samedi 27 février 2016

Armageddon Rag de George R.R. Martin

Synopsis : Baby, you cut my heart out
Baby tu m'as arraché le cœur chantait le Nazgûl
Baby, you made me bleeeeed !
Baby tu m'as fait saigneeeer !
Il ferma les yeux et écouta, et c'était presque comme si une décennie s'était soudain envolée, comme si West Mesa n'avait jamais eu lieu, comme si Nixon était encore à la Maison Blanche et que la guerre du Viêt-nam faisait toujours rage et que le Mouvement était encore bien vivant. Mais quelque part, parmi les lambeaux de ce passé, une chose demeurait la même : Jamie Lynch était mort. Et on lui avait bel et bien arraché le coeur...

Thriller Fantastique – 608 pages – Editions Folio (SF) (2014)

Avis : à moins que vous ne sortiez d’une période d’hibernation de plusieurs années, ou que vous atterrissiez à peine de la planète Mars, vous n’avez pu passer à côté du raz-de-marée Game of Thrones écrit par ce bon vieux Georges !
Mais ici, pas de complots pour investir un trône qui vous file un quadruple lumbago rien qu'en le regardant, ni de Jon Snow à faire fondre toute la glace du Mur d'un seul sourire ravageur :D Non, mais rassurez-vous, Monsieur R.R. Martin nous prouve avec ce roman qu’il peut aussi exceller dans un tout autre registre.

Alors autant donner le ton de cette chronique tout de suite : cette lecture fut littéralement jubilatoire ! 
Armageddon Rag est une réussite, et une véritable trouvaille qui, soit dit en passant, aurait pu finir dans les oubliettes sans le succès phénoménal de GOT
Publiée en 1983 et dans l’indifférence quasi générale, ce roman n’a pas rencontré le succès escompté à sa sortie. Le métier d’écrivain peut se montrer vraiment injuste lorsque l’on n’a pas la renommée derrière soi, et il aurait été dommage que nous passions à côté de ce titre-là ^^

L’histoire démarre comme un thriller, après l’assassinat d’un imprésario du monde du rock des années 60/70, retrouvé mort ligoté sur son bureau et assassiné à la manière d’un rituel satanique peu ragoutant.
Le héros, l’écrivain Sander Blair, alias Sandy, en panne d’inspiration sur son dernier roman et bloqué sur cette maudite page trente-sept qu’il ne parvient pas à dépasser, se voit contacté par une ancienne connaissance journalistique pour écrire un reportage sur ce fait divers ! 
S’il accepte de se lancer dans cette enquête, c’est parce que sa carrière de journaliste underground, mise entre parenthèse depuis sept ans, a toujours pour lui ce goût irrésistible de reviens-y ! Mais aussi parce que la victime est Jamie Lynch, le célèbre impresario du mythique groupe de rock Les Nazgul (petit clin d’œil à Tolkien en passant), dont la musique a toujours fait vibrer Sandy, et qui fait resurgir en lui toute une galerie d’émotions et de souvenirs puissants.

En effet, des souvenirs rattachés à la musique des Nazgul, il y en a pléthore pour Sandy ! Une musique dont la puissance ne l’a jamais déserté, symbole d’une époque révolue qu’il aimerait tant revivre et pour laquelle il est prêt à s’enrôler dans une virée dont l’issue lui échappe, peuplée des spectres de son passé.

Chaque chapitre du roman est introduit par les paroles d’un morceau de rock légendaire ! Ainsi la bande son se mêle au récit comme une playlist de choix, nous mettant dans l’ambiance de ces années fructueuses en pépites musicales, intelligemment répertoriées dans les remerciements de fin d’ouvrage.

J’ai trouvé ce roman absolument fascinant !
Immergée dans une Amérique post guerre du Viêt Nam, où le spleen de ces années de révolte aux illusions perdues prend possession du récit, je me suis laissée emporter par la puissance du rock et par ce qu’il a pu représenter durant cette période clé ! La révolution hippie, et tous les rêves qu’elle véhiculait sont à fleur de pages, baignée de cette nostalgie douce-amère aux accents rock ‘n’ rollesques assez troublants et même envoûtants.



