samedi 6 août 2016

Le maître des illusions de Donna Tartt

Synopsis : En décrochant une bourse à l'université de Hampden, dans le Vermont, Richard Papen ne laisse pas grand chose derrière lui : la Californie, qui lui déplaît ; son adolescence, faite de souvenirs incolores ; et ses parents, avec qui il ne s'entend pas. Hampden est une porte de sortie inespérée, l'opportunité de vivre une nouvelle vie. Passées quelques semaines, il est bientôt attiré par un professeur atypique, Julian Morrow, esthète capricieux qui enseigne les lettres classiques à cinq étudiants apparemment très liés. Contre l'avis de ses professeurs, il tente de s'introduire dans le groupe de ces jeunes gens marginaux sur qui courent les plus folles rumeurs. Et il est loin d'imaginer ce que lui coûtera sa curiosité.

Drame – 706 pages – Editions Pocket (2004)

Avis : C’est en regardant l’émission de La grande librairie ; SPÉCIALE « LA VALISE IDÉALE DE L'ÉTÉ », et grâce à l’enthousiasme communicatif de Yann Queffélec pour ce roman qu’il présentait comme « obligatoire », que j’ai décidé de l’inclure dans le Challenge de La Licorne pour la session policiers/thrillers.
Incontestablement, je ressors impressionnée par la maitrise de Donna Tartt, et si je devais qualifier ce roman par un seul et unique adjectif, ce serait FASCINANT !!!
Roman de campus (campus-novel), et premier livre de Donna Tartt, son succès fut mondial (traduit dans 23 langues), et la propulsa sur le devant de la scène littéraire américaine. D’ailleurs, pour la petite histoire, elle commença à l’écrire durant ses études dans le Vermont  (justement !) au Bennington College, où elle s’était liée d’amitié avec l'écrivain Bret Easton Ellis, et le termina huit ans après en le dédicaçant à son ami. Difficile de ne pas retrouver dans les superbes descriptions de l’ambiance universitaire et du cadre rural et verdoyant du Vermont, les souvenirs de campus de l’auteure !

Ne vous attendez pas à un classique du genre. Cette histoire vous emmènera sur des chemins inexplorés. Dans quel registre le classer ? Je le placerais bien parmi les thrillers dramatico-psychologiques.
Dès les premières pages, l’esquisse du drame et de ses auteurs est ébauchée par l’intermédiaire de Richard Papen, un jeune homme de 28 ans qui revient sur ce qu’il a vécu à l’âge de 19 ans à l’université de Hampden. Désenchanté de sa Californie natale, désabusé par des parents indifférents et étroits d’esprit, c’est à corps perdu qu’il va se jeter sur la première brochure de campus venue. Celui-ci est providentiellement située dans le Vermont, à l’autre bout du pays, bien loin de tous ses repères et synonyme de nouveau départ.

Université de Hampden, à Hampden, dans le Vermont. Même ce nom avait une résonance austère et anglicane, du moins pour mon oreille, qui soupirait désespérément après l’Angleterre et restait sourde aux rythmes sombres et doux des petites villes de mission.

Irrésistiblement attiré par un étrange petit groupe de cinq élèves, il va forcer le destin pour se faire accepter dans le seul et unique cours de grec ancien du campus, tenu par un professeur atypique et élitiste. Fasciné par ses cinq étudiants lui paraissant inapprochables, allant jusqu’à se réinventer pour s’insérer dans ce clan singulier, le jeune homme va se laisser gagner par un besoin d’ivresse spirituelle.

Dans cette nuée de cigarettes et de sophistication sinistre, ils apparaissaient ici et là, tels les personnages d’une allégorie ou les invités morts depuis longtemps d’une garden-party oubliée.

Perversité, recherche d’absolu, quête de sublimation, ou exaltation intellectuelle, tout est bon pour excuser l’absence de morale de ce petit groupe.
A posteriori, quand je relis les toutes premières lignes du premier chapitre, j’ai l’impression qu’elles résument tellement de choses :

Est-ce que quelque chose comme la “fêlure fatale”, cette faille sombre et révélatrice qui traverse le milieu d’une vie, existe hors de la littérature ? Je croyais que non. Maintenant je pense que oui. Et je crois que voici la mienne : une avidité morbide du pittoresque à tout prix. À moi. L’histoire d’une de mes folies.

