mercredi 30 mars 2016

Carnaval de Ray Celestin

Synopsis : Au coeur du Sud profond, La Nouvelle-Orléans, construite sur des marécages en dessous du niveau de la mer, a toujours été aux prises avec tornades, inondations et épidémies de toutes sortes. La nature du sol en fait une cité qui s'affaisse, où les morts ne peuvent être enterrés. Alligators, serpents, araignées hantent ses marais. Nombre de menaces ont toujours plané au-dessus de la ville. Et pourtant...
Lorsqu'en 1919 un tueur en série s'attaque à ses habitants en laissant sur les lieux de ses crimes des cartes de tarot, la panique gagne peu à peu. On évoque le vaudou. Les victimes étant siciliennes, les rivalités ethniques sont exacerbées. Un policier, Michael Talbot, un journaliste, John Riley, une jeune secrétaire de l'agence Pinkerton, Ida, et un ancien policier tout juste sorti de prison, Luca D'Andrea, vont tenter de résoudre l'affaire. Mais eux aussi ont leurs secrets... Alors qu'un ouragan s'approche de la ville, le tueur, toujours aussi insaisissable, continue à sévir. Le chaos est proche.

Thriller historique – 493 pages – Editions Le Cherche Midi (2015)

Avis : Cette ville de La Nouvelle-Orléans m’a toujours fascinée ! Que ce soit dans les films ou séries, mais surtout dans les romans où l’imaginaire aime prendre ses aises, elle est le théâtre rêvée pour les plus incroyables histoires. Une ville de tous les extrêmes, et qui agit un peu comme un aimant sur moi ! C’est donc avec une confiance quasi aveugle que je me suis lancée dans ce Carnaval, premier roman d’un auteur britannique dont la biographie est assez floue, et qui remporte le John Creasey Award (prix britannique du meilleur premier roman policier d’un auteur) à sa sortie.

Dans ce thriller historique, l’auteur s’inspire largement d’un fait divers ayant existé, une série de meurtres perpétrés par un serial killer dénommé  "Le tueur à la hache" ayant sévi entre 1918 et 1919 à la Nouvelle-Orléans, et dont j’ai retrouvé les détails du parcours sanglant sur l’excellent site MINDSHADOWS.

Le premier chapitre s’ouvre dans les locaux du journal local Le New Orleans Times-Picayune, quand un journaliste, John Riley, trouve parmi le courrier des lecteurs une lettre à l’introduction assez glaçante :

Les Enfers, 6 mai 1919
Estimé Mortel,
Ils n’ont jamais pu m’attraper. Cela n’arrivera jamais d’ailleurs. Personne ne m’a jamais vu car je suis invisible, tout comme les éthers qui entourent la Terre. Je ne suis pas un être humain mais un esprit et un démon venu des tréfonds bouillonnants de l’Enfer. Je suis celui que vous autres habitants de La Nouvelle-Orléans et votre police stupide appelez le Tueur à la hache…

Avouez que ça démarre plutôt bien, surtout lorsque l’on sait que la lettre est une transcription du document original de celle du tueur et non pas l’œuvre du romancier, ça c'est top !

À partir de là, nous allons faire connaissance des différents personnages que l’auteur a intégrés à son roman :
Il y a le lieutenant Talbot qui a la charge de l’enquête, mais aussi pas mal d’autres fardeaux à porter.
Luca D’Andrea, le flic qui sort tout juste de taule après six ans d’incarcération, qui refait surface en plein cœur de la tempête provoquée par ce mystérieux tueur qui s’attaque justement à la communauté sicilienne dont il fait partie.
Ida, la petite secrétaire d’une agence de détective privé, bien décidée à gravir les échelons. Et son ami d’enfance, Lewis :

C’était un jeune joueur de cornet au visage poupin qui n’avait pas encore changé la prononciation de son nom pour adopter la forme française : Louey. Pour Ida et pour tout le monde dans le quartier du Battlefield, il était Lil’ Lewis Armstrong.

Et oui !!! L’auteur a eu l’excellente idée d’intégrer à l’histoire le vrai, le grand, l’unique Louis Armstrong ! Et c’est tout à fait crédible puisque cette légende du jazz est né à la Nouvelle-Orléans en 1901 et qu’il a dû vivre de près le fait divers de sa ville natale puisqu’il avait à l’époque 18 ans, comme dans le roman.

