samedi 30 novembre 2019

Les lions d'Al-Rassan de Guy Gavriel Kay

Synopsis : Depuis l'assassinat, quinze ans auparavant, du dernier khalife, l'empire d'Al-Rassan est éclaté en cités-états rivales. Dans ce climat troublé, la discorde règne, et inlassablement se querellent asharites, adorateurs des étoiles d'Ashar, kindaths et jaddites, les fils du Dieu-soleil Jad. Il est cependant une menace plus grande encore qui pèse sur le royaume : Au Nord, les anciens monarques d'Espéragne semblent s'organiser pour lancer une guerre sainte de reconquête. C'est dans ce contexte instable que trois destinées d'exception vont se croiser. Trois êtres que tout oppose : Rodrigo Belmonte, le prestigieux chef de guerre jaddite, Jehane brillant médecin kindhat, et Ammar Ibn Khairan, le poète asharite, celui-là même qui jadis assassina le khalife...
Titre original : The Lions of Al-Rassan

Fantasy historique -  730 pages - Editions J'ai Lu (2005)
Coup de coeur !
Par tous les dieux : des étoiles, des lunes, et du soleil, quel roman !!!
Pour ma toute première découverte de la plume de Guy Gavriel Kay, j'ai atteint le firmament avec cette lecture, et il faut que j'amorce ma descente tout en douceur pour vous en parler, car je n'ai pas envie de quitter l'Al-Rassan trop brusquement. 
Avec ses 730 pages, il y avait de quoi savourer (et c'est bien ce que j'ai fait !). pourtant les dernières se tournent avec tristesse, et un petit (gros ?) serrement de coeur... Alors je me dis qu'écrire cette chronique sera un peu comme une célébration pour ce roman que j'ai littéralement ADORÉ 🥰.

La fantasy permet tout ! Elle peut faire bouillonner les chaudrons de magie, nous offrir des bestiaires extraordinaires, créer des contrées fantastiques, des langues imaginaires... Et même se déployer en de multiples déclinaisons : dark, light, urban, heroic, et j'en passe...
Elle est aguerrie (voire rassasiée) de quêtes initiatiques, de jeunes élus, de combats entre bien et mal... mais elle détient aussi le pouvoir de s'affranchir de tous ces stéréotypes, la preuve !

Oh que oui, il y a de quoi trouver son bonheur en fantasy. Et même si j'ai un gros penchant pour la plus dark, je me réjouis tout autant avec de LA FANTASY HISTORIQUE de grand cru comme celle-ci 😋

Guy Gavriel Kay est reconnu comme étant l'un des Maîtres de cette discipline. Que ce soit dans l'Italie de la Renaissance avec Tigane, la France médiévale dans La Chanson d'Arbonne, l'histoire de l'Empire byzantin sur La Mosaïque de Sarance, ou encore la Chine au temps de la dynastie Tang au coeur de sa saga Sous le ciel, son talent est souvent célébré. Et après cette première découverte, je ne peux qu'approuver ;-)
Le cadre servant d'inspiration à ce récit concerne une époque très mouvementée : La Reconquista ! Une période du Moyen Âge durant laquelle des événements majeurs se sont déroulés pour la reconquête, par les royaumes chrétiens, des territoires de la péninsule Ibérique occupés par les musulmans.

Pour moi, s'emparer avec autant d'habilité, de faits ou de contextes ayant réellement existé, pour les remanier afin de les mettre en conjonction avec un récit et des destins extraordinaires, relève de l'art.
Un art dans lequel GG Kay excelle : Esquisser un tableau du passé, y ajouter sa "patte", et lui donner vie grâce à de subtiles et exquises nuances dont lui seul à le secret.
Il brise les chaines qu'un récit historique conventionnel lui aurait imposé. Un carcan que la fantasy permet de faire voler en éclat pour laisser s'épanouir toute la beauté romanesque.

Ainsi, l'Espagne de la Reconquista, au moment clé de la fin de la période du califat de Cordoue (XIème siècle), devient l'Espéragne de l'auteur, dont il nous dévoile la carte subtilement réarrangée pour les besoins de son récit.
Les contrées, les religions, ou encore les personnages illustres, sont passés entre les mains expertes de Kay. Il les façonne, les anime d'un charisme, et même d'une poésie, toutes absolument remarquables.

