dimanche 18 décembre 2016

Châteaux de la colère d'Alessandro Baricco



Synopsis : Vers le milieu du XIXe siècle, dans la petite ville imaginaire de Quinnipak, vit toute une communauté rassemblée autour de la très belle Jun Reihl, dont toute la ville admire les lèvres, et de son mari Monsieur Reihl, directeur de la fabrique de verre. 
À Quinnipak, chacun a son désir, sa "folie" secrète : Pekish, l'extravagant inventeur de l'"humanophone", un orchestre où chacun ne chante qu'une seule note, toujours la même ; Pehnt, son jeune assistant, enfant trouvé toujours vêtu d'une veste immense et informe ; la "veuve" Abegg, veuve d'un mari qu'elle n'a jamais épousé ; Horeau, l'architecte français qui rêve de grandioses constructions transparentes, et Élisabeth, la locomotive à vapeur... 
Avec Châteaux de la colère, Baricco nous offre un roman foisonnant et singulier, construit comme une fugue où chacun chante sa partition avec justesse et jubilation.

Contemporaine - 336 pages - Editions Folio (2003)

Avis : Avec Alessandro Baricco c’est toujours pareil ; lorsque je referme un de ses romans, j’ai toujours la tête à l’envers, et les émotions tourneboulées ! 
Après Novecento (mon préféré !), et Soie, une fois encore l’étonnement, le ravissement, ainsi qu’une certaine forme d’enivrement ressurgissent, comme si l’on m’avait jeté un charme ! 
D’ailleurs, pour moi cet auteur est en quelque sorte un magicien des émotions, et ce n’est pas un hasard si la quatrième de couverture de celui-ci évoque une fugue musicale, puisqu’en plus d’être un écrivain, A. Baricco est aussi un musicologue. Il n’est pas non plus étonnant de découvrir que son parcours a été enrichi par des études de philosophie ^^ 
Voilà pourquoi il y a de la magie dans ses romans, puisqu’ils sont écrits telle une partition, et ont le pouvoir absolument unique que peuvent avoir la musique et la philosophie !
Il y a une dignité immense, chez les gens, quand ils portent leurs propres peurs sur eux, sans tricher, comme des médailles de leur médiocrité. Et je suis un de ceux-là.
Bon ok, vous l’avez compris, j’aime cet auteur, mais inévitablement vient la question : « Mais qu’a-t-il donc de si particulier ce livre-là ? »
D’abord, il fût son premier roman, et déjà distingué en 1995 par le prix Médicis étranger !
La bouche de Jun Reihl ne te laissait pas en paix. Elle te transperçait les rêves, tout simplement. Elle poissait tes pensées. « Un jour, Dieu dessina la bouche de Jun Reihl. C'est alors qu'il lui vint cette idée tordue du péché. »
Les romans d’Alessandro Baricco ne se racontent pas, ils se lisent, et celui-ci encore plus que les autres !
Pour moi, le tic-tac des secondes s'est arrêté le temps d'une lecture, pour se caler sur le diapason de Quinnipak, cette petite ville n'apparaissant sur aucune carte de géographique, mais qui pourtant restera gravée sur mon cœur ! 
Pour parler de cette histoire, je ne pourrais délivrer que des bribes de sensations, et de bien pâles évocations de sons et d’images.
Mais toi... toi on dirait que tu dois la vaincre, la vie, comme si c'était un défi... on dirait que tu dois la battre à plate couture... quelque chose dans le genre. Un drôle de truc. C'est un peu comme si tu faisais plein de boules de cristal... des grandes... tôt ou tard t'en auras une qui explose... qui sait combien il t'en est déjà explosé, à toi, et combien il t'en explosera encore..... Pourtant...
En y repensant, tout m’arrive en vrac, sans ordre défini, un peu comme si j’avais tout fourré dans un petit recoin de ma tête sans tenter d’y mettre de l’ordre, de peur de tout gâcher.
Je sais juste qu’il faut que tout reste en l’état, surtout ne rien bousculer, afin que cette harmonie perdure !
Avoir une note, je veux dire : une note rien qu'à soi. La reconnaître, entre mille, et l'emporter en soi, à l'intérieur de soi, avec soi. Vous ne me croirez peut-être pas, mais je vous le dis, quand vous respirez elle respire, quand vous dormez elle vous attend, elle vous suit partout où vous allez, et je vous jure qu'elle ne vous lâchera pas, aussi longtemps que vous ne vous serez pas décidés à crever, et ce jour-là elle crèvera avec vous. 
Je n’ai pas envie de seulement esquisser les silhouettes de ces personnages que j’ai trouvés magnétiques et attachants, ni d’évoquer leurs souvenirs, aussi forts soit-ils, sans leur donner le relief qu’ils méritent.
Les lèvres de Jun, Pekisch et sa fanfare, le génie du vieil Andersson, la veste trop grande et le petit carnet violet de Pehnt, le regard de Mormy, les rêves de verre de Horeau, et ceux de trains de Mr Reihl... Ils forment un TOUT indivisible !
En un certain sens, à bien y réfléchir, c'est idiot qu'on n'ait jamais pensé au vent pour transporter la musique d'un endroit à un autre.On pourrait facilement construire des moulins qui, un peu modifiés, pourraient filtrer le vent et récupérer les sons qu'il emporte dans un instrument idoine qui permettrait ensuite aux gens de les entendre. Je lui ai dit, à Caspar. Mais il dit que les moulins c'est pour la farine. Il n'a aucune poésie dans la tête, Caspar. C'est un brave garçon, mais il lui manque la poésie.
Vous ne pouvez pas non plus exiger de moi un résumé clair et concis de ce récit, tout simplement parce qu’il n’est pas racontable, sous peine de le dénaturer. 
En même temps, et sans vouloir me répéter, comment décrire une musique ? C’est impossible !
Des choses arrivent, qui sont comme des questions. Une minute se passe, ou bien des années, puis la vie répond.
Mon cœur se gonfle de joie rien que de savoir que Trois fois dès l'aube, Mr Gwyn, et Homère, Iliade m’attendent encore ! 
Pour l’année 2017, glissez sans plus attendre un roman d’Alessandro Baricco dans votre pile à lire ! Ce n’est pas une bonne résolution de plus à tenir parmi tant d'autres, mais plutôt une mélodieuse promesse à exaucer ;-)

