages issu du Peuple du Désert des Pluies m'intrigue énormément : Reyn ! Je pressens qu'il va jouer un rôle important, et suis un peu attristée à l'idée que cette peste de Malta se joue de lui. Je ne le sens pas mal intentionné, mais empli d'ardents espoirs face aux mystères endormis de la Cité des Anciens.

Le fruit de mes plus grande délibérations se porte sur Ambre. Qui est-elle vraiment ? D'où tient-elle ce savoir, ces informations, et cette capacité presque intuitive à envisager les événements passés et à venir ? Elle est la plus magnétique du récit. Ses paroles semblent toujours tirées d'un puits de sagesse immémorial. Je fonde de grands espoirs sur son acuité, ainsi que sur son désir de protéger Parangon de ces vautour prêts à le débiter en fagots magiques. J'espère que le lien qui les unit se transformera en une inattaquable corde d'amarrage.
« La fatalité fond sur nous. Le temps s’étire, les jours se suivent pesamment, en nous berçant de l’illusion que le désastre redouté va être différé. Puis, brusquement, les jours sombres que nous avons tous prédits sont sur nous, et l’heure est passée où nous aurions pu éviter le sort funeste. »
Et pendant ce temps, dans les fonds marins, les serpents attendent la révélation, qui sera ardente et d'envergure, j'ai déjà ma petite idée là-dessus ^_^ Et croyez-moi, elle m'enchante par avance !!!

De nombreuses questions se posent encore pour la suite : Qui est Celle-Qui-Se-Souvient ? D'où peut bien venir tout le savoir d'Ambre ? Que mijote Brashen ? Quel place va occuper Le Peuple du Désert des Pluies ? Que cache cette mystérieuse cité des Anciens ?
Ahhh... Que de perspectives... Que de bouillonnements futurs...

Mais j'ai l'impression de commencer à entrapercevoir certains contours, qui jusqu'à présent étaient dans le noir total des fonds marins. Dans ce 4ème tome se révèle une multitude de fragments encore épars mais si brillants *_* Je veux croire qu'une fois rassemblés, ils mèneront immanquablement à l'émerveillement de la découverte d'un trésor enfoui.
« Je crois qu’il y a dans le cœur des hommes une place créée pour l’émerveillement, une place endormie qui attend de s’épanouir. Durant toute la vie, on amasse des trésors pour la remplir. Parfois, ce sont de minuscules bijoux étincelants : une fleur éclose à l’abri d’un arbre mort, l’arc de sourcils d’un petit enfant conjugué à la rondeur de sa joue. »
Nom de Sâ ! 
Moi qui ne pensais écrire que quelques lignes, me voilà avec une petite chronique toute frétillante et fraîchement sortie de l'eau ! 💦 Il y a assurément de la magie hobbienne là-dessous 😍

Mille mercis à toi Itenasara, d'avoir vogué à mes côtés :) 
J'invite tous ceux qui passe ici à vite aller lire Ton journal de bord !

vendredi 11 janvier 2019

Séance de rattra'pages #16


N’ayant pas la possibilité de chroniquer toutes mes lectures, j’ai créé ce petit rendez-vous trimestriel afin de faire la synthèse de mes découvertes passées, et surtout d'en garder la trace.
Ce billet, publié à chaque fin de trimestre, est, comme son nom l’indique, une séance de rattrapage de mes conquêtes livresques des trois derniers mois écoulés.
Voici donc mes lectures des mois d'octobre, novembre et décembre 2018, classées par ordre de préférence, de la première à la dernière place 😉
Et pour retrouver les précédentes séances, c'est par ici...