Je ne vais pas vous dresser la liste des correspondances (telle ville, ou tel personnage évoque unetelle/untel), je trouve bien plus intéressant de vous laisser jouer à ce petit jeu (très instructif) par vous-même.
Disons simplement qu'en Al-Rassan, les Asharites sont les adorateurs des étoiles d’Ashar (musulmans).
Que dans les trois royaumes d’Espéragne, les Jaddites sont les adorateurs de Jad, le dieu-soleil (chrétiens).
Que dispersés et considérés comme le Peuple Errant, les Kindaths sont les adorateurs des deux lunes (juifs).
Et que dans le désert du Majriti, les tribus muwardies représentent les nomades du désert.
Débrouillez-vous avec ça, c'est déjà pas mal ;-)

Je vous vois d'ici hausser un sourcil dubitatif : Quoi, 2 lunes ? Eh bien oui, j'ai bien écrit deux !
Parce que voilà, ici nous sommes dans de la fantasy sans artifice, ou si peu ^^ Les adeptes de pyrotechnie aveuglante, ou de créatures fabuleuses, risquent de chercher les empreintes de licorne bien longtemps car... ils n'en trouveront pas l'ombre d'un crin ^_^
Et pourtant l'éblouissement est bien au rendez-vous, je vous en fais le serment !

Je disais donc une deuxième lune dans le ciel (et bleue s'il vous plaît, il ne s'agirait de la confondre avec la blanche), un don de prescience accordé à l'un de ses personnages, et... c'est amplement suffisant pour que le charme fascinant du récit nous enveloppe entièrement.
Le grand art de Kay fait le reste, et s'exprime sans demi-mesure dans la conception de ses magnifiques personnages et dans sa manière de dérouler le récit.

D'abord les personnages : Une femme médecin kindath, un poète (et bien plus encore !) asharite, un capitaine jaddite (inspiré notamment de la vie de Rodrigo Diaz de Bivar dit le Cid, ahem.... excusez du peu ^^), et leurs compagnons (famille, amis, et ennemis) sont d'une impressionnante et subtile perfection dans la justesse de leurs personnalité. Ils font de cette lecture un pur ravissement. Pour certains d'entre eux, à commencer par le trio précédemment cité, on ne peut que les aimer.
Destinés à nous faire éprouver un large panel d'émotions à travers leurs yeux, l'indifférence n'en fait pas partie. Dans un délice savamment renouvelé, chaque chapitre est ponctué de scènes capables de faire tantôt sourire, tantôt s'émouvoir, tantôt s'alarmer... rappelant une myriade de sentiments réfléchis en de multiples miroirs.

Ensuite, dans sa technique narrative, l'auteur aime jouer avec nous. Je repense notamment à ce carnaval où tout le monde est masqué. Le temps de quelques pages, il s'amuse à brouiller les pistes, jusqu'à la scène finale qui nous terrasse par son adresse et son intensité. Ce petit "exercice", qui doit être assez jubilatoire à mettre en oeuvre lorsque, comme GG Kay, l'on sait aussi élégamment s'y adonner, démontre un savoir-faire exceptionnel et une capacité à jongler avec quantité de pastels différents qui révèlent une peinture totalement époustouflante.
Et encore, j'imagine que la VO doit être d'une saveur bien plus exquise.

En résumé, ces flamboyants Lions d'Al-Rassan laissent dans le sillage de leurs crinières un authentique et inoubliable souvenir. Celui d'un vertige de sensations mêlées, dans lequel rivalisent religion, loyauté, conquête, politique, histoire, amour, beauté, poésie, raffinement... La liste serait trop longue ^^ De la magnificence des palais, aux effluves d'épices, ce sont les sublimes personnages et la virtuosité de l'auteur qui se gravent dans nos imaginations, et provoquent un débordement d'émotions.

Lisez Les lions d'Al-Rassan !  Lisez-le, et oubliez l'étiquette "fantasy" si c'est ce qui vous fait encore hésiter. Vous en redemanderez, et rugirez de concert 🦁

D'autres rugissements se sont déjà fait entendre chez : LutinAelinel, Elhyandra...

Un immense merci à Elhyandra pour sa géniale idée : Guy Gavriel Kay, des LC en folie.
Et à Lutin pour le super Concours : Mettre sa PAL sur les rotules.
Ces deux événements sont à l'origine de cette merveilleuse découverte *_*  Bravo les filles !

vendredi 15 novembre 2019

Séance de rattra'pages #20 [avril 2019]

Ce rendez-vous est, comme son nom l’indique, une séance de rattrapage de mes conquêtes livresques. Il me permet de les passer en revue, et d'échanger à leur sujet en votre enrichissante compagnie. C'est aussi un bon moyen de ne pas les laisser tomber dans l'oubli, et d'en garder la trace, à l'image des précédentes.

