vendredi 30 août 2019

Au-delà de nos rêves de Richard Matheson

Synopsis : Quand Chris meurt dans un accident de la route, il ne disparaît pas vraiment. Ce jour-là, un monde inconnu s'ouvre à lui, où le corps est léger, où l'on communique par la pensée pure. Une seconde vie commence. Mais Chris veut à tout prix retrouver Ann, son amour. Et tente par tous les moyens de rentrer en contact avec elle. Malheureusement, Ann reste insensible, convaincue qu'il n'existe pas de vie après la mort, convaincue que Chris n'est plus là. Au point que même après s'être donné la mort, elle demeure séparée de son mari. Orphée moderne, Chris va alors partir «au-delà de nos rêves» pour retrouver son Eurydice...

Titre original : What Dreams May Come (1978)

Fantastique - 309 pages - Editions Flammarion (1998)

Ma découverte de l'auteur date de 2013. Un ami, que je remercie une nouvelle fois, et qui se reconnaîtra en passant dans le coin, m'avait listé son top ten (yesss !) dans lequel trônait en 3ème position Le jeune homme, la mort et le temps. Le coup de coeur avait été au rendez-vous, faisant de ce titre mon préféré à ce jour.
En avril de cette année, j'ai décidé de poursuivre mon incursion "mathesonienne" avec le célébrissime Je suis une légende, que l'on ne présente plus, et dont j'avais aimé l'adaptation ciné avec Will Smith. Et ce fût de nouveau une bonne pioche !
C'est donc avec une confiance quasi aveugle que j'ai entamé ce roman.
Pour rappel :  Richard Burton Matheson, né le 20 février 1926 à Allendale au New Jersey et mort le 23 juin 2013 (à 87 ans) à Calabasas en Californie, est un écrivain et scénariste américain. Ses genres de prédilection sont la science-fiction et l’épouvante. Il a également rédigé des scénarios pour les séries de science-fiction : La Quatrième Dimension, La Cinquième Dimension, Star Trek, ainsi que le scénario (adapté de l’une de ses nouvelles) de Duel, le téléfilm qui a lancé la carrière de Steven Spielberg.
La mort étant l'un des thèmes récurrents de Matheson, au même titre que la solitude, la folie, l'amour avec un grand A, le combat d'un héros contre l'inconcevable..., on peut dire que cet Au-delà de nos rêves concentre un peu tous ses "dadas", puisqu'il a pour sujet la lutte d'un homme, mort dans un accident de la route, tentant par tous les moyens de reprendre contact avec son épouse tant aimée, d'abord dans le monde des vivants, puis dans l'au-delà. 

« La mort n’est qu’un prolongement, sur un autre plan. »

Le livre à peine refermé, j’avais déjà le pressentiment que mes sensations seraient du genre insaisissables, éphémères, à l’instar d’un rêve (justement ^^) brumeux, dont le souvenir s’effiloche et glisse dans les limbes à l'instant même du réveil, expérience que nous connaissons tou.te.s, n'est ce pas ? ;-) Pour le dire simplement : l’histoire n’a pas réussi à impacter la zone de mes émotions, et m'a laissée stoïque, avec même une petite pointe d'incrédulité... bouh...😔, et je vais essayer de vous expliquer pourquoi.

— Si les gens avaient face à la mort la même attitude que vis-à-vis du sommeil, toutes les terreurs disparaîtraient, a renchéri un dénommé Warren. On s’endort sans s’en faire, sûr de se réveiller le lendemain matin. Eh bien, on devrait faire de même à la fin de sa vie.

À vrai dire, si j'avais voulu creuser le sujet de l'au-delà, je me serais tournée vers un essai, ou l'un des nombreux livres sur la question, et ils ne manquent pas.
Mais ce qui est certain, c'est que je ne m'attendais pas à cet embrouillamini de croyances sur la vie après la mort en commençant ce Matheson. Je voulais une histoire, pas un discours mystique qui me laisse dans les gradins du fond à patienter en regardant le nombre de pages restantes... Juste un bon scénario auquel je puisse adhérer, même si c'est celui d'un homme coincé dans l'au-delà, sans me poser les grandes questions existentielles évoquant la conséquence de nos actes, ou le sort des âmes des suicidés...
J'étais à mille lieues de m'imaginer que j'allais mettre les pieds dans un récit reposant sur un mix de croyances sur la réincarnation et l'importance du karma, reprenant des théories ésotériques et spirituelles (très New Age, comme l'a judicieusement pointé mon cher ami co-lecteur) éparpillées un peu à tout vent, au-dessus d'un assemblage de religiosité moralisatrice, et presque formulé en guise d'avertissement. Dommage...