La maestria de la psychologie des personnages et toute l’ambiguïté qui se dégage de leur individualité, nous font naviguer en eaux troubles. Le seul personnage féminin du groupe, Camilla, est pour moi le plus réussi ! Tout du long, j’ai cherché à découvrir ce qui se cachait réellement sous son visage d’ange, à la sensualité froide et insaisissable.
Une tension s’installe peu à peu, prise dans la nasse des évènements, elle alourdit l’atmosphère et augmente cette impression troublante de climat délétère. 
Forcément, on ne peut s’empêcher de penser à une tragédie grecque contemporaine tellement le parallèle est omniprésent, et j’ai particulièrement apprécié certains passages durant les cours de grec.

« La mort est mère de la beauté », a dit Henry.
« Et qu’est-ce que la beauté ? »
« La terreur. »
« Bien dit, a conclu Julian. La beauté est rarement douce ou consolatrice. Plutôt le contraire. La véritable beauté est toujours très inquiétante. »
J’ai regardé Camilla, son visage inondé de soleil, et pensé à ce vers de l’Iliade que j’aime tant, à propos de Pallas Athénée et de l’éclat terrible de ses yeux.
« Et si la beauté est la terreur, a repris Julian, alors qu’est-ce que le désir ? Nous croyons avoir de nombreux désirs, mais en fait nous n’en avons qu’un. Lequel ? »
« Vivre », a dit Camilla.

Nombreux sont les extraits que j'avais séléctionné pour vous, mais l'essence de ce roman ne peut se résumer à travers eux !

En un certain sens, c’est ce qui me rapprochait tant des autres au cours de grec. Eux aussi connaissaient ce paysage magnifique et déchirant, mort depuis des siècles ; ils avaient fait la même expérience en quittant leurs livres avec des yeux du cinquième siècle pour découvrir un monde étrangement léthargique, étranger, comme si ce n’était pas le leur. C’est pour cela que j’admirais surtout Julian, et Henry. Leurs yeux, leurs oreilles et toute leur raison étaient irrévocablement fixés dans les confins de ces rythmes antiques et sévères – ils n’habitaient pas ce monde, en fait, du moins pas celui que nous connaissons – et loin d’être des visiteurs occasionnels au pays où je n’étais moi-même qu’un touriste plein d’admiration, ils y résidaient presque en permanence, autant, me semble-t-il, qu’il leur était possible. Le grec ancien est une langue difficile, très difficile, en vérité, et il est hautement possible de l’étudier sa vie durant sans jamais pouvoir en prononcer le premier mot ; et je dois sourire, encore aujourd’hui, en repensant à l’anglais formel et délibéré d’Henry, l’anglais d’un étranger bien éduqué, comparé à la fluidité et à la merveilleuse assurance de son grec - rapide, éloquent, d’un esprit mordant. 

Pas étonnant que Donna Tartt ait obtenu le prix Pulitzer avec son troisième roman Le Chardonneret, publié plus de 20 ans après celui-ci, car elle est incontestablement une grande plume de la littérature contemporaine américaine.

Merci, mille mercis Monsieur Queffélec !!! Sans vous je serais passée à côté de ce roman, et c'eût été vraiment dommage ^_^



25 commentaires:

  1. C'est une auteure que j'ai très envie de découvrir, mais comme je suis raisonnable, parfois, je n'ai encore acheté aucun de ses romans. Mais je sens que je vais vite craquer, encore à cause de toi! grr

    J'aime vraiment beaucoup te lire, merci pour tes chroniques...

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    1. Laisse la raison de côté pour une fois ! Je suis certaine qu'il te plairait ;-) Je dis ça, je dis rien... *sifflote*
      Merci à toi, ça me fait super plaisir :)

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    2. @Céline : TU EST FAIIIIIIIBLE :D !

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    3. Euh, pour le "pour une fois", on repassera! Doux Chéri vient de me demander si j'étais en dépression vu le nombre d'ouvrages que je viens (encore) de recevoir. J'ai arqué un sourcil interrogateur en me disant "mais de quoi il parle?" et je me suis souvenue que j'ai déjà pris ce prétexte pour justifier mes achats livresques compulsifs. Mais malheureusement, ça ne prend pas, il ne me croit pas. Il va falloir que je trouve autre chose!
      (Et celui-ci vient précisément de rejoindre ma PAL...)

      Et Le Chat: grrr, vilaine! Non, je suis forte! Parfois! Enfin un tout petit peu! :)

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    4. Ouais, bon, eh bien va falloir trouver un autre argument, voyons un peu...
      1) Tu as attrapé un virus très rare (qu'on hésite à médiatiser pour ne pas affoler la population mondiale), transmis par un moustique échappé d'une bibliothèque africaine, et qui provoque des fièvres livresques aiguës ^_^
      2) Tu es mise à l'épreuve par une société occulte, et pour entrer dans leur cercle, tu dois trouver dans les pages d'un livre (reste à savoir lequel)le précieux sésame qui te permettra d'accéder à la crypte secrète où se déroulera ta première séance d'initiation.
      3) C'est comme ça, et pas autrement ! Nan mais ho, où est passée la liberté des femmes ? !!!
      Au choix, donc :D

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    5. Je note tes arguments! Et je vais les tester dès la réception du prochain colis! Je reviendrai te dire ce qu'il en est!!