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(Cliquez sur les couvertures pour accéder aux fiches des livres)
  • La Route de Cormac McCarthy (251 pages) : Voilà LA GROSSE CLAQUE de ce trimestre, et même de l'année !!! Celle qui m'a salement ébranlée💔, et a carbonisé le barrage ultime de mes émotions dans un sanglot trop longtemps retenu. Un style percutant, âpre, aux dialogues dépouillés et pourtant si puissants. Un roman qui allume un feu rougeoyant à l'intérieur de vos tripes, vous consume un peu plus à chaque page, et vous laisse un goût de cendres dans la bouche une fois terminé. Un prix Pulitzer post-apocalyptique à la flamme primordiale dévorante 🔥, à lire absolument !
  • Déracinée de Naomi Novik (504 pages) 🎄Lecture de Noël🎄: Vous cherchez un récit proche du conte pour vous étourdir de magie crépitante ? Vous souhaitez assister à toute une palette de sorts, allant des plus balbutiants aux plus ensorcelants ? Vous ne craignez pas de vous perdre dans une forêt sombre et maléfique, et de vous laisser boulotter par l'un de ses arbres, au risque d'y passer l'éternité ? Vous frémissez d'impatience de rencontrer un dragon bougon, sans ailes ni écailles, qui vit dans une tour et kidnappe une jeune fille tous les dix ans ? Eh bien dans ce récit constellé de distinctions (prix Locus, Nebula, British Fantasy) vous serez copieusement servi.e.s 🌟
  • Cantique de Noël de Charles Dickens (156 pages) : 🎄Lecture de Noël🎄: Un admirable Cantique de Noël dont la relecture me transporte à chaque fois dans l'ambiance voulue, et toujours avec le même ravissement renouvelé. C'est incontestablement LE livre qu'il faut lire à cette période de l'année, surtout si comme moi vous n'êtes pas d'humeur très festive ! En résumé, si je devais n'en conseiller qu'un seul et unique pour illuminer votre 25 décembre et lui redonner un sens universellement solidaire, ce serait celui-là 🎅
  • Les Aventuriers de la Mer, tome 3 : La Conquête de la liberté de Robin Hobb (379 pages) : Retour en mer avec Itenasara pour une LC de ce troisième chapitre aux remous de plus en plus bouillonnants. Les eaux de Robin Hobb poissonnent de mystères - et de serpents ! - qui ne demandent qu'à émerger ! Ça tangue pas mal dans ce tome, et notre inquiétude forcit à mesure que nos personnages favoris sont ballottés par les épreuves qui surgissent sans crier gare. Proportionnellement, la répugnance que nous inspirent ceux qui gagnent du galon dans l'antipathie, brassent aussi furieusement nos émotions laissées sans répit. Cette saga n'en finit pas de me surprendre par son horizon de promesses épiques à venir. L'avis de ma chère co-lectrice ne pourra que définitivement vous en convaincre, plongez-y vite !💦
  • L'Heure du Loup de Robert McCammon (693 pages)🎃Lecture d'Halloween🎃: C'est avec la langue pendante, et les coussinets encore fumants que s'est terminée cette lecture furieusement bondissante ! Menée à un train d'enfer, je peux affirmer que cette aventure fût l'une des plus exaltantes du trimestre ! Quand un loup-garou redoutable, et agent secret de surcroît, est mis au défi de sauver le débarquement allié tout en croquant du nazi au passage, je vous laisse imaginer ce que cela peut donner. Suivez les cadavres empreintes de loup dans la neige pour accéder à ma tanière, et retrouver les traces rougies de ma chronique 🐺
  • Saules aveugles, femme endormie de Haruki Murakami (427 pages) : Mon année livresque ne serait pas pleinement réussie sans un titre de l'un de mes auteurs préférés au palmarès ! J'ai fait duré ce recueil de nouvelles sur plusieurs mois, afin d'avoir la sensation d'être sous perfusion lente de Murakami, et d'en savourer mot après mot, ligne après ligne, page après page... Le plaisir sera peut-être prolongé par le projet d'une adaptation par Arte France Cinéma qui semble s'annoncer, et je suis curieuse de savoir quelles seront les six nouvelles choisies parmi les 23 de ce recueil, choix cornéliens à mes yeux ^^ Je remercie au passage le généreux Père Noël de m'avoir gâtée de sa toute récente oeuvre Le meurtre du commandeur 😊
  • Carrie de Stephen King (243 pages) 🎃Lecture d'Halloween🎃: Comme beaucoup, je connaissais le film, mais j'étais intriguée à l'idée de lire le roman d'origine, d'autant qu'il s'agit du tout premier publié par l'auteur. Au passage, merci à sa femme, Tabitha, d'avoir récupéré les premières pages dans la poubelle et de l'avoir encouragé à poursuivre son écriture. L'idée d'avoir apporté à ce récit paranormal un côté plus rationnel en l'améliorant de coupures de presse, d'extraits fictifs de livres traitant du phénomène, et d'éléments épistolaires, lui donne un relief supplémentaire. Un premier titre qui mettait déjà tous les voyants au vert pour la suite de la carrière du King !
  • La tour de Babylone de Ted Chiang (406 pages) : En principe, dans chacune de ces séances, il y a au moins un titre plus exigeant ou ardu que les autres. D'abord destiné à me triturer un peu les neurones, histoire de pimenter le trimestre, et de ne surtout pas m'endormir sur mes lauriers illusoires, c'est aussi un moyen de tester mes maigres limites. Voici donc l'animal qui m'a tenue en respect. Un recueil de nouvelles de haute voltige, du genre à vous filer quelques complexes au passage, et qui vous démontre combien vous vous sentez minuscule face à des textes si maîtrisés ^_^ Et lorsque la récompense et le plaisir sont au bout de la plupart d'entre elles, que vous vous dites : "Ah ouais, c'est balèze quand même !!!", et que vous y repensez longtemps après... alors c'est un pari joliment gagné pour votre petit cerveau soudainement électrisé ;-)
  • Comme un conte de Graham Joyce (440 pages) : Prix British Fantasy 2013, et Prix Imaginales 2015, ce roman fantastique a vraiment quelque chose de spécial. Il nous balade entre rêves et réalité, brouillant volontairement les cartes entre présent tangible et monde de Faërie (pas si gentillet et idyllique que ça d'ailleurs ^^), en obscurcissant continuellement la frontière entre sincérité et affabulation. Comme un conte dont je ne voulais pas douter, j'ai envisagé la fin assez facilement, mais cela n'a pas gâché mon plaisir de l'éprouver. Lire d'autres romans de cet auteur anglais qui nous a quittés trop tôt est aussi devenu une évidence après cette belle et inattendue échappée livresque 🌳

