jeudi 21 janvier 2016

Planète à gogos de Frederik Pohl et Cyril M. Kornbluth

Résumé : Il y a beau temps que la Terre n'est plus gouvernée par les politiciens mais par les publicitaires. À coups d'annonces directes sur la rétine ou de pin-up en trois dimensions qui vous susurrent des slogans à l'oreille. Et qu'importe si notre planète est polluée jusqu'à l'os ! La nature nous aurait-elle donné l'intelligence de synthétiser l'acide ascétique si elle tenait à nous voir manger des fruits frais ? Seul problème : l'espace. Où loger les consommateurs nécessaires ? Sur Vénus ! Il suffit de les persuader que l'existence y est délicieuse. Ce à quoi s'emploie M. Courtenay... Jusqu'au jour où une agence rivale tente de l'éliminer en toute illégalité — c'est-à-dire sans notification de meurtre préalable — et ébranle du même coup ses certitudes...

Science-fiction – 220 pages – Editions Denoël (Présence du futur) (1993)

Avis : Place aujourd’hui à un roman de science-fiction qui n’est pas tout jeune ; plus de 60 ans d’âge, rien que cela ! Et comme le bon vin, son millésime est d’exception puisque 1953 fut un très bon cru pour la science-fiction, voyez plutôt :


Pfiou..., tout ça ne nous rajeunit pas, même si je n'étais pas née et que ma mère jouait encore à la poupée :)
Une chose est sûre, Planète à gogos, écrit à quatre mains et considéré comme un classique de la SF, mérite de figurer dans le haut du tableau du hit-parade de cette florissante année, et son grand succès (critique & commercial) n’est pas usurpé.
D’où mon rapprochement avec le vin, qui résulte de la forte intuition que ce roman s’est bonifié avec le temps.
Je suis certaine que cette satire sociale du capitalisme et de la publicité a pris davantage d’envergure au fil des décennies, pour arriver aujourd’hui à faire résonner autant d’échos.

Ses deux auteurs nous présentent un monde futur régenté par les agences publicitaires, et divisé en deux catégories :

D’un côté, les pauvres, toutes ces Mesdames et Messieurs Tout-le-monde, réduits à de vulgaires consommateurs. Incapables de penser par eux-mêmes, ils sont les lobotomisés de la réclame, devenus moutons dans un troupeau dirigé par les grandes firmes publicitaires, et marionnettes tirées par les ficelles de leurs addictions quotidiennes.

« Dans la soirée, la faim me prenait et il y avait toujours une cantine où je pouvais sans difficulté trouver des biscuits Craquesel à crédit. Les Craquesel vous laissaient dans la bouche un goût un peu salé dont on ne pouvait se débarrasser qu'en allant boire deux autres rations de limonade au distributeur. La limonade, par contre, vous donnait envie de fumer des cigarettes Starr, après quoi vous aviez de nouveau faim de Craquesel... Etait-ce bien ainsi que Fowler Schocken avait conçu avec Starrzelius Verily le premier trust sphérique ? Limonade-Craquesel cigarettes-limonade... le cycle infernal. »

De l’autre, les riches, les publicitaires, cette caste dite "supérieure", chargée de guider d’une main de pub les choix, les envies, les besoins des premiers. Gravitant au sein d’agences sans scrupules, ils sont les têtes pensantes d’une société exclusivement basée sur la consommation. Au mépris des ressources naturelles, ils ne mangent, dorment, pensent que pour augmenter leur rendement à coups de campagnes publicitaires, tout est bon !
Et quand notre héros, Mitchell Courtenay "publiciste de première classe" comme il s’enorgueillit, se voit nommé par sa société à la tête d’un projet de colonisation de la planète Vénus, c’est la consécration pour lui ! D’autant que c’est un rédacteur talentueux, de la trempe de celui qui le matin se lève avec une illumination du genre : « On se lève tous pour Danette ! »
Imaginez un peu, toute une planète à exploiter et de futurs colons à endoctriner, une véritable manne !!! 
Sauf qu’au milieu de tout ça, il y a les « écolos », et qu’ils n’ont pas encore dit leur dernier mot !

