jeudi 26 juillet 2018

Séance de rattra'pages #14



N’ayant pas la possibilité de chroniquer toutes mes lectures, j’ai créé ce petit rendez-vous trimestriel afin de faire la synthèse de mes découvertes passées, et surtout d'en garder la trace.
Ce billet, publié à chaque fin de trimestre, est, comme son nom l’indique, une séance de rattrapage de mes conquêtes livresques des trois derniers mois écoulés.
Voici donc mes lectures des mois d'avril, mai, et juin 2018 classées par ordre de préférences !
Et pour retrouver les précédentes séances, c'est par ici...

***************
(Cliquez sur les couvertures pour accéder aux fiches des livres)
  • La trilogie de l'empire (3 tomes) de Janny Wurts et Raymond E. Feist (2400 pages) : J'ai pris tellement de plaisir avec cette trilogie offerte par Lutin (encore merciiiii !) que j'ai enchaîné les tomes sans interruption, prise malgré moi dans les arcanes du pouvoir, et gagnée par la tension croissante des conspirations politiques et des guerres de clans. Mon désir de suivre une héroïne aussi charismatique et accomplie que Mara m'a emportée dans mon élan. Conquise et épatée par son intelligence, son courage, et forgeant l'espoir qu'elle sorte victorieuse de toutes les épreuves endurées, je n'ai pas vu défiler les pages ^_^ L'univers est élégamment construit, rappelant par ses codes d'honneur, ses castes inflexibles, et ses traditions solidement ancrées, un Japon féodal imaginaire d'une grande densité. Les personnages secondaires sont fascinants et l'intrigue captivante ! Vous l'aurez compris, je vous recommande cette trilogie, qui vaut vraiment le détour, et se distingue pour ses nombreux atouts 💛
  • L'Aliéniste de Caleb Carr (576 pages) : Le thriller historique de ce trimestre fût vraiment une bonne pioche ! Voilà bien une enquête new-yorkaise qui a tenu ses promesses, tant par la solide reconstitution de cette année 1896, que grâce à ses personnages d'une consistance finement étudiée. C'est l'équipe choisie pour élucider les crimes qui a mobilisée toute mon attention, laissant au second plan les agissements du sérial-killer. Le héros est bien cet aliéniste, véritable Sherlock Holmes des méninges, et digne précurseur des méthodes de profilage qui ont fait leurs preuves depuis... Une plongée dans des eaux troubles, des ruelles sombres et miséreuses, et dans les profondeurs des rouages psychiques, allant même jusqu'à revenir aux sources glaçantes des balbutiements de l'étude sur l’aliénation mentale.
  • Persistance de la vision de John Varley (510 pages) : Un recueil de quatre nouvelles : "Dans le chaudron", "Dansez, chantez", "Trou de mémoire" (ma préférée), et "Les yeux de la nuit" (prix Nebula 78 pour cette nouvelle), dont je me suis délectée. L'auteur a su mêler étrangeté et poésie, avec une aisance et une profondeur vraiment confondantes. Apparemment ces textes faisaient partie d'un gros recueil de neuf nouvelles qui avait reçu le prix Locus du meilleur recueil en 1979, et le prix Apollo en 1980, et je n'en suis guère étonnée ^^ Il a été scindé en deux et je serais curieuse de découvrir les autres récits contenus dans "Dans le palais des rois martiens". Mais avant ça, j'ai "Le système Valentine" qui devient un objectif prioritaire. Un auteur talentueux s'est véritablement révélé à moi grâce à cette lecture : voilà qui résume bien mon engouement 😉