  • Hantise de Shirley Jackson (254 pages) 🎃Lecture d'Halloween🎃: Shirley Jackson (1916-2016) est considérée par ses pairs comme l'un des auteurs américains cultes du genre horrifique, au même titre que Poe et Lovecraft. Je brûlais donc de curiosité à l'idée de m'aventurer dans un récit de cette reine des ombres, et de dépoussiérer ce classique (publié en 1959), tenu par Stephen King pour l'un des meilleurs romans fantastiques du XXe siècle. D'une tension étonnante, j'ai été absorbée dans l'atmosphère gothique et oppressante de cette maison, et par le pouvoir de cette plume à nous maintenir sous son emprise jusqu'à la page ultime. Une immersion dans l'univers S. Jackson qui appelle d'autres hantises volontaires ;-)
  • La puanteur des morts de Camille Bouchard (404 pages) : Retour sur le seul, mais pas des moindres, thriller historique de cette sélection. Direction : la Nouvelle-Orléans, encore ! Cela faisait longtemps que je n'y avais pas traîné mes guêtres ;-) Cette fois j'ai atterri à l'aube de la guerre de Sécession, dans une ville prête à s'embraser dans la violence, pour assister à une funeste enquête sur des meurtres d'esclaves, à la chair lacérée de symboles vaudou. J'ai trouvé particulièrement réussi le contexte dans lequel l'intrigue se déroule : une vraie poudrière en devenir, qui se nourrit d'injustice et de révolte. Les personnages sont épatants, bien campés, et évoluent dans une ambiance historique tellement immersive et bien retranscrite que l'on s'y croirait presque. Un titre (avouez qu'il est engageant 😀) que je recommande sans hésiter aux amateurs du genre, 
  • Ring (Saga Ring - tome 1) (309 pages) + Double Helice (Saga Ring - tome 2) de Kōji Suzuki (378 pages) : J'aime la littérature japonaise. J'aime les romans flippants. J'aime me pénétrer de l'oeuvre originale d'une histoire ayant inspirée tant de réalisateurs (que de films autour du Ring, c'est dingue 😵). Et je n'ai pas été déçue ! Cette saga Ring était d'abord une trilogie, et compte maintenant cinq romans. Après la lecture de ces deux-là, je peux affirmer que le tome 2 est mon préféré, et je compte bien lire La Boucle, histoire de tenter de la refermer ;-D Si Kōji Suzuki a du savoir-faire pour cerner les relations humaines et la psychologie de ses personnages, il sait aussi faire monter la tension de son lectorat dans une courbe ascendante inexorable, pour mieux l'encercler à la fin. Un conseil, faites bien attention à ce que vous visionnez 😁
  • Les fils du destin de Chris Red (394 pages) : Avec un scénario qui garde le cap, une bonne dose d'action, et une générosité de moyens (prophétie énigmatique, bestiaire et mondes étonnants, sauts temporels, bagarres énergiques...), Chris Red nous propose un thriller de science-fiction sympathique, et peuplé de personnages dont le sort et les liens qui les unissent nous importent, nous poussant à vouloir connaître le fin mot de l'histoire. Ma chronique.
  • Le grillon du foyer de Charles Dickens (127 pages) 🎄Lecture de Noël🎄: Parce que mon envie d'y revenir après l'ultime couplet du Cantique de Noël était pressante, Le grillon du foyer s'est invité dans la maisonnée par la fenêtre laissée entrouverte. Moins émerveillée que par le précédent, c'est surtout pour prolonger l'effet Dickens qu'il a rempli son rôle. Même si son histoire sera assez vite oubliée, je pardonne volontiers ma légère désillusion à l'un de mes auteurs préférés ;-)
  • Sleepy Hollow de Washington Irving (75 pages) : Cette nouvelle datant de deux siècles 😮, souffre d'un lourd manque de rythme durant les cinquante premières pages, puis s'emballe un peu abruptement dans un galop longtemps espéré pour les vingt-cinq dernières. La plume est belle, romanesque, et fidèle aux classiques de l'époque, mais le cavalier se fait tout de même désirer ^^ L'adaptation de Tim Burton, qui a pris de nombreuses libertés il est vrai, remporte de loin ma préférence. Mais la beauté du style et l'âge avancé du texte forcent l'indulgence.
    ⛄⛄⛄⛄⛄⛄⛄⛄⛄⛄⛄⛄⛄⛄⛄