Voici donc le tour d'horizon de mes lectures du mois d'avril 2019
Les favoris sont facilement repérables grâce à leur indice de réminiscence, révélé en nombre de ✨
(Cliquez sur les couvertures pour accéder aux fiches des livres)

AVRIL
    

Underground railroad de Colson Whitehead (416 pages) : Mon coup de coeur de ce mois se porte vers un roman que l'on pourrait qualifier d'indispensable. Evénement littéraire en 2016 aux Etats-Unis, il collectionne l'année suivante les Prix Arthur-C.-Clarke, Pulitzer, et National Book Award. L'idée de génie de l'auteur a été de matérialiser (de manière très réussie !) la légendaire et clandestine Underground Railroad - un réseau secret de routes et d'êtres humains mis en place au XIXe siècle pour aider les esclaves fugitifs - et d'y intégrer sa propre fiction : l'évasion de son héroïne Cora. Fuir la plantation de coton de Géorgie signifie pour elle une traque sans merci à travers les États du Sud, avec la cruauté à ses trousses. Un récit très intense, vibrant comme un hymne à la liberté, éclairé de lumineux personnages, mais aussi un tableau saisissant de l'Amérique et de l'horreur ségrégationniste. À découvrir absolument !!!
Indice de réminiscence : ✨✨✨✨✨💙

Je suis une légende de Richard Matheson (228 pages) : Au mois d'août, à l'occasion d'une autre incursion "mathesonienne" relatée dans ma chronique sur son roman Au-delà de nos rêves, j'avais évoqué cette bonne pioche. En réalité, j'aurais dû écrire excellente, tant j'ai aimé ce classique de la SF paru en 1954 (cité dans bon nombre de bibliothèques idéales, il a aussi remporté le prix spécial Bram Stoker en 2012), et que l'on ne présente plus depuis l'adaptation ciné avec Will Smith. Beaucoup d'émotion et de profondeur se cachent, à l'instar du héros, dans cette histoire post-apocalyptique pénétrante d'humanité. Une démonstration de courage ultime face à l'abomination, le désir de survivance poussé à son paroxysme, le poids écrasant de l'isolement hanté par les souvenirs de l'être aimé, et de l'espoir insoupçonné pour continuer à avancer. Fort, intemporel, et surtout essentiel !
Indice de réminiscence : ✨✨✨✨✨

Le cycle de Takeshi Kovacs, T2 : Anges déchus de Richard Morgan (606 pages) : Pas davantage de dentelles dans ce second round que dans le premier ! Cette fois, la folle et furieuse mission de Kovacs nous emmène sur le site de fouilles archéologiques... martiennes ! Un conflit en cours, des morts inexpliquées, un contrat de mercenaire qui vire au jeu de massacre... Rien que la routine pour notre homme quoi ! Sauf que la présence d'un étrange portail va peut-être changer la donne ^_^ Je vous rassure, le rythme n'en est pas moins punchy pour autant, et cet artefact martien ajoute une dose de piquant mystère à ce cocktail débordant de muscles et de tripailles 😆
Indice de réminiscence : ✨✨✨✨

Le moine de Matthew Gregory Lewis (402 pages) : Dans une volonté d'épancher ma soif de littérature gothique, la version radiophonique proposée par France Culture était une véritable aubaine ! Oeuvre emblématique du genre, ce roman anglais fût publié en 1796, et fera l'objet de nombreuses traductions (dont une très personnelle d'Antonin Artaud en 1931) et d'adaptations au théâtre et au cinéma (la dernière date de 2011 avec Vincent Cassel). On comprend pourquoi cette histoire de pacte entre un moine et le Diable fût censurée à sa sortie, tant elle est stupéfiante pour le côté blasphématoire des thèmes abordés, et pour sa vision de l’hypocrisie du monde religieux. Je ne m'attendais pas du tout à tant de subversion dans un texte datant du XVIIIe siècle 😲
Indice de réminiscence : ✨✨✨

Le Golem de Gustav Meyrink (321 pages) : Direction l'Autriche cette fois, pour ressusciter le célèbre roman fantastique de Gustav Meyrink, publié en 1915 (j'ai le goût des classiques du genre, que voulez-vous ^^), et encore grâce à l'adaptation proposée par France Culture. J'avoue que le début du récit n'est pas accrocheur, et que j'ai éprouvé quelques difficultés à me couler dans les ruelles sombres du ghetto de Prague, à la recherche du passé d'un tailleur de pierres précieuses amnésique. La rencontre avec cet illustre Golem m'a laissé un souvenir un peu lourd et argileux. Mais je ne regrette pas d'avoir tenté de le façonner avec cette première écoute. Peut-être que la version originale écrite serait une bonne seconde approche 🤔
Indice de réminiscence : ✨✨✨

