mardi 23 juin 2015

Nosfera2 de Joe Hill

Résumé : Horreur et fantastique sont des mots presque trop simples tant l’univers de Joe Hill nous plonge dans un maelström de sensations envoûtantes. "L’innocence" de ses personnages confrontée à des situations profondément dérangeantes crée un climat qui vous hante longtemps après la lecture.
Il suffit que Victoria monte sur son vélo et passe sur le vieux pont derrière chez elle pour ressortir là où elle le souhaite. Elle sait que personne ne la croira. Elle-même n’est pas vraiment sûre de comprendre ce qui lui arrive.
Charles possède lui aussi un don particulier. Il aime emmener des enfants dans sa Rolls-Royce de 1938. Un véhicule immatriculé NOSFERA2. Grâce à cette voiture, Charles et ses innocentes victimes échappent à la réalité et parcourent les routes cachées qui mènent à un étonnant parc d’attractions appelé Christmasland, où l’on fête Noël tous les jours ; la tristesse hors la loi mais à quel prix… Victoria et Charles vont finir par se confronter. Les mondes dans lesquels ils s’affrontent sont peuplés d’images qui semblent sortir de nos plus terribles cauchemars.

Horreur – 760 pages – Editions J’ai Lu (2015)

Mon avis : Lorsque j’ai su que Joe Hill était le fils de Stephen King (à l’occasion de la sortie du film Horns), et qu’il avait déjà reçu plusieurs récompenses littéraires, il ne m’en a pas fallu davantage pour avoir très envie de me pencher sérieusement sur cette auteur !

Pourquoi avoir commencé par ce roman ? Peut-être grâce à la nature saisissante du titre et de la couverture...
(Petit aparté ; publié en 2013 sous le titre original de NOS4A2, je trouve un peu bête que le …4A2 ait été remplacé par FERA2 pour la couverture française. Ils enlèvent le 4 mais laissent le  )
Peut-être aussi parce que ce troisième roman s’est classé à la 5ème place de la liste des best-sellers du New York Times, et qu’il a reçu le Prix Masterton du meilleur roman étranger en 2014, quand même !
Bref…, qu’importe la raison initiale, ce fût une excellente intuition :)

Ma première bonne surprise fût la présence de petites illustrations signées Gabriel Rodríguez, (dessinateur chilien, co-créateur avec Joe Hill du monde de Locke and Key et nominé aux Eisner Awards 2011 pour ces comics) insérées en début de chapitre pour symboliser l’élément central de celui-ci.  Comme autant de petites cerises  sur le gâteau pour nous mettre dans l’ambiance.

Vous commencez à me connaître, je n’aime pas raconter l’histoire d’un roman de peur de spoiler ou de faire retomber l’effet de surprise ! Je crois que cela vient du fait que moi-même je ne lis jamais la quatrième de couverture avant de jeter mon dévolu sur un roman, de peur d’en apprendre déjà trop avant de le débuter… Je recherche l’étonnement à tout prix !
Je resterai donc la plus secrète possible concernant l’histoire, tout en essayant au mieux de vous donner envie ;-)

Pour mon grand plaisir, l’étonnement a bien été au rendez-vous ! 
Je ne m’attendais pas une histoire aussi recherchée… À des personnages aussi réussis… À un suspense et une montée en puissance si maîtrisés… 
Pourtant, le prologue nous assène immédiatement un petit coup derrière la tête, annonciateur dès les premières page du charisme et du potentiel d’un vrai méchant  :

Prison fédérale d’Englewood, Colorado… Un peu avant huit heures, l’infirmière Thornton entra dans la salle de soins longue durée munie d’une poche de sang frais pour Charlie Manx…
Il était horriblement vieux, voire horrible tout court. Son gros crâne chauve était un globe dessinant la carte d’une lune étrangère, les continents délimités par les taches de vieillesse et les sarcomes couleur hématome. De tous les patients du service des soins longue durée – aussi connu sous le nom du « Carré des Légumes » –, Charlie Manx possédait un aspect particulièrement effroyable, avec ses yeux ouverts à cette période précise du calendrier.

Ok… ça promet !!!