    • Le voyage de Simon Morley de Jack Finney (644 pages) : Rarement un aperçu du passé ne m'aura semblé si réel ! Cette immersion dans le New York de 1882 aura été une restitution fidèle et réussie, méritant de charmants et authentiques souvenirs récoltés grâce au héros, ce guide émerveillé, qui m'a ouvert les yeux et l'esprit sur un moment du passé qui a repris vie le temps de cette lecture. Si mes réminiscences de cette expédition vous attirent, et que vous éprouvez l'envie de retrouver un jadis d'avant les deux terribles guerres, à l'intérieur d'une bulle new-yorkaise à l'air propre et aux rues éclairées de réverbères à gaz, venez donc lire ma chronique :)
    • 115° vers l'épouvante de Lazare Guillemot (202 pages) Voilà une petite mais distrayante aventure qui inaugure plaisamment cette première saison de l'étrange ! Le rythme ne souffre d'aucun temps mort, et s'avère même entraînant, pour peu que l'envie de découvrir le fin mot de l'histoire vous embarque comme moi, à faire ce petit voyage bien sympathique le temps d'un après-midi. Pour être tout à fait sincère, j'ai épié les instants d'angoisse et m'attendais à davantage d'épouvante (la faute au titre sans doute 😋), mais même si les petits frissons ont été insaisissables, j'ai tout compte fait passé un moment délassant avec cette historiette ;-) 
    • Le balancier du temps de Jack Finney (366 pages) : Ayant vu que la saga Simon Morley se complétait d'un 2ème tome, et curieuse de retourner dans le passé en compagnie de ce héros que j'avais tant apprécié, je dois avouer que le plaisir de cette virée en 1912 aura été émoussé par un manque de vivacité et une dilution de l'intrigue parfois pesants. Le charme du précédent voyage n'était pas dans mes valises, malgré le sentiment d'authenticité renouvelé ! Trop de longueurs, et une absence d’attractivité m'ont laissées sur le quai de ce tome 2, dommage ^_^ Ce qui n'estompe en rien les beaux souvenirs du premier roman, qui se suffit à lui-même et ne nécessite pas de revenir dans les pas de Simon pour cette nouvelle aventure, un brin ennuyeuse ;-)
    • Une autre chanson du futur de Daryl Gregory : Tout, absolument tout, me poussait vers cette nouvelle ! D'abord l'auteur qui m'avait bluffée dans le passé avec deux titres : Nous allons tous très bien, merci, et L'éducation de Stony Mayhall. Et puis son thème : l'hommage à un artiste qui occupe une grande place dans mon cœur (There's a Starman waiting in the sky...♫ ♫ ♫ ). Mais à mon grand regret, je n'ai pas réussi à y trouver la substance que j'espérais 😕 Les références glissées de-ci de-là n'étaient pas suffisantes pour me permettre d'adhérer à cette chanson. J'ai plutôt eu l'impression d'entendre une succession de notes sans en percevoir la mélodie tant attendue, dommage...
    • Le talisman des territoires, tome 1 : Talisman de Stephen King et Peter Straub (1140 pages) : Alors là, comment vous dire... ? Le temps m'a semblé long, mais loooong 😥 On sait que le délayage est l'un des effets indésirables le plus récurrent chez le King (je n'ai jamais lu de P. Straub avant ^^), mais jusqu'à présent il ne m'avait jamais ennuyée. Cette fois-ci en revanche, je l'ai vraiment ressenti puissance mille !!! Une quête, un élu, des territoires parallèles, un talisman bourré de pouvoirs, de vrais vilains très très méchants, bon ok, il y avait de la matière... Sauf que cette histoire a pris un coup de vieux terrible. Mon intérêt a rétrogradé dangereusement, et seuls les personnages (surtout celui d'un loup-garou particulièrement attachant) m'ont évité la sortie de route...
      🍓🍓🍓🍓🍓🍓🍓🍓🍓🍓🍓🍓🍓