Fort heureusement, j'ai tout de même retrouvé ce que j'aime chez l'auteur grâce à quelques bons passages :

- Pendant la première moitié, le malaise indéfinissable qu’éprouve le héros a gagné mon intérêt à mesure que sa descente dans la sphère inférieure devenait sombre, terrifiante et infernale. Sorte de revisite des neuf cercles de L’Enfer de Dante, ce fût le moment culminant du récit pour moi.

— Mon Dieu… » Je n’ai pu réprimer un long frisson. « Cet endroit ne peut être que l’Enfer !
— Un des Enfers, oui.
— Qu’est-ce que tu dis ? » J’étais atterré.
« Chris… Il existe une imbrication infinie d’Enfers. »

- Le bras de fer psychologique avec l'épouse, dans une maison cauchemardesque, et les tentatives de persuasion du héros dans l’angoissante décrépitude d'un lieu qui aurait pu tout droit sortir d'un des romans de Stephen King pour le sentiment de malaise éprouvé.

Elle fuyait la vérité en s’immergeant dans la sécurité relative que lui procuraient les mille facettes de son affliction – dans le refuge de la mélancolie.

Il m'a manqué un voile indéfinissable de fantastique, une aura d'illusions, une brume de chimères, pour envisager le thème pourtant passionnant de la frontière entre mort, rêves, et réalité tronquée, qui était au centre du récit. Ils auraient permis d'ouvrir la voie vers un champ narratif plus large et subtil, et auraient décloisonné un récit s'enfermant peu à peu dans des thèses idéologico-spirituelles un brin aveuglantes.

Carrément illuminé lumineux a aussi été le dénouement, je l'ai vu arrivé de loin, comme un gyrophare céleste.
J’ai espéré que le thème des âmes sœurs réincarnées me gagne à sa cause et que ce couple m'émeuve davantage, un peu comme l'avait fait le thriller fantastique de René Manzor intitulé Les âmes rivales, mais... non, ça n'a pas été le cas !
Pourtant le côté sentimental et même romantique de Matheson est bien là, mais sans la force insufflée dans Le jeune homme, la mort et le temps. A titre d’exemple, le passage des remerciements de Chris a Ann sur les moments de leurs vie passée se délite dans sa longueur, comme si sa durée se faisait au détriment de la puissance émotionnelle recherchée.

Très récemment, j’ai regardé l’adaptation ciné de L'Homme qui rétrécit réalisé en 1957 (vraiment bien d’ailleurs !), et je me suis faite la réflexion que dans toutes les histoires de l’auteur (Je suis une légende, Le jeune homme…, celui-ci, ainsi que L'Homme qui rétrécit), c’est toujours le combat d’un homme, sa ténacité, son courage, que ce soit face au surnaturel, à l’horreur, et à la mort, qui est au centre du récit, ses héros faisant toujours preuve d’un idéalisme passionné, d’une forte abnégation, ou d’un amour invincible.
Sauf qu'ici, le héros n’a pas le charme romanesque de ses pairs... Et que le pouvoir fictionnel se noie carrément dans le propos.

Bon, cette petite désillusion ne freinera nullement mon envie de lire La maison des damnés, car je sais que Matheson saura me ravir à nouveau, et sans intervention divine ;-)

Et je suis tout de même curieuse de voir comment Vincent Ward a adapté ce roman avec Robin Williams dans le rôle principal, dont voici la bande annonce. À bientôt 😉
Merci à mon fidèle ami co-lecteur.



SFFF 6/6 - 1 Point

lundi 26 août 2019

Séance de rattra'pages #18 [février 2019]

Après une longue mise en sommeil du blog, nécessaire pour faire face à la disparition d'êtres chers à mon coeur, cette séance marque la reprise du blog cahin-caha.
Avec plus de six mois de retard au compteur, autant dire que le rattrapage va s'avérer ardu ^_^
Souhaitez-moi bonne chance ! 

Ce rendez-vous est, comme son nom l’indique, une séance de rattrapage de mes conquêtes livresques. Il me permet de les passer en revue, et d'échanger à leur sujet en votre enrichissante compagnie. C'est aussi un bon moyen de ne pas les laisser tomber dans l'oubli, et d'en garder la trace, à l'image des précédentes.

Voici donc le tour d'horizon de mes lectures du mois de février 2019
Les favoris sont facilement repérables grâce à leur indice de réminiscence, révélé en nombre de ✨
(Cliquez sur les couvertures pour accéder aux fiches des livres)

FÉVRIER
    
       

Le Silence de la cité de Elisabeth Vonarburg (325 pages) : Ce premier roman auréolé de prix prestigieux et mérités, est la genèse du titre phare d'E. Vonarburg : Chroniques du Pays des Mèresqui m'avait empli d'intenses réflexions et de curiosité sur l'origine de son futur atypique. Eh bien, tout était là ! Dans le coeur de cette silencieuse cité où tout a commencé, et dans laquelle s'élèvent les fondations d'une oeuvre d'envergure parfaitement maîtrisée. Ma chronique complète vous en dévoilera davantage.
Indice de réminiscence : ✨✨✨✨✨