14 commentaires:

  1. Je ne connaissais pas du tout mais il faudra peut etre que je tente

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    1. Je sais que cela ne correspond pas à ce que tu lis habituellement, mais si tu en as l'occasion, n"hésite pas à tenter cet auteur ;-) Merci et à bientôt :)

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  2. Que j'aime te lire!

    Mon porte-monnaie moins par contre, parce que forcément, après une telle chronique, je suis convaincue! Je ne crois pas avoir déjà lu quelque chose de lui, il va falloir que j'y remédie...

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    1. Oh, merci Céline, tu me fais tellement plaisir en disant ça !!!
      Ce roman m'a tant inspirée, qu'à peine la dernière page tournée, j'écrivais déjà ma chronique. C'est rare, très rare même ^^
      Bonnes futures découvertes, et à très vite :)

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  3. Je vais découvrir cet auteur de ce pas ! Merci beaucoup :)

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    1. De rien ! C'est toujours un bonheur de faire découvrir un auteur comme celui-ci !
      Merci de ta confiance et de ta visite Léa :)

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  4. Très tentée, je l'inscris de suite dans ma WL !!

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    1. Super !!! J'en suis ravie ;-) Merci de ton commentaire enthousiaste :)

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  5. J'ai découvert Alessandro Barricco avec Soie, magnifique ! Depuis je n'ai plus rien tenté. Tu me donnes envie de découvrir celui ci

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    1. Oui, Soie est un petit bijou ! Essaye donc celui-ci et reviens m'en dire des nouvelles ;-) Trop contente de te voir ici, je te dis merci, et à bientôt j'espère !

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  6. Ben heureusement que je passe lire ton récap#8 hein! J'étais passée à côté de ce joli billet...
    Baricco, pour moi c'est Soie qui attend sagement dans la bibliothèque depuis (trop) longtemps (version illustrée par Dautremer). Mais c'est surtout celui que j'ai lu, il y a pas si longtemps, Mr Gwyn. Et j'ai été transportée par l'écriture de cet auteur.
    Je ne sais d'ailleurs pas pourquoi j'attends si longtemps pour replonger dans un de ses autres romans... Suis nulle hein?
    En tout cas, celui-ci ne pourra pas éviter de faire son entrée dans la bibli après un tel avis.

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    1. La version de "Soie" illustrée par Dautremer à l'air superbe *_*
      Moi aussi j'attends trop longtemps pour découvrir les autres titres de l'auteur, mais il n'y a pas de nullité là-dedans, juste un appétit plus grand que le ventre, mais surtout des journées bien trop courtes, tu ne crois pas ? ;-)
      Je suis vraiment ravie que ma séance de rattra'pages t'ait amenée jusqu'ici, merci ;-)

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  7. Celui-ci je le rajoute directement à ma wish-list, c'est le genre d'auteur que j'adore découvrir et l'histoire à l'air étrange au possible, tout ce que j'aime! Est-ce que c'est un peu dans l'esprit de Zafon?

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    1. Tu fais bien de ne pas hésiter ! Je n'ai pas encore lu de Zafon mais j'y compte bien justement ! Mon intuition me dit que je vais aimer ^_^
      Merci de ta confiance :)

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