mardi 16 août 2016

Séance de rattra’pages #6

N’ayant pas la possibilité de chroniquer toutes mes lectures, j’ai créé ce petit rendez-vous trimestriel permettant de faire la synthèse de mes découvertes passées, et surtout d'en garder la trace.
Ce billet, publié à chaque fin de trimestre, est comme son nom l’indique, une séance de rattrapage de mes conquêtes livresques des trois derniers mois écoulés.
Voici donc mes lectures des mois d'avril, mai, et juin 2016, classées par ordre de préférences !
Et pour retrouver les précédentes séances, c'est par ici...

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(Cliquez sur les couvertures pour accéder aux fiches Livr'addict)
  • L'Aube de la Nuit, tome 1 : Rupture dans le réel, partie 1 : Genèse de Peter F. Hamilton (512 pages) : ❤  Un premier tome introductif un peu rébarbatif dans les 50 premières pages, mais sur lesquelles il ne faut surtout pas s'appesantir sous peine de passer à côté de quelque chose d'immense !!!
  • L'Aube de la Nuit, tome 1 : Rupture dans le réel, partie 2 : Émergence de Peter F. Hamilton (512 pages) : ❤  Nous voilà de plein pied dans le vif du sujet, et quel sujet !!! D'une ampleur vertigineuse, l'histoire n'en finit pas de nous bluffer plus on s'y installe. Impossible de ne pas se jeter sur la troisième partie ^^
  • L'Aube de la Nuit, tome 1 : Rupture dans le réel, partie 3 : Expansion de Peter F. Hamilton (544 pages) : ❤  Waouh !!!  J'ai retrouvé des sensations me rappelant combien j'aime le Space opera ! Un univers époustouflant, des personnages géniaux, une intrigue électrisante, absolument TOUT est brillantissime !!! Vivement la suite qui est fort heureusement déjà en ma possession ;) Chronique à venir...
  • Le Livre de Perle de Timothée de Fombelle (297 pages) : Une parenthèse de féerie et un grand coup de cœur pour cette lecture ! J'ai eu du mal à redescendre sur terre et suis impatiente de m'envoler à nouveau aux côtés T. de Fombelle. Un roman qui m'a vendu du rêve, un vrai bonheur *_*  Ma chronique.
  • Macbeth de William Shakespeare (97 pages) : Après Hamlet et Le Songe d'une nuit d'été, je poursuis ma (re)découverte de Shakespeare avec bonheur ! J'ai été de nouveau emportée par ce récit, d'une beauté sombre et cruelle, comme Shakespeare en a le secret ! Peut-être bien mon préféré des trois pour l'instant ;-)
  • Livres de sang, tome 1 : Livre de sang de Clive Barker (248 pages) : Un recueil de 6 nouvelles horrifiques de grande qualité ! L'auteur m'a mise l'eau à la bouche avec Ce Livre de sang, même si certaines histoires m'ont légèrement déçue (la moitié est un ton en-dessous je trouve ^^). Le tome suivant (Une course d'enfer) trône déjà en tête de mes futures lectures ! Âmes sensibles s'abstenir :)
  • Les Chroniques des Elfes, tome 2 : L'Elfe des Terres Noires de Jean-Louis Fetjaine (255 pages) : Incontestablement mon tome favori ! Plus noir, plus oppressant, grouillant de créatures sorties tout droit de l’enfer, et dégageant une tension nous poussant vers la suite ! Ma chronique.
  • Les Chroniques des Elfes, tome 3 : Le sang des elfes de Jean-Louis Fetjaine (294 pages) : La fin de ces chroniques ouvrent la voie à la célèbre Trilogie des elfes, grand succès de l'auteur ! Mon plaisir fût amoindri par le manque d'empathie et d'attachement suscités par les personnages, mais rattrapé par l'univers, et avantageusement servi par la belle plume de J.L. Fetjaine. Ma chronique.
  
  • Le Vampire des Origines, tome 2 de Collectif (348 pages) : Mon seul partenariat de ce trimestre. Une anthologie originale et très copieuse (pas moins de 15 nouvelles) à l'attractivité vampirique inégale (comme dans toute anthologie, le plaisir est variable !), et dans laquelle j'ai retenu tout particulièrement 3 récits ! Un excellent moyen de découvrir de nouveaux auteurs prometteurs ;) Ma chronique.
  • Chronique du Soupir de Mathieu Gaborit (298 pages) : Un roman qui m'a fait soupirer de frustration tellement le potentiel était grand mais pas suffisamment aboutit à mon goût ^_^ J'ai aimé tant de choses et espéré tellement davantage que le ressenti final est en demi-teinte, dommage ! Une chose est sûre, je relirai du M. Gaborit. Ma chronique.
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Bilan de ce deuxième trimestre de l'année :
8 romans, 2 recueils de nouvelles, dont 4 coups de cœur (3405 pages au total), et aucune véritable déception.