      (Et je pouffe toute seule comme une folle devant mon ordi, et je crois que Doux Chéri se doute qu'il y a un truc louche... )

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    6. Tant qu'il se doute mais qu'il n'a pas de preuves c'est ok... ;-)
      Je reste à l'affût de tes résultats de tests, ça peux toujours (me) servir, pendant que j'essaie d'autres tactiques imparables :) Faisons travailler nos esprits fertiles et solidaires à bon escient !

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  2. Depuis le temps que je veux découvrir ce livre, il faudrait vraiment que je me lance !

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    1. J'ose en rajouter une seconde couche ; vas-y, lance toi !!! :D
      Merci d'être passée, et à bientôt :)

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  3. Un des romans favoris de mon ancien "boss" en librairie ... Je ne l'ai jamais lu mais tu me rappelles qu'il FAUT que je le fasse !

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    1. Ah, eh bien ton ancien "boss" a très bon goût ;-) Ravie d'avoir contribué à ce rappel !
      Merci pour ton petit mot Julia, c'est toujours un plaisir de te retrouver ici :

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  4. Vendu Lupa! Tout dans ton billet donne une énorme envie de lire cette auteure, ce thriller psy, tout tout tout. Alors juste merci pour ça :)

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    1. C'est moi qui te remercie pour ce bel enthousiasme ! Un sacré coup de boost pour m'encourager à lire et publier davantage ;)

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  5. je ne connaissais pas du tout mais j'adore ton enthousiasme pour le roman ! J'aime bien un livre comme ça de temps en temps ! merci de la découverte !

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    1. De rien, avec plaisir ! D'autant que si tu ne le connaissais pas, je fais coup double, et j'en suis ravie ;-) Merci à toi !

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  6. Lu il y a quelques années... mes souvenirs de ce livre sont remontés d'un coup. J'avais beaucoup aimé, un petit côté "le cercle des poetes disparus". J'hésite pour le chardonneret, je n'ai pas lu de bonnes critiques... Bises ma Lupa !

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    1. Oui !!! Tu as raison, pour le rapprochement avec "Le cercle des poetes disparus", j'ai omis d'en parler, mais il est bien là ^^
      Je suis contente d'avoir ravivé tes souvenirs :)
      Concernant "Le chardonneret", je reste très curieuse malgré les critiques, mais on verra... À bientôt, et merci ma Lili :)

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  7. Salut ma chère Lupa!!!
    Comment pourrions nous passer à coté de cette lecture aprs ton bel enthousiasme???!!!Moi j'y arriverais pas et je l'inscris direct dans ma wish...Ca fait longtemps que je veux lire ce titre, mais j'en ai un autre dans ma PAL qui m'attend...Je vais donc commencer par Le petit copain et promis je fonce sur celui ci après!!!!;)
    Bisous ma belle te a bientôt!

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    1. En voilà une bonne nouvelle !!! Et grâce à l'effet boomerang, sans doute me donneras-tu très envie de lire "Le petit copain" à mon tour, car tu sais que ton enthousiasme me fait également beaucoup d'effet ;-)
      Bisous à toi aussi, accompagnés d'une brassée de remerciements :)

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  8. Tu piques ma curiosité, j'aime bien les thrillers, alors à tenter.

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    1. Ahhh, chouette alors !!! Tente-le, et tu m'en diras des nouvelles ;) Merci de tous tes petits commentaires, cela me fait vraiment plaisir de te voir par ici :)

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  9. Il me tente depuis un bon moment, mais je ne l'ai toujours pas lu... Ta chronique me redonne très envie de m'y pencher :)

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    1. C'est une lecture à ne pas manquer ! Je suis heureuse d'avoir ravivé ton envie de la découvrir :) Merci de ta confiance, et à bientôt par chez toi ;-)

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  10. J'ai ce livre dans ma Pal depuis un bon moment et j'ai toujours voulu le lire, on m'en a déjà vanté les mérites, je me demande bien ce que j'attends! Ta chronique me donne vraiment envie de m'y mettre! :)

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    1. Je suis enchantée d'avoir ravivé la petite flamme de l'envie ! Ce roman mérite que l'on se décide en sa faveur ! J'espère qu'il te plaira autant qu'à moi ;-)
      Je te dis merci, et peut-être à bientôt pour en reparler ;-)

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