    Cette dernière séance de l'année 2018 reflète plutôt bien les événements du calendrier à l'origine de mes choix. Deux listes préparées en amont m'ont évité bien des tergiversations inutiles. D'un côté celle des lectures d'Halloween, et de l'autre celle de l'Avent. N'ayant pas trop d'inspiration pour mon planning livresque, elles ont été les bienvenues.

    Cette année encore, je fais l'impasse sur les statistiques, ce n'est décidément pas mon truc ! Je n'ai pas non plus besoin de calculette pour savoir que l'activité du blog marque fâcheusement le pas 😔. Mais pour terminer sur les éléments positifs de cette année livresque tout juste achevée, je me console en réalisant que j'ai lu davantage que la précédente, que ma pile à lire s'est carrément goinfrée (les comptes sont hautement confidentiels et frisent même l'inconvenance 😳), et que j'ai fait de savoureuses découvertes.
    Mon podium de l'année :
    Suivent à la queue leu-leu et en honorable 4ème place, les tomes 2 & 3 de la dépaysante et merveilleuse saga Les Aventuriers de la Mer de Robin Hobb, dont vous entendrez reparler ;-)

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    🎧 RUBRIQUE PODCAST
    Le podcast mis à l'honneur ce trimestre est : Fictions / Samedi noir sur France Culture :

    Un rendez-vous destiné au grand public : ces fictions ont pour mission de nous émouvoir, nous divertir, nous intriguer, en version noire et anticipation. Pour l'écouter, c'est par ici
    J'ai été captivé par de savoureuses histoires comme : La couleur tombée du ciel, et Chuchotements dans la nuit de Howard Phillips Lovecraft, ou encore L’échiquier du Roi de Xavier Mauméjean, et Hostiles de Franck Thilliez, pour n'en citer que quelques-unes 😊



    Voilà ! J'espère que ce copieux billet ne vous a pas semblé indigeste. À dire vrai, j'ai bien cru ne jamais réussir à l'écrire ^_^ Je traverse un moment où il m'est difficile de trouver la légèreté pour publier... C'est pourquoi le blog va sans doute entrer dans une phase d'hibernation, ou d'activité sporadique, je ne sais pas encore... mais je préfère vous en avertir :-) Les circonstances font que je ne peux rien vous promettre pour 2019, et vous remercie par avance pour votre patience et bienveillante compréhension.

    Je vous souhaite une belle et lumineuse année 2019, pleine de santé, remplie de douceurs, de moments heureux, et de merveilleuses et inoubliables lectures.
    😘