Ce trimestre aura été fort d'une immense révélation en SF (la saga de L'Aube de la Nuit de Peter F. Hamilton), comptant 3 tomes = 3 coups de , un vrai carton plein !!!
Il aura également été magique, grâce aux lectures de mon Challenge Printemps Elfique 2016 ; au total 6 livres lus, dont 1 coup de ), et aura saupoudré mon printemps de poussière féerique !

Mes objectifs du trimestre passé ont tous été remplis, ou presque, à savoir :
  1. Poursuivre ou terminer une saga en cours : (Les Chroniques des Elfes).
  2. Mettre à l'honneur un classique, ou un auteur célèbre : (Macbeth de Shakespeare).
  3. Lire un maximum de romans SFFFH(*) : 9/10, pas mal...
  4. Chroniquer davantage : seulement 5 billets publiés, peut mieux faire ^_^
Je vais tenter de m'améliorer (lire et publier davantage) pour vous offrir un prochain trimestre plus fourni !
Je vous donne rendez-vous à l'automne pour une prochaine séance ;-)
En attendant, passez une belle fin d'été, lisez, bloguez, et surtout profitez ;-)

(* Science-fiction, Fantasy, Fantastique, Horreur) 

samedi 6 août 2016

Le maître des illusions de Donna Tartt

Synopsis : En décrochant une bourse à l'université de Hampden, dans le Vermont, Richard Papen ne laisse pas grand chose derrière lui : la Californie, qui lui déplaît ; son adolescence, faite de souvenirs incolores ; et ses parents, avec qui il ne s'entend pas. Hampden est une porte de sortie inespérée, l'opportunité de vivre une nouvelle vie. Passées quelques semaines, il est bientôt attiré par un professeur atypique, Julian Morrow, esthète capricieux qui enseigne les lettres classiques à cinq étudiants apparemment très liés. Contre l'avis de ses professeurs, il tente de s'introduire dans le groupe de ces jeunes gens marginaux sur qui courent les plus folles rumeurs. Et il est loin d'imaginer ce que lui coûtera sa curiosité.

Drame – 706 pages – Editions Pocket (2004)

Avis : C’est en regardant l’émission de La grande librairie ; SPÉCIALE « LA VALISE IDÉALE DE L'ÉTÉ », et grâce à l’enthousiasme communicatif de Yann Queffélec pour ce roman qu’il présentait comme « obligatoire », que j’ai décidé de l’inclure dans le Challenge de La Licorne pour la session policiers/thrillers.
Incontestablement, je ressors impressionnée par la maitrise de Donna Tartt, et si je devais qualifier ce roman par un seul et unique adjectif, ce serait FASCINANT !!!
Roman de campus (campus-novel), et premier livre de Donna Tartt, son succès fut mondial (traduit dans 23 langues), et la propulsa sur le devant de la scène littéraire américaine. D’ailleurs, pour la petite histoire, elle commença à l’écrire durant ses études dans le Vermont  (justement !) au Bennington College, où elle s’était liée d’amitié avec l'écrivain Bret Easton Ellis, et le termina huit ans après en le dédicaçant à son ami. Difficile de ne pas retrouver dans les superbes descriptions de l’ambiance universitaire et du cadre rural et verdoyant du Vermont, les souvenirs de campus de l’auteure !

Ne vous attendez pas à un classique du genre. Cette histoire vous emmènera sur des chemins inexplorés. Dans quel registre le classer ? Je le placerais bien parmi les thrillers dramatico-psychologiques.
Dès les premières pages, l’esquisse du drame et de ses auteurs est ébauchée par l’intermédiaire de Richard Papen, un jeune homme de 28 ans qui revient sur ce qu’il a vécu à l’âge de 19 ans à l’université de Hampden. Désenchanté de sa Californie natale, désabusé par des parents indifférents et étroits d’esprit, c’est à corps perdu qu’il va se jeter sur la première brochure de campus venue. Celui-ci est providentiellement située dans le Vermont, à l’autre bout du pays, bien loin de tous ses repères et synonyme de nouveau départ.

Université de Hampden, à Hampden, dans le Vermont. Même ce nom avait une résonance austère et anglicane, du moins pour mon oreille, qui soupirait désespérément après l’Angleterre et restait sourde aux rythmes sombres et doux des petites villes de mission.