À la découverte de la première scène de crime, j’ai trouvé que le début commençait vraiment bien. Le côté mystérieux des meurtres, le fait que les domiciles des victimes soient fermés de l’intérieur, ou que l’on retrouve des cartes de tarot sur les cadavres, la lecture de la lettre du tueur en introduction aussi…, bref, autant d’éléments qui laissaient présager du lourd !
Mais, cette première impression s’est un peu étiolée au fur et à mesure que l’enquête avançait et prenait une tournure presque ronronnante.
Pour tenter d'illustrer mon propos, disons que je n'ai pas ressenti cette sensation de malaise captivant comme dans la première saison de la série TV True Detective que j'avais adorée.

Dans ce roman ce ne sont pas les meurtres, ni l’enquête, ni même sa résolution (un peu facilement amenée et manquant de punch malgré une tempête arrivée à point nommé ^^) qui m’ont apporté des sensations, car je vous rassure, sensations il y a bien eu malgré tout !!!
C’est pour d’autres raisons que mon engouement s’est tout de même manifesté.
D’abord et surtout pour cette ville incroyable qu’était La Nouvelle-Orléans en ce début de XXe siècle ! Je me suis laissée enfiévrer par la représentation servie sur un plateau par l’auteur, de celle que l’on appelle si justement The Big Easy. Grisée j’ai été de parcourir le dédale de ses ruelles, de rentrer dans ses échoppes, de me perdre dans les bayous et de respirer le parfum moite du Mississippi. 

La Nouvelle-Orléans était violente et sans pitié, remplie de criminels et d’immigrés qui se méfiaient les uns des autres. Mais c’était aussi une ville pleine d’une énergie séduisante, possédant un charme lumineux et opulent. Malgré la ségrégation et la rancœur, les rues miteuses et un passé à la gloire ternie, il était facile de tomber sous le charme de La Nouvelle-Orléans.


Ray Celestin nous emmène dans les différents quartiers ; l’irlandais où ils ne fait pas bon se promener lorsque l’on est noir. Storyville, celui de la débauche et du jeu où la corruption règne en maître, Little Italy repère de la mafia locale, le French Quarter... D’autant que nous sommes à une période clé puisque l’aube de la prohibition se profile à l’horizon, promettant de redistribuer les cartes pour ceux qui règnent dans l'ombre. Violence, ségrégation, corruption, injustice, pauvreté, un véritable chaudron que l'entrée du tueur à la hache va mettre en ébullition.

À La Nouvelle-Orléans, chaque communauté se barricadait pour se protéger des autres : les créoles de couleur au nord ; les Irlandais au sud ; les Noirs à l’ouest ; les Italiens dans Little Italy au centre et il y avait des enclaves de Chinois, de Grecs, d’Allemands, de Juifs réparties dans toute la ville comme des pions sur un échiquier. Il n’y avait que dans le centre, dans le French Quarter, à Storyville et dans le quartier des affaires, où ça se mélangeait. Cette ségrégation provoquait la méfiance et cette méfiance engendrait la ségrégation. Et maintenant, en plus de ça, il y avait le tueur qui jetait de l’huile sur le feu, qui abattait les cloisons entre tous ces gens pour provoquer des frictions dangereuses.


L’autre point fort du roman est la place qu’occupe le jazz. J’ai trouvé assez ingénieux de nous permettre d’accompagner Louis Armstrong dans l’émergence de son talent. À l’image de cette nuit de folie pendant laquelle chaque habitant doit suivre les exigences du tueur en swinguant jusqu'au petit matin pour ne pas devenir la prochaine victime, l’exaltation nous gagne à l’évocation d’un solo de l’artiste dans un pur moment de grâce.   

Cela faisait deux minutes qu’ils jouaient « Tiger Rag » et Lewis entendit Baby Dodds annoncer la fin d’un chorus avec une phrase d’une demi-mesure comportant deux frappes sur la caisse claire. Il ferma les yeux et démarra son solo. Mais ce n’était pas l’un de ses solos habituels – aucun ne convenait. Ce soir, il allait trouver ce qu’il fallait jouer en improvisant, en s’appuyant sur la frénésie du public.

En conclusion, même si l'histoire de ce tueur à la hache n'a pas été pour moi aussi tranchante que prévue, elle m'a bien fait swinguer ! Dans une ville enivrante, j'ai pu me pencher sur le berceau du jazz aux côtés de l'un de ses plus illustres représentants tout en découvrant l'envers du décors et ses excès de l'époque. 
Un premier roman qui donne de l'appétit pour la suite de la carrière de cet auteur !


dimanche 20 mars 2016

Challenge Printemps Elfique 2016


Aujourd'hui est un grand jour : C'EST LE PRINTEMPS, ma saison favorite !!!