      Comme vous pouvez le constater, j'ai passé beaucoup de temps dans le New-York de l'époque au cours de ce trimestre, avec pas moins de trois romans se déroulant dans la ville qui ne dort jamais. Et j'ai vraiment l'impression d'y avoir séjourné tant ces histoires fleuraient bon l'authenticité.
      D'ailleurs, si je devais résumer en un seul mot les dix titres lus et présentés ici : ce serait "dépaysement" ! Tout à fait raccord avec la saison, n'est ce pas ? ;-)

      Le grand événement livresque de ce trimestre fût aussi La Grosse OP avec ses 500 ebooks à 0,99 € ! Contrairement aux fois précédentes, je n'ai pas du tout été raisonnable... Hmm, mais je brandis sans vergogne l'excuse toute trouvée : c'était la der des ders, paraît-il 😁
      Patience, vous entendrez parler en temps voulu de ces petits nouveaux entrés dans ma PàL, car ils ont dû sacrément jouer des coudes pour s'y faire une place, et ils ne pourrons s'y éterniser sous peine d'émeute :)

      Ah, et j'allais oublier de vous annoncer ma participation à ce challenge furieusement attirant pour une mordue de SFFF comme moi :
      Challenge Summer Short Stories of SFFF
      Saison 4
      Je vous souhaite un magnifique été, doublement ensoleillé de captivantes lectures 😘

      samedi 14 juillet 2018

      Bourbon kid, tome 1 : Le Livre sans nom de Anonyme

      Synopsis : Santa Mondega, une ville d'Amérique du Sud oubliée du reste du monde, où sommeillent de terribles secrets.
      Un serial killer qui assassine ceux qui ont eu la malchance de lire un énigmatique livre sans nom. La seule victime encore vivante du tueur, qui, après cinq ans de coma, se réveille, amnésique. Deux flics très spéciaux, des barons du crime, des moines férus d'arts martiaux, une pierre précieuse à la valeur inestimable, un massacre dans un monastère isolé, quelques clins d'oeil à Seven et à The Ring, et voilà le thriller le plus rock'n'roll et le plus jubilatoire de l'année ! Diffusé anonymement sur Internet en 2007, cet ouvrage aussi original que réjouissant est vite devenu culte.
      II a ensuite été publié en Angleterre puis aux Etats-Unis, où il connaît un succès fulgurant.

      Thriller fantastique - 509 pages - Editions Le Livre de Poche (2011)

      Cliquez sur la carte pour l'ouvrir en grand format ;-)
      C'era una VoltaLicorne, et Fan2polar sont apparemment revenues en un seul morceau, ouf 😅

      dimanche 1 juillet 2018

      Le voyage de Simon Morley de Jack Finney

      Synopsis : Pour remonter dans le passé lointain, il n'est pas nécessaire d'utiliser une machine à voyager dans le temps. Il suffit de s'imprégner de l'époque dans laquelle on désire se rendre, de se dépouiller de toutes les pensées, comportements qui vous ancrent dans le présent, bref, de se conditionner mentalement et physiquement, pour être projeté dans le temps que l'on croyait perdu. Telle est la théorie du Pr. Danzinger. Informé de ce projet, qui a secrètement l'aval et le soutien logistique du gouvernement américain, Simon Morley doute, hésite... Mais la médiocrité de son existence, la curiosité, et le mystère qui entoure le suicide d'un aïeul de son amie Kate, finissent par le décider. Installé dans un appartement du, Dakota , un vieil immeuble new-yorkais demeuré intact, il va s'y comporter comme un homme de la fin du XIXe, et un soir de neige, après des jours d'efforts et d'attente, le miracle se produit...
      Récit conjuguant le témoignage écrit et visuel (de nombreux dessins et photos accompagnent le texte).
      Science-fiction - 348 pages - Editions Denoël (Lunes d'encre) (2015)
      Simon Morley est un dessinateur/ illustrateur qui s'ennuie dans la vie. Il ne se sent pas vraiment à sa place et ne parvient pas à trouver un sens à son existence routinière, malgré son esprit vif et intelligent. Lorsqu'un beau jour, un homme vient lui proposer de participer à un projet fou et strictement confidentiel, son hésitation ne fait pas long feu face à l'attrait de l'étrange proposition. Curieux, il se rend au rendez-vous convenu, découvre un entrepôt dans lequel se déroule un mystérieux programme en phase de préparation, et rencontre le Professeur Danziger qui est à l'origine d'une innovation incroyable : Former des recrues méticuleusement triées sur le volet pour les envoyer dans le passé ! Evidemment Simon accepte de tenter cette folle expérience, d'autant qu'il aimerait profiter de l'opportunité pour éclaircir un mystère autour d'une lettre concernant la famille de sa petite amie Kate.

      En tant que fervente adepte des voyages temporels depuis toujours, je ne m'attendais pas à une immersion aussi réussie ! Ici, pas besoin d'une technologie innovante pour faire le saut : un lieu ayant traversé les décennies, une aptitude innée pour l'auto-hypnose, et de solides bases d'imprégnation de l'époque où vous désirez atterrir, et le tour est joué ! 

      C'est donc dans le célèbre Dakota Building classé monument historique national, que la bascule s'effectuera. L'immeuble situé au coin nord-ouest de la 72e rue et de Central Park West de Manhattan, construit en 1880, et toujours là de nos jours, devient le lieu et le point de passage idéal pour que Simon Morley y emménage et se prépare à ouvrir la brèche vers le passé.
      « Il existe à New York d’autres bâtiments pratiquement inchangés, dont certains aussi beaux et beaucoup plus anciens ; pourtant, le Dakota est unique. Savez-vous pourquoi ? » J’ai secoué la tête.« Imaginez : vous vous tenez devant la fenêtre d’un appartement élevé, et vous regardez dans le parc ; par exemple à l’aube, quand les voitures sont rares. Tout autour de vous, un immeuble qui n’a pas changé d’un iota depuis sa construction, y compris la pièce où vous vous trouvez, et peut-être même le carreau à travers lequel vous regardez. Voilà ce que l’endroit a d’unique à New York : Tout ce que vous voyez dehors est également inchangé. »
      Arrivée à ce tournant décisif du roman, celui où l'expérience va débuter, j'arrête là mon esquisse du scénario, pour vous livrer mes impressions sur ce roman.