Le cycle de Takeshi Kovacs, T1 : Carbone modifié de Richard Morgan (572 pages) : Un thriller cyberpunk plutôt déconseillé aux fillettes 💪 Et ça tombe bien vu que je n'en suis plus une 😁 De l'action à gogo, mais pas que ! C'est inventif, palpitant, addictif, cynique, mais aussi furieusement violent et indécent. Le personnage de Kovacs en impose dans un futur intelligemment élaboré. Un shoot d'adrénaline garanti, qui pourrait bien accélérer votre rythme cardiaque et vous faire sauter, comme moi, sur le second opus !
Indice de réminiscence : ✨✨✨✨✨

Cthulhu : Le mythe, T1 de H. P. Lovecraft (432 pages) : Je le pressentais dans mon billet 🎧 Écoute tes classiques 📚 #1 : [H. P. Lovecraft] : L'appel de Cthulhu n'en avait pas fini avec moi ! Irrésistiblement attirée par les nouvelles traductions, illustrations originales, portfolio, et photographies des lieux et paysages ayant exalté le maître de l’effroi, je suis retournée dans les sépulcrales ténèbres du mythe. Bien m'en a pris ! Ai-je eu mon compte de terreurs lovecraftiennes, ou vais-je encore céder à l'invocation des abysses insondables du tome 2 ?  à suivre... 😵
Indice de réminiscence : ✨✨✨✨

Dojoji et autres nouvelles de Yukio Mishima (144 pages) : Avec l'envie sans cesse renouvelée de m'imprégner des grands auteurs de la littérature japonaise que j'adore, ce recueil de nouvelles m'a doublement récompensée. Non seulement parce que j'ai apprécié le style tout en finesse de Yukio Mishima, mais aussi pour l'étonnement suscité face à l'originalité des textes, entre légendes et traditions, geishas et samouraïs, seppuku et cérémonie du thé... Des instantanés d'un Japon mythique toujours aussi fascinant. Je ne résisterai pas à ouvrir les portes pages de son Pavillon d'or.
Indice de réminiscence : ✨✨✨✨

La Machine à explorer le temps de Herbert George Wells (176 pages) : Après Lovecraft, place à H.G. Wells ! J'ai débuté mon tour d'horizon de cet incontournable auteur avec ce titre en version audio. Premier roman de Wells, c'est aussi mon préféré. Ecrit en 1895, ce classique du genre sur le voyage dans le temps est une aventure captivante à suivre, même plus d'un siècle après sa création. Intemporel car empli d'interrogations sur l''avenir et l'évolution de l'espèce humaine, ainsi que sur l'influence de l'homme et de l'industrialisation sur notre belle planète bleue, cette Machine à explorer le temps fonctionne encore à merveille ! 
Indice de réminiscence : ✨✨✨✨

L’oeuf de cristal de Herbert George Wells : Le temps d'un court mais non moins prenant récit écouté en Version audio, cette nouvelle publiée en 1897 à réussi à m'absorber une nouvelle fois dans l'imaginaire de Wells, tentant de percer les mystères d'un surprenant œuf de cristal, et allant même jusqu'à m'ouvrir une fenêtre sur la planète Mars, tout cela d'une manière vraiment convaincante. Cette nouvelle est une réussite !
Indice de réminiscence : ✨✨✨

Les Âmes rivales de René Manzor (382 pages) : Deux âmes rivales qui s'affrontent, et deux âmes sœurs qui se retrouvent, ça donne quoi à votre avis ? Un thriller surnaturel assez captivant, entre New-York et La Louisiane (je savais qu'elle vous manquait cette ville à vous aussi, depuis l'temps 😉), et dans lequel se mêle juste ce qu'il faut de romance pour que l'on se soucie des personnages et du lien qui les unit. Sans être LE roman de l'année, il a plutôt bien rempli son rôle de page-turner pour en faire mon moment livresque le plus délassant de cette sélection, et cela ne se refuse pas :)
Indice de réminiscence : ✨✨✨

Connaissez-vous ces titres ? Certains vous tentent-ils ?


Un bon mois, dans lequel j'ai réitéré mon intention de revenir aux sources grâce à l'exploration de l'univers de grands auteurs classiques en version audio. Je trouve que c'est un format qui se prête bien à la réalisation de ce souhait et à l'immersion dans ces œuvres. 
Ainsi, après H.P. Lovecraft, j'ai poussé la porte du labo scientifique de H.G. Wells, et je n'ai pas fini de vous dévoiler tout ce qui s'y cache au cours des séances suivantes, promis !

Réalisant combien vous m'avez manqué, c'est un plaisir de vous retrouver. À bientôt pour la suite 😉