La Voie du Sabre, T1 de Thomas Day (281 pages) : Découvert en LC avec Elhyandra, j'ai apprécié les nombreuses références aux traditions et folklore japonais, ainsi que la façon d'insérer des minis récits/contes dans la trame de l'histoire. Monstres et magie sont bien distillés. L'idée de s'inspirer du véritable Musashi, un personnage passionnant ayant réellement existé, était excellente, mais un brin sous exploitée. Une fin vite expédiée, et la sensation d'avoir été une spectatrice trop passive, ont affaibli mon élan. En bref : une lecture plaisante, riche d'enseignement en traditions japonaises, mais pas assez immersive ni palpitante.
Indice de réminiscence : ✨✨✨

Frappe-toi le coeur de Amélie Nothomb (156 pages) : « Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. » Alfred de Musset. J'avoue que cette seule citation en guise de synopsis m'a plu. Mais c'est surtout l'adaptation radiophonique proposée par France culture qui m'a guidée vers ce titre d'Amélie Nothomb. J'apprécie la personnalité de cette autrice, et je suis toujours preneuse d'une occasion de découvrir ses écrits. Je ne peux pas dire avoir été particulièrement frappée par celui-ci, mais je sais que d'autres y parviendront ;-)
Indice de réminiscence : ✨✨

Connaissez-vous ces titres ? Certains vous tentent-ils ?


Bon... comme vous l'aurez remarqué, je suis complètement à la rue ! Encore 6 mois de retard à rattraper, c'est carrément du grand délire pour remonter le fil de mes souvenirs. Forcément, la consistance de mes minis avis s'en ressent, mais si j'arrive à relater toutes mes découvertes, ne serait-ce que brièvement, elles auront au moins leur petite empreinte sur le blog, c'est le but ^_^
Devant l'ampleur de la tâche, je ne traînaille pas davantage par ici, et m'en vais illico presto me creuser les méninges pour rédiger la séance de mai... 😅

Bonnes lectures et à bientôt !

dimanche 3 novembre 2019

Combo de novembre : Mettre sa PàL sur les rotules + Guy Gavriel Kay, des LC en folie !

Novembre déboule, et on ne peut pas dire que ce soit ma période préférée ! Grisaille, jours de plus en plus courts, approche de l'hiver... beurk ! D'ailleurs, j'en profite pour lancer un appel intergalactique :
⟪ Que l'entité qui pourra me communiquer l'emplacement exact d'un trou de ver aboutissant directement sur le mois de mars me contacte sans tarder, merci ! ⟫.

Heureusement, Zorro Lutin et Elyandra sont arrivées avec leurs deux parfaits défis qui s'associent à merveille pour éclaircir l'horizon automnal, ainsi que mon impénétrable PàL par la même occasion 😋

📜 Pour soutenir Aelinel, de La bibliothèque d’Aelinel, victime d'un accident de trottinette, 
Lutin nous propose par ICI de tenter de...

📜 Et Elhyandra lance l'événement : Guy Gavriel Kay, des LC en folie ! : un programme sur plusieurs mois, que je vous invite ardemment à consulter par LÀ.

De consistantes découvertes en perspective, et un double défi qui débute pour moi avec :

Les lions d'Al-Rassan de Guy Gavriel Kay  
Depuis l'assassinat, quinze ans auparavant, du dernier khalife, l'empire d'Al-Rassan est éclaté en cités-états rivales. Dans ce climat troublé, la discorde règne, et inlassablement se querellent asharites, adorateurs des étoiles d'Ashar, kindaths et jaddites, les fils du Dieu-soleil Jad. Il est cependant une menace plus grande encore qui pèse sur le royaume : Au Nord, les anciens monarques d'Espéragne semblent s'organiser pour lancer une guerre sainte de reconquête. C'est dans ce contexte instable que trois destinées d'exception vont se croiser. Trois êtres que tout oppose : Rodrigo Belmonte, le prestigieux chef de guerre jaddite, Jehane brillant médecin kindhat, et Ammar Ibn Khairan, le poète asharite, celui-là même qui jadis assassina le khalife...

Le curseur de mes attentes est poussé à son maximum pour un auteur de fantasy historique dont je brigue les univers depuis une éternité ! Ce titre est paraît-il le meilleur pour commencer ; verdict juste après la dégustation de ses 730 pages... 
À bientôt...