mercredi 22 juillet 2015

Le Clan des Otori, tome 1 : Le Silence du Rossignol de Lian Hearn


Résumé : Dans sa forteresse d’Inuyama, l’impitoyable seigneur Iida Sadamu, du clan des Tohan, assure sa protection grâce au “parquet du rossignol” qui conduit à sa chambre. Construit avec un art consommé, ce parquet chante au moindre effleurement d’un pied humain. Aucun assassin ne peut le franchir sans qu’Iida l’entende…
Au XVIème siècle, dans un Japon médiéval mythique, le jeune Takeo grandit dans un village tranquille, au sein d’une communauté qui condamne la violence. Mais cette communauté est victime de persécutions, et les habitants du village de Takeo sont massacrés par les hommes d’Iida. Sauvé et adopté par sire Shigeru, chef du Clan des Otori, le jeune garçon se trouve plongé dans un univers d’intrigues et de luttes violentes entre les clans de ce Japon féodal.
Animé par son désir de vengeance et son devoir de loyauté, transporté par l’intensité de son amour pour la belle Kaede, Takeo devra trouver sa propre voie. Sa quête le conduira derrière les murailles d’Inuyama, où il devra franchir le parquet du rossignol… cette nuit-là le rossignol se taira-t-il ?

Aventure  – 329 pages – Editions Gallimard (2003)

Avis : C’est à l’occasion du Challenge Sur le fil de la lame, mais surtout pour partager cette lecture commune avec Julia Little Daisy que j’ai eu l’immense plaisir de me plonger dans cette saga !
Cela faisait bien longtemps que je voulais en faire la découverte, déjà pour son cadre, le Japon, mais aussi pour son époque passionnante…

Même si les romans de Lian Hearn se déroulent dans un Japon féodal imaginaire, le parallèle avec la période historique du XVIe siècle est certain.
Quant à la géographie du pays, elle a été modifiée puisque l’histoire se déroule dans une région fictive appelée les « Trois Pays ». (Source Wikipédia : L'action pourrait se localiser géographiquement à l'extrémité ouest de Honshū, sur un territoire correspondant à la région de Chūgoku. D’après l’auteur, seules les villes de Hagi et Matsue décrites dans le roman correspondent aux villes réelles. À noter : les points cardinaux dans le roman sont tournés de 45° dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, le nord des Trois Pays (cf. carte ci-contre) correspondant au nord-est dans le cadre réel).

L’histoire débute à Mino, petit village paisible où vit une communauté pacifiste, mais pourtant persécutée, appelée les Invisibles. Tomasu jeune habitant et héros de cette saga, voit sa vie basculer un jour, lorsque de retour de la forêt il découvre tout son village détruit et sa famille disparue. Nous sommes à l’époque des guerres de clans, et celui qui sème la terreur et le chaos en cette période troublée n'est autre que Iida Sadamu, le seigneur puissant et sanguinaire du clan des Tohan.

Le décor est planté ! Et comme le laisse présager ces quelques lignes, dans le cœur pur de ce jeune garçon va naitre un sentiment tout nouveau pour lui ; le désir de vengeance...
Une rencontre va venir lier son destin à celui d’un autre seigneur, Otori Shigeru, du clan des Otori :

— Je suis Otori Shigeru, dit-il quand nous commençâmes l’ascension du col. Du clan des Otori, de Hagi. Mais je ne voyage pas sous ce nom, de sorte que tu ne dois pas t’en servir non plus.
À mes yeux, Hagi était aussi lointain que la lune, et même si j’avais entendu parler des Otori je ne savais rien d’eux, sinon qu’ils avaient été battus dix ans plus tôt par les Tohan, lors d’une grande bataille dans la plaine de Yaegahara.
— Comment t’appelles-tu, mon garçon ?
— Tomasu.
— C’est un nom typique des Invisibles. Il vaut mieux que tu t’en débarrasses.
Il resta un instant silencieux puis reprit d’une voix brève, dans l’obscurité :
— Tu pourras prendre le nom de Takeo.
Et c’est ainsi qu’entre la cascade et le sommet de la montagne je perdis mon nom, reçus une nouvelle identité et unis mon destin au clan des Otori