      L'histoire en elle-même n'est pas tant sensationnelle que la tangibilité qu'elle dégage ! Ce n'est pas un récit temporel complexe où les fils s'emberlificotent entre passé, présent, et futur. Evidemment, le souci de ne pas interférer dans le fleuve du temps est omniprésent, et devient un sujet de débat houleux au sein de l'équipe du projet. Mais la théorie de la brindille, comme quoi le temps serait un torrent gigantesque, et Simon une minuscule brindille jetée dedans et ne pouvant en affecter l'impétuosité, s'oppose aux précautions de l'inventeur de ce grand projet. Reste à découvrir si cette théorie s’avérera exacte une fois confrontée aux remous intempestifs des événements, à vous de le découvrir ;-)

      Primant sur toute autre considération, le voyage aura été pour moi une incursion d'une rare authenticité dans un New York de 1882 plus vrai que nature. J'en suis même venue à me demander si l'auteur n'avait pas réussi à éprouver par lui même cette technique d'auto-suggestion permettant un stupéfiant bond dans le temps.

      La lecture fût tellement fluide que je reprends volontiers l'image d'un fleuve sur lequel je me serais laissée guider lentement au fil de l'eau. Et si je n'ai pas ressenti l'intensité du courant, ni le tangage spatio-temporel présumé, c'est probablement parce que toute mon attention s'est focalisée sur l’ébahissement de Simon. Les berges de l'intrigue se sont laissées distancer par l'influence de son avidité et de son enthousiasme face à la stupéfiante redécouverte du passé de sa ville tant aimée. Piquée d'une curiosité contagieuse, je l'ai suivi comme un guide me tenant par la main et pointant du doigt toute les singularités d'antan.

      Rarement un aperçu du passé ne m'aura semblé si réel, sans doute grâce aux descriptions et au souci du détail dont l'auteur est prolixe. Que ce soit dans la représentation des rues et des bâtiments, dans les comparaisons architecturales, les portraits, les attitudes, la mode vestimentaire de l'époque, et l'ambiance même !... Rien n'échappe à la grande sensibilité ainsi qu'aux yeux émerveillés du héros, confronté à toutes les métamorphoses que le gommage des années fait revivre. N'oublions pas que Simon est dessinateur et que son regard est aiguisé ! Et comme si ses descriptions détaillées ne suffisaient pas, il les augmente de croquis et de photographies prises sur le vif, et venant se superposer à son récit, donnant ce sentiment de peinture sociale et historique extrêmement vivante.
      « Il y avait une photo que je désirais prendre par-dessus tout ; c’était même pour cela que j’avais pris l’appareil. J’ai donc emprunté le métro aérien de la Sixième Avenue jusqu’à la Vingt-Troisième Rue, puis gagné à pied l’intersection de Broadway et de la Cinquième Avenue toute proche. Là, à l’abri d’un magnifique réverbère en forme de candélabre – pourquoi diable l’avait-on enlevé ? – j’ai posé l’appareil sur le rebord d’un abreuvoir à chevaux et pris le cliché ci-dessus, en pose très longue pour éliminer la circulation fort dense. Voici donc, au fond à droite, le fameux bras de la statue de la Liberté, bien au-dessus des arbres de Madison Square. »

      Une restitution aussi fidèle et réussie mérite d'être applaudie ! J'ai l'impression d'avoir visité la ville (qui ne sera surnommée The Big Apple que dans les années 1970) aux côtés d'un guide qui m'a ouvert les yeux et l'esprit sur un moment du passé qui a repris vie le temps de cette lecture. Cette expédition dans un jadis d'avant les deux terribles guerres, à l'intérieur d'une intemporelle bulle new-yorkaise à l'air propre, et aux rues éclairées de réverbères à gaz, me laissera de charmants et authentiques souvenirs. 

      Même si le roman se suffit à lui-même, j'ai eu envie de retrouver Simon dans Le balancier du temps, mais le charme du précédent voyage n'était pas dans mes valises ! Trop de longueurs et d'attente m'ont laissées sur le quai du tome 2.


      Un voyage savoureusement recommandé par : C'era una volta

      Grand Prix de l'Imaginaire, roman étranger, 1994