« Les écologistes étaient des proies rêvées, des fanatiques stupides qui prétendaient que la civilisation moderne "gaspillait" les ressources de notre planète. Ridicule. La science est toujours d'une étape en avance sur les défaillances des ressources naturelles. Quand la viande commença à se faire rare, les soyaburgers étaient déjà prêts ; quand les réserves de pétrole donnèrent des signes d'épuisement, la technique mit au point le péditaxi. »

Conseillé par un ami amateur de SF (que je remercie chaleureusement au passage) pour une lecture commune, je repars enjouée de cette trouvaille que j'ai trouvée pétulante et débordante d’ironie envers l’univers du marketing.
Les péripéties rocambolesques du héros, embarqué malgré lui dans de fumeuses combines entre gros bonnets de la pub, écolos énigmatiques, et gente féminine, nous catapultent au sein de guéguerres de pouvoir réservant leur lot de situations cocasses dans une ambiance délicieusement pulp !

Je ne vous pondrai pas de slogans du genre :
« Plutôt que de danser le tango, 
lisez donc Planète à gogo !!! » 
Ne vous ferai pas non plus de propagande à grands renforts d’annonces pour vous vendre ce roman. N’est pas Mitchell Courtenay qui veut ^^
Non, sachez juste que 63 ans plus tard, c'est toujours aussi bonnard !!!

16 commentaires:

  1. c'est vrai qu'on arrive facilement à trouver de bons anciens romans de science fiction. Je ne crois pas connaitre celui ci mais moi qui ne suis pas du genre tu as réussi à me rendre curieuse!

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    1. C'est vrai que l'on peut dénicher d'excellents vieux romans de SF qui ne se sont toujours pas démodés ! Je crois que c'est à cela que l'on reconnaît les meilleurs ^^ Je te remercie, et suis ravie d'avoir attisé par curiosité :)

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    1. Alors j'en suis supeeeeeeeeer contente !!! :D

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  3. Je ne suis pas du tout au point en SF, mais j'aime bien ce principe de se plonger dans des romans plus anciens, presque fondateurs du genre. Et en plus, écrit à plusieurs mains! Tout pour m'intéresser! Merci pour la découverte!

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    1. De rien ! Je suis contente d'avoir éveillé ton intérêt avec ce roman. Merci de ton passage :)

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  4. Quelle découverte ! Je ne connaissais pas du tout mais un livre de + de 60 ans et toujours intemporel, cela me tente beaucoup :)

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    1. C'est vrai que c'est toujours intéressant de se replonger dans ces vieux romans qui restent des valeurs sûres ! Merci d'être passée Léa :)

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  5. un livre que je ne connais pas du tout. Merci pour cette découverte

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    1. Tout le plaisir est pour moi ! Merci de ta venue :)

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  6. Je l'ai déjà lu étant ado (je te l'avais déjà dit sur LA) mais j'avoue que lire ta chronique m'a donné envie de lui redonner sa chance =)

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    1. Oui, je m'en souviens bien, et d'ailleurs tu es la seule de mon entourage à l'avoir déjà lu ! Je te remercie pour ce petit mot :)

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  7. Tu le vends bien ;) franchement je lis peu de Sf mis à part Asimov et Brussolo mais si tu dis qu'il est bonnard je tenterai l'expérience :) Merci pour la découverte Lupa ;)

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    1. Pourtant je n'ai absolument aucun talent pour la pub :D Mais c'est vrai qu'il est bonnard, alors pour le coup, les arguments sont venus tout seuls ! Je me réjouis d'avoir piqué ta curiosité en tout cas, et te remercie pour tous tes adorables commentaires :)

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    2. C''est parce que tes articles sont vraiment agréables ;)

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