Et voilà comment nait Takeo, jeune homme aux talents cachés, à l’âme pure et sombre à la fois, dont l’ombre se déploie progressivement, comme un oiseau qui déplierait ses ailes petit à petit, et se révèlerait d’une envergure impressionnante, voire même inquiétante en plein vol.
Si je parle d’oiseaux, ce n’est pas par hasard !
Déjà parce que la nature, les paysages, les sons de ces terres japonaises sont d’une beauté qui transparaissent dans chaque lignes de Lian Hearn. Ils ont cette poésie, cette grande force, belle mais parfois intraitable, qui vous coupent le souffle :

Chaque après-midi, le héron revenait au jardin. Il planait au-dessus du mur comme un fantôme gris, se repliait de façon invraisemblable et venait se planter dans la pièce d’eau, immobile comme une statue de Jizo. Les carpes rouge et or que sire Otori prenait plaisir à nourrir étaient trop grosses pour lui, mais il restait en faction sans se lasser, jusqu’au moment où une quelconque créature infortunée oubliait sa présence et se hasardait à bouger dans l’eau. Le héron frappait si vite que l’œil n’avait pas le temps de le suivre, et il se redressait avec une petite proie gigotante au bout du bec avant de reprendre son vol. Ses premiers battements d’ailes étaient aussi bruyants qu’un éventail manié d’une main brusque, mais il s’éloignait ensuite aussi silencieusement qu’il était apparu.

Des oiseaux dans le titre également ; Le silence du rossignol fait référence à un parquet de protection qui chante comme un oiseau pour alerter son propriétaire lorsqu’un intrus passe dessus. J’ai été absolument charmée par cette idée qui prend d’ailleurs sa source dans la réalité historique de ce pays et dont le plus célèbre exemple de plancher rossignol existe à Kyōto au château de Nijō
Au diable les sirènes stridentes de nos alarmes modernes !!!

Les chapitres alternent entre deux récits de destins différents ; celui de Takeo dont je vous ai parlé plus haut, et celui de Kaede le personnage féminin, qu’une malédiction va accabler par de malheureuses circonstances… Les deux se complètent, et se fondent dans un élan passionné qui prend tout son sens à la fin de ce premier tome.

Les personnages sont beaux, avec de grands sentiments et des destinées romanesques, dignes des plus belles fresques historiques Dumasiennes, où les sabres remplacent les épées, et les palais japonais les plus beaux châteaux de nos contrées. L'ambiance m'a transportée avec ravissement au pays du soleil levant, et ce grâce à la plume de l'auteure d’une profondeur aérienne (oxymore ou pas, c’est ce qu’elle m’inspire !).
Même les combats et les scènes de violence ont une musicalité, comme si le temps s’arrêtait, je pense notamment à des scènes comme celle d'une séance d’entraînement au maniement du sabre justement comparée à une sorte de danse (amoureuse) dans le chapitre VII., ou même à un autre passage se déroulant à la toute fin du chapitre XII d'une beauté mortelle...  

Comme dans tous bons romans, n'oublions pas cette part de mystère incarnée ici par la Tribu et très certainement inspirée par les ninjas de l'époque, ils apportent une dimension absolument fascinante tant leur univers est opaque !

Je vais m'en tenir là... À vous d'explorer toutes les tonalités de sons et de couleurs que recèle cette saga épique et poétique à la fois.  Un véritable éventail japonais d’émotions aux diverses nuances, où se mêlent la cruauté et l’amour, la trahison et la fidélité, le tourment et la sérénité, la brutalité et la splendeur…

Assurément un coup de cœur pour moi <3

J’ai lu qu’une adaptation cinématographique de ce premier ouvrage était prévue par Universal, qui a acheté les droits de l'œuvre pour 2 millions de dollars. Je suis curieuse et à la fois un peu inquiète de ce qui va en découler si le projet voit le jour… J’espère que le réalisateur sera à la hauteur des images que nous, lecteurs, avons déjà plein la tête !
En attendant je vous invite à aller sur le site de la saga ;)

Un grand merci à toi Julia pour cette lecture commune que j'ai pris un immense plaisir à partager ! Tu es adorable et je suis complètement fan de ton super blog et de tes articles intéressants, divers et variés !!! Rendez-vous en septembre pour le tome 2 ;-)
Le billet de Julia
juste magnifique !!!

samedi 4 juillet 2015

Séance de rattra’pages #2

N’ayant pas la possibilité de chroniquer toutes mes lectures, j’ai créé ce petit rendez-vous trimestriel permettant de faire la synthèse de mes découvertes passées, et surtout d'en garder la trace.
Ce billet, publié à chaque fin de trimestre, est comme son nom l’indique, une séance de rattrapage de mes conquêtes livresques des trois derniers mois écoulés.
Voici donc mes lectures des mois de avril, mai, et juin 2015, classées par ordre de préférences !