Sa voix s’autorégulait et redevenait plus posée au fur et à mesure qu’il s’exprimait. « Nous étions à l’aube de cette putain d’Ère du Verseau, tu t’en souviens ? Comme ils disaient dans “Hair”, la paix guiderait les planètes et l’amour gouvernerait les étoiles. Mais la paix et l’amour ont disparu en même temps que les pattes d’ef, les cheveux longs et les minijupes, et je serais bien en peine de dire qui sont désormais les méchants. » Il grimaça. « Il m’arrive de penser que nous entrons dans cette catégorie.
  — Eh ! Ne fais pas cette tête ! C’est pas si mal que ça, après tout ! Il ne s’agit pas de l’avenir dont nous rêvions, d’accord. Rien ne se passe jamais exactement comme prévu. Mais nous avons changé le monde, Sandy. Nous avons mis un coup d’arrêt à la guerre. Nous avons fait évoluer le système éducatif, le gouvernement, les rapports en hommes et les femmes, les tabous envers le sexe. Nous nous sommes même débarrassés de Richard le roublard. Ce n’est pas l’Ère du Verseau, et après ? Cette époque est malgré tout différente de ce qu’elle aurait été sans nous. En mieux. » Elle se pencha pour déposer un baiser au bout de son nez. « Vois les choses sous cet angle. Sans ce qui s’est passé dans les années soixante, les années cinquante se seraient perpétuées à jamais. »

Peu à peu et de manière habilement amenée, l’histoire se pare d’atours fantastiques et de visions apocalyptiques quand le groupe des Nazgul entre en scène et que les riffs des guitares prennent l’ascendant sur notre raison. Les morceaux de leur album mythique Music to Wake the Dead soulèvent un vent de résurrection où tout paraît possible quand la batterie s’emballe et que le chanteur reprend les refrains dans une ultime communion avec le public. Dans une ambiance paroxystique qui fait planer des ombres Nazguléennes au-dessus du lecteur, ici ce n’est pas l’hiver qui vient… 



Things fell apart. « Tout s’effondre à présent », promettaient les Nazgûl. The centre cannot hold ! « Le centre ne peut tenir ! » Frénésie acidique. Accords discordants. Percussions chaotiques. Effet Larsen. Chants évocateurs des plaintes des damnés. Un poète irlandais se retournait dans sa tombe et soixante mille mômes se levaient, battaient des mains, dansaient, criaient. He’s coming ! « Il arrive ! » hurlaient les chœurs. He’s COMING ! « Il ARRIVE ! » hurlait la foule. Encore et encore. Une chose indomptée, belle et terrifiante…


Mere anarchy is loosed upon the world
L’anarchie pure et simple est lâchée sur le monde
The blood-dimmed tide is loosed, and…
Voici la marée rougie de sang qui…


Sachez que ça déménage, que c’est rudement bon, et je vous parie qu’après ça vous n’aurez qu’une envie ; faire trembler les murs avec de bons morceaux de rock qui déchirent ;-)
Mais la mélancolie d'une époque disparue n'est jamais très loin derrière les amplis, vous verrez !
Il ne vous reste plus qu’à monter le son de la hifi, et à vous abandonner aux accords des guitares électriques aux côtés de George R.R. Martin !

À la gloire du chapitre 27...
This is the end
My only friend the end.

24 commentaires:

  1. contente que tu ais passé un si bon moment ! j'avoue que je n'ai rien lu de l'auteur, ni meme vu son adaptation. Un jour !

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    1. Tu peux te laisser tenter, c'est vraiment un excellent auteur ! Merci de ton passage :)

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  2. C'est une bonne idée de cadeau à faire à mon amoureux ça! :D

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    1. Excellente idée, qui lui plaira sans aucun doute ! Reviens par ici nous faire part de son retour de lecture ;-) Merci de ta confiance, et à bientôt !