Quoi de mieux pour célébrer cette belle période que de participer au challenge de ma petite fée préférée Stelphique, qui a eu la bonne idée de mettre à l'honneur l’effet bienfaiteur de nos amis les fées, les elfes, les nymphes, les pixies, les fays... autour d'un rendez-vous livresque.

Le but de ce challenge est de lire un maximum de romans ayant attrait aux fées, entre le 21 mars au 21 juin...
Chaque lecture sera chroniquée, et répertoriée sur ce billet ainsi que sur le blog de Stelphique, et sur sur le topic de Livraddict créé pour l'occasion.

Ne seront comptabilisés QUE les livres parlant EXCLUSIVEMENT de fées. Seules les créatures ailées seront les stars de ce printemps !!!

Les paliers sont à choisir à l'avance, mais avec la possibilité d'en changer, si jamais une frénésie de lecture elfique venait à éclore en cours de route ;-)

1.Pilliwiggins, fée butineuse: 1 à 5 livres.
2.Fays, Pixie vendangeur: 6 à 12 livres.
3.Dryades, Nymphe rabioteuse:  13 à 25 livres.
4.Sanzienne, Sainte Fée moissonneuse: +25 livres.

J'ai choisi de devenir une fée butineuse (niveau 1) car je n'ai pas beaucoup d'expérience dans cette thématique, ce challenge sera donc l'occasion rêvée d'élargir mon horizon féérique. 



Merci pour ce Printemps résolument féérique !!!

jeudi 17 mars 2016

Le Vieil Homme et la Mer d’Ernest Hemingway

Synopsis : Le roman met en scène deux personnages principaux : Santiago, un vieux pêcheur pauvre, et Manolin, jeune garçon tendre. L’histoire se déroule à Cuba, dans un petit port près du Gulf Stream.
Manolin accompagne Santiago à la pêche, mais ils n’ont rien pris depuis 84 jours. Les parents de Manolin qui trouvent que Santiago est « salao » ou « salado », c'est-à-dire malchanceux, décident qu’il embarquera sur un autre bateau, celui-ci ramène en effet trois grosses prises en une semaine!
Chaque soir Manolin voit le vieux revenir bredouille, cela lui cause une grande tristesse, il l’aide à remonter la barque, les lignes et le harpon. La voile, usée et rapiécée, roulée autour du mât, figure le drapeau en berne de la défaite. Le jeune garçon lui trouve de quoi manger et prend soin de lui, il a peur de le voir « partir », il n’est pas question de pitié, mais d’amour et de respect.

Drame – 148 pages – Editions Folio (2012)

Avis : Suite à ma découverte d’Hemingway avec Le jardin d’Eden, qui m’avait laissé sur une perception approximative de l’auteur, c’est avec joie que j’ai sauté sur la proposition de Misspendergast de faire une lecture commune avec cet autre titre, et pas n’importe lequel puisque Le Vieil homme et la mer est une œuvre majeure d’Hemingway. 
En fait, c’est la dernière publiée de son vivant en 1952. Ayant reçu le prix Pulitzer en 1954, elle sera d'ailleurs emblématique lors de la remise du prix Nobel de littérature à son auteur la même année.

Étudiée par la plupart d’entre nous à l’école, cette histoire n’est plus à raconter, d’ailleurs je ne me lancerai pas dans un résumé de ce court récit (quasiment le format d’une nouvelle), le plus simple pour le découvrir étant encore de le lire.
Ce billet ne sera donc que le reflet de mon ressenti face à cette lecture.

La relation entre le vieux pêcheur et le petit garçon est pour moi l’aspect le plus touchant de l’histoire. J’ai été émue par ce petit Manolin prenant soin du vieil homme, et surtout par l’amour qui se dégage de cette relation.
C’est l’enfant qui nourrit, qui veille, qui rassure, et qui encourage cet homme fatigué que la chance a abandonné depuis 84 jours qu’il n’a rien péché… Cette partie est émouvante et particulièrement belle, d’autant que l’extrême pauvreté et l’excessive rudesse de leur condition de vie ne peuvent laisser indifférent.