Et pour retrouver les précédentes séances de rattra'pages, c'est par ici...

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(Cliquez sur les couvertures pour accéder aux fiches Livr'addict)
  
  • Le Clan des Otori - tome 1 - Le Silence du Rossignol de Lian Hearn (329 pages) : Un premier tome à l'ambiance unique, dans un japon féodal imaginaire magnifique ! Ma chronique
  • Le Passeur de Lois Lowry (235 pages) : J'ai littéralement adoré...<3 <3 <3  Ma chronique
    
  • Hamlet de William Shakespeare (223 pages) : Une plume enchanteresse pour un récit sombre et exalté !
  • Le vieux qui lisait des romans d'amour de Luis Sepúlveda (121 pages) : Un petit roman à lire absolument !
  • Le Chien des Baskerville de Arthur Conan Doyle (192 pages) : Mon préféré de l'auteur ! Ma chronique 
    

    
  • La dernière fugitive de Tracy Chevalier (392 pages) : Comme avec La Jeune Fille à la perle, je me suis immergée avec délectation dans cette Amérique de 1850, une période historique captivante et magnifiquement servie par de beaux personnages aux destins singuliers... J'aime décidément beaucoup les romans de Tracy Chevalier !
  • L'Elue de Lois Lowry (219 pages) : 2ème tome de la quadrilogie Le passeur, j'ai été un peu moins émue qu'avec le précédent, mais je l'ai apprécié malgré tout ! Les personnages et l'histoire diffèrent totalement, et laissent entrevoir que ce second opus n'est qu'un des fils d'une bien plus vaste trame, dont je compte d'ailleurs bien connaître le dénouement ;)
  • La Passe-miroir, tome 1 - Les fiancés de l'hiver de Christelle Dabos (519 pages) : J'ai été très agréablement étonnée par la richesse de l'univers créé par C. Dabos ! Ce fut un excellent moment de lecture au potentiel certain pour le tome suivant ;) Chronique à venir...
  • Les Dossiers Dresden, tome 1 - Dans l'oeil du cyclone / Avis de tempête de Jim Butcher (379 pages) : Un héros auquel je me suis instantanément attachée, et plaisant à suivre de bout en bout ! Ce fut une lecture vraiment attrayante et divertissante ;)
  • Les Dossiers Dresden, tome 2 - Lune enragée / Lune fauve de Jim Butcher (376 pages) : Première impression brillamment confirmée avec ce deuxième tome, à l'intrigue plus captivante encore que le précédent ! Dommage que les VO ne soient pour l'instant pas traduites au-delà du 5ème tome... :(
  • Nosfera2 de Joe Hill (760 pages) : Première rencontre avec la plume et l'univers du fils de Stephen King réussie ! Je compte bien ne pas m'arrêter là avec le fiston ;-) Ma chronique
  
  • Mãn de Kim Thuy (144 pages) : une jolie histoire. Malheureusement je suis restée de marbre face aux personnages, l'émotion n'a pas été au rendez-vous... 
  • L'Ile des Morts de Roger Zelazny (186 pages) : J'attendais plus de l'histoire, et surtout de la fin... sans doute un peu trop ! Mais cette petite désillusion a été largement compensée par le style de Zelazny que je trouve toujours aussi fascinant :) Ma chronique 
  • Les amants étrangers de Philip José Farmer (367 pages) : Trop daté et inconsistant à mon goût ! Une déception d'autant plus marquante que mes espoirs étaient grands, dommage... Ma chronique 
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14 romans ce trimestre (4442 pages), 2 coups de cœur, beaucoup de très belles découvertes, et une seule déception ! C'est un bon bilan malgré un rythme de lecture assez moyen...
J'ai encore débuté de nouvelles sagas, malgré toutes celles déjà en cours, mais je ne le regrette pas car elles augurent de prometteurs moments livresques pour la suite…
Je vous dis à bientôt, en vous souhaitant d'excellentes futures lectures estivales :)