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  3. J'ai lu les deux premiers intégrales de GOT et j'avais envie de tester ces autres œuvres. Au vu de ton avis je vais m'y pencher plus rapidement que prévu. C'est vrai que au final sans le succès de GoT ce titre serait passé aux oubliettes. Très bonne musique de fin pour ton article Lupa <3

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    1. J'ai lu et adoré les 12 premiers tomes de GOT (à l'époque les intégrales n'étaient pas encore sorties) puis j'ai un peu décroché..., et j'ai encore un autre titre de l'auteur dans ma bibli ; "Riverdream", tu en as entendu parler ? Apparemment c'est du steampunk et il a l'air hyper sympa également ^^ Merci beaucoup Miss, je suis contente que ce morceau te plaise car j'adore Les Doors <3

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    2. Riverdream non pas entendu! Mais j'attends de voir si tu as aimé,je n'ai lu que GoT et l'histoire d'Aegon ;) J'adore aussi les Doors <3 des bisous Lupa ^^

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    3. Finalement un ami m'a dit que "Riverdream" n'était pas exactement du steampunk, mais qu'il valait vraiment le coup néanmoins ^^ Voilà, il fallait que je corrige ma bévue ;-) Bisous à toi aussi <3

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  4. contente que tu ai aimé, je ne connais aps celui ci pour ma part, peut etre un jour

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    1. Il est vraiment super ! Et si tu aimes le rock il te plaira forcément ;) Merci d'être passée Chris :)

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  5. Je lis "Jon Snow", et ça y est, je suis tout sourire! Bon, plus sérieusement, je n'avais pas remarqué, et pourtant j'ai bien lu la couverture, que c'était le même auteur.
    Ta critique donne une furieuse envie de découvrir ce roman! Merci beaucoup!

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    1. Ah, je savais bien qu'en parlant de Snow je ferai des heureuses !!! Même si je suis plus branchée Tyrion pour ma part ;-) Conseil d'amie : cède à cette envie furieuse ! C'est moi qui te remercie :)

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  6. Je ne suis pas hyper fan de l'auteur, mais je note quand même celui-ci :) !

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    1. Ah bon ? Tu as été déçue par GoT peut-être ? Car je sais que certains n'ont pas trop aimé les romans, notamment à cause de la traduction ^^ Merci de ton petit mot )

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  7. J'avoue ne connaitre que GOT de l'auteur, mais peut-être que je testerais ce livre. Tu as l'air d'avoir tellement aimé. :)

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    1. Effectivement j'ai beaucoup aimé, et j'ai vraiment envie de le faire connaître autour de moi afin qu'il gagne en popularité car il le mérite ! Merci pour ta petite halte par ici Béa :)

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    1. Super initiative que j'approuve à 200 % !!! Merci Léa, et à bientôt :)

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  9. J'avoue, j'en avais entendu parlé mais je n'étais pas plus tentée que ça.
    Voilà maintenant ça a changé c'est malin! Aller hop dans la wish list!

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    1. Chouette ! Je suis ravie d'avoir fait pencher la balance ;-) Merci de ta confiance MJ, tu ne le regretteras pas !

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  10. Alors moi qui ne souhaite PAS du tout lire Le Trône de Fer et qui n'aime pas du tout la série, je serais bien plus tentée par ce titre, qui serait plus dans mon registre et qui pourrait aussi séduire mon homme (lui adore la série mais ne veut pas lire les pavés^^)

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    1. Eh bien voilà une excellente façon de faire d'une pierre deux coups ; découvrir la plume de ce cher Georges, et faire plaisir à ton homme ;-) Merci de ton intérêt, et à très bientôt :)

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  11. Alors là, je ne sais pas du tout. Parce que je ne suis pas trop branchée période post-vietnam, hippie et lecture avec groupe de rock :p Mais peut-être que j'interprète mal son contenu et que je me trompe totalement dans ma manière d'appréhender cette lecture... Maybe ^^
    Pas grave, il y a bien d'autres romans me tentant par ici :)

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    1. Si l'époque et son contexte ne te disent rien, et que la musique de ces années-là ne te fait pas particulièrement vibrer, il vaut peut-être mieux aller te pencher sur une autre lecture ^^ Mais moi j'avoue, c'est mon trip <3
      Merci pour tous tes commentaires, c'est toujours un plaisir de te retrouver par ici :)

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