J’ai éprouvé des sentiments partagés lors de la partie centrale du récit qui relate le combat entre le vieil homme et ce grand poisson. Même si j’avais bien conscience qu’il était question de courage et de dignité humaine, et que je savais que ce pêcheur avait besoin de se sortir de cette malchance et de gagner son pain quotidien avec une nouvelle prise, j’avais envie que la ligne casse et que le poisson reprenne sa liberté tout en laissant le vieil homme sain et sauf.
Dès que ce magnifique poisson hors du commun est ferré et qu'il commence à tirer la barque au large, le bras de fer qui s’engage m’a envahi de tristesse. Une tristesse qui s’est ancrée au fur et à mesure des pages et du questionnement du vieil homme.

Il sentait la force du grand poisson qui l’emportait invinciblement Dieu sait où, vers l’endroit qu’il avait choisi.
 « Je l’ai pris en traître, pensa le vieux. C’est à cause de mes pièges qu’il a été obligé de choisir.
 « Il avait choisi de rester dans les eaux profondes, dans le noir, loin des hameçons, loin des traîtres. Et puis voilà que moi j’ai choisi d’aller le chercher tout là-bas dans le fond, plus loin que tous les poissons du monde. Maintenant lui et moi on est uni. Depuis le milieu du jour on est accroché ensemble. Et personne peut nous aider, ni lui, ni moi.
 « Peut-être que j’aurais mieux fait de ne pas devenir pêcheur, songea-t-il. Mais qu’est-ce que j’aurais bien pu faire d’autre ?

Ce duel m’a paru interminable, malgré les beaux passages où le vieil homme parle au poisson et qu’il l’appelle « mon frère » en lui exprimant tout le respect qu’il a pour sa vaillance.


« J’aimerais bien lui donner à manger, au poisson, pensa-t-il. À mon frère le poisson. Mais faut que je le tue et que je garde mes forces pour ça. »

J’ai bien conscience du message sur la condition humaine et sur ce que représente cette bataille de l’homme face à la nature, voire même de la portée philosophique que peut véhiculer ce récit, mais je serais malhonnête en disant que j’ai pris du plaisir à le lire, malgré la véritable réflexion qu'il suscite.

En revanche, j’ai vraiment apprécié les moments de connivence avec le gamin, ainsi que les passages où le vieil homme rêve de lions et se remémore lorsqu’il grimpait au mât d’un bateau à voiles le long les côtes africaines et qu’il les voyait apparaître le soir sur les plages.

Il ne rêvait plus jamais de tempête, ni de femmes, ni de grands événements, ni de poissons énormes, ni de bagarres, ni d’épreuves de force, ni même de son épouse. Il ne rêvait que de paysages et de lions au bord de la mer. Les lions jouaient comme des chats dans le crépuscule, et il les aimait comme il aimait le gamin.

Je suis heureuse d’avoir lu ce roman, même s’il ne fût pas le coup de cœur espéré, il éveille la conscience et ne peut laisser insensible.
Et puis, je pense que l’on ne peut pas parler d’Hemingway, ni se faire un avis objectif sans l’avoir lu, mais je crois que cet auteur ne me correspond finalement pas.
Après cette LC, je me suis intéressée de plus près aux résumés de ses autres romans les plus connus, j'ai constaté que Mort dans l'après-midi reflète sa passion pour la tauromachie, que Les Vertes Collines d'Afrique est un récit autobiographique autour d’un safari qu’il a effectué en 1933 avec son épouse, et qui s’ouvre sur une partie de chasse au gros gibier… Bref, je réalise qu’en dehors de L'Adieu aux armes, qui semble être le seul que je lirai peut-être, les histoires racontées par Hemingway ne me correspondent pas.
Si je devais faire une comparaison (oui je sais, ce n’est pas bien, mais tant pis ^^) avec un autre auteur américain de la même époque, je dirais sans hésiter que je préfère, et de loin, la plume et l'univers de Francis Scott Fitzgerald !

Pour finir sur une note positive, et si vous avez envie de prolonger le roman, je vous invite à visionner le film d'animation réalisé en 1999 par Alexandre Petrov (ayant remporté l'Oscar du meilleur film d'animation en 2000) qui emploie une technique de peinture à l'huile animée s’adaptant magnifiquement au récit, et que vous pourrez découvrir par ici

Un grand merci à Misspendergast pour ce moment de lecture partagé, il a élargi ma vision de l’univers d’Hemingway, et a suscité de nombreux sentiments, parfois contradictoires, mais non moins riches et sincères.

Venez vite découvrir le
beau billet de Misspendergast