Irrésistiblement attiré par un étrange petit groupe de cinq élèves, il va forcer le destin pour se faire accepter dans le seul et unique cours de grec ancien du campus, tenu par un professeur atypique et élitiste. Fasciné par ses cinq étudiants lui paraissant inapprochables, allant jusqu’à se réinventer pour s’insérer dans ce clan singulier, le jeune homme va se laisser gagner par un besoin d’ivresse spirituelle.

Dans cette nuée de cigarettes et de sophistication sinistre, ils apparaissaient ici et là, tels les personnages d’une allégorie ou les invités morts depuis longtemps d’une garden-party oubliée.

Perversité, recherche d’absolu, quête de sublimation, ou exaltation intellectuelle, tout est bon pour excuser l’absence de morale de ce petit groupe.
A posteriori, quand je relis les toutes premières lignes du premier chapitre, j’ai l’impression qu’elles résument tellement de choses :

Est-ce que quelque chose comme la “fêlure fatale”, cette faille sombre et révélatrice qui traverse le milieu d’une vie, existe hors de la littérature ? Je croyais que non. Maintenant je pense que oui. Et je crois que voici la mienne : une avidité morbide du pittoresque à tout prix. À moi. L’histoire d’une de mes folies.

La maestria de la psychologie des personnages et toute l’ambiguïté qui se dégage de leur individualité, nous font naviguer en eaux troubles. Le seul personnage féminin du groupe, Camilla, est pour moi le plus réussi ! Tout du long, j’ai cherché à découvrir ce qui se cachait réellement sous son visage d’ange, à la sensualité froide et insaisissable.
Une tension s’installe peu à peu, prise dans la nasse des évènements, elle alourdit l’atmosphère et augmente cette impression troublante de climat délétère. 
Forcément, on ne peut s’empêcher de penser à une tragédie grecque contemporaine tellement le parallèle est omniprésent, et j’ai particulièrement apprécié certains passages durant les cours de grec.

« La mort est mère de la beauté », a dit Henry.
« Et qu’est-ce que la beauté ? »
« La terreur. »
« Bien dit, a conclu Julian. La beauté est rarement douce ou consolatrice. Plutôt le contraire. La véritable beauté est toujours très inquiétante. »
J’ai regardé Camilla, son visage inondé de soleil, et pensé à ce vers de l’Iliade que j’aime tant, à propos de Pallas Athénée et de l’éclat terrible de ses yeux.
« Et si la beauté est la terreur, a repris Julian, alors qu’est-ce que le désir ? Nous croyons avoir de nombreux désirs, mais en fait nous n’en avons qu’un. Lequel ? »
« Vivre », a dit Camilla.

Nombreux sont les extraits que j'avais séléctionné pour vous, mais l'essence de ce roman ne peut se résumer à travers eux !

En un certain sens, c’est ce qui me rapprochait tant des autres au cours de grec. Eux aussi connaissaient ce paysage magnifique et déchirant, mort depuis des siècles ; ils avaient fait la même expérience en quittant leurs livres avec des yeux du cinquième siècle pour découvrir un monde étrangement léthargique, étranger, comme si ce n’était pas le leur. C’est pour cela que j’admirais surtout Julian, et Henry. Leurs yeux, leurs oreilles et toute leur raison étaient irrévocablement fixés dans les confins de ces rythmes antiques et sévères – ils n’habitaient pas ce monde, en fait, du moins pas celui que nous connaissons – et loin d’être des visiteurs occasionnels au pays où je n’étais moi-même qu’un touriste plein d’admiration, ils y résidaient presque en permanence, autant, me semble-t-il, qu’il leur était possible. Le grec ancien est une langue difficile, très difficile, en vérité, et il est hautement possible de l’étudier sa vie durant sans jamais pouvoir en prononcer le premier mot ; et je dois sourire, encore aujourd’hui, en repensant à l’anglais formel et délibéré d’Henry, l’anglais d’un étranger bien éduqué, comparé à la fluidité et à la merveilleuse assurance de son grec - rapide, éloquent, d’un esprit mordant. 

Pas étonnant que Donna Tartt ait obtenu le prix Pulitzer avec son troisième roman Le Chardonneret, publié plus de 20 ans après celui-ci, car elle est incontestablement une grande plume de la littérature contemporaine américaine.

Merci, mille mercis Monsieur Queffélec !!! Sans vous je serais passée à côté de ce roman, et c'eût été vraiment dommage ^_^