Les personnages, m’ont beaucoup plu, et Joe Hill a un talent indéniable pour modeler leurs psychologies :
L’héroïne, Victoria alias La Gamine, possède une personnalité fichtrement bien construite !
Nous faisons sa connaissance lorsqu’elle a 9 ans en 1986, pour la suivre tout au long de sa chaotique existence. Elle a un don qu’elle va découvrir à cet âge-là et qu'elle ne peut partager avec personne. Pour préserver son équilibre mental elle se persuade que tout n'est que le fruit de son imagination, malgré des preuves tangibles et matérielles sous la forme d'objets retrouvés, allant même jusqu'à échafauder d'autres scénarii comme réflexe d'autodéfense. Difficile de grandir sereinement avec de telles parenthèses obscures, surtout dans une cellule familiale bancale...

Il y a aussi un deuxième méchant, qui bizarrement m’a effrayé encore davantage que le principal, peut-être est-ce lié à son côté plus "ordinaire", mais non moins glaçant ! C'est celui qui m'a mis le plus mal à l'aise...

Et puis, dans tout ça il y a le pilier, celui sur lequel le lecteur a envie de s'appuyer (et ça tombe bien vu sa corpulence !), l'ancre du navire en perdition, le cœur pur et tendre de l'histoire, celui pour qui mon cœur a fondu ; Louis Carmody alias Lou, le compagnon de Vic : 
Il sentait bon, il était placide. Il possédait la même douceur et était à peu près aussi difficile à mettre en colère qu’un personnage de Winnie l’ourson.
Que cet homme, qui vénérait les comics et son fils, qui adorait la gaudriole, la bière et les fêtes d’anniversaire, puisse vieillir un jour la laissait perplexe.

Et pour finir,  la Rolls… Si si, je vous assure, c'est un personnage à part entière !

Je n’ai pas envie de faire de comparaison entre les univers du père et du fils !
Mais juste de dire que j’ai retrouvé quelques similitudes dans la profondeur des personnages. Des êtres malmenés par la vie, à l'innocence brisée, en marge de la société, condamnés à lutter seuls contre leurs démons, à l'innocence volée, aux prises avec une faculté extraordinaire qui va les marginaliser, les pousser à l’alcoolisme, les faire lentement basculer au seuil de la folie… C’est d’ailleurs pourquoi Victoria m’a  fait penser à certains moments au petit Daniel Anthony Torrance de Shining, puis devenu adulte dans la suite Docteur Sleep.

Sans être une spécialistes de l'oeuvre de Papa (je suis loin d'avoir lu tous ses romans), j’ai également repéré quelques petits clins d’œil de Joe à Stephen :
Dans Ça (It), les enfants étaient approchés par une entité maléfique sous la forme d'un clown… Ici, l’entité malfaisante joue avec la magie de Noël, parvenant à les séduire en leur promettant d’accéder à un endroit magique appelé Christmasland, où règne le rêve de Noël tous les jours de l’année !
Dans Christine, la fameuse voiture, une Plymouth Fury modèle 1958, était hantée, ici on retrouve une vieille Rolls Royce Wraith de 1938, de fabrication anglaise, qui n’a rien à envier aux pouvoirs de la première !

Une vieille voiture s’éloignait d’un mouvement fluide au bout de la rue. Une Rolls-Royce noire avec des marchepieds et des accessoires en chrome. Les feux arrière clignotèrent dans l’obscurité. La plaque d’immatriculation s’éclaira d’une brève lueur rouge : NOSFERA2. Enfin, le véhicule s’éclipsa au coin du pâté de maisons, emportant avec lui la douce musique de Noël

Pour tous les fans de Stephen King qui commençaient à s’interroger sur la relève éventuelle (bien qu’à 68 ans le King ait encore le temps de nous régaler dans les années futures), je vous le dis carrément ; celle-ci est brillamment assurée par le fiston ! À croire qu’il a hérité du gène familial :D 
Il faut dire que la famille est bien pourvue en la matière puisque même maman (Tabitha King) est elle aussi tombée dans la marmite de l’écriture.

A propos de maman King justement, ce qui me permet d'évoquer la fin de ce roman ; elle est juste impeccable ! Après un chapitre épique à Christmasland à vous rendre allergique aux paysages enneigés et autres décors de Noel, nos petits nerfs sont maintenus en éveil jusqu'à la dernière page ! D'ailleurs Joe mentionne dans ses remerciements de fin d'ouvrage (que je vous conseille instamment de lire) qu'il a jeté les quinze dernières pages pour réécrire quelque chose de mieux après que sa mère les ait lues et lui ait indiqué que le chapitre final ne convenait pas. Merci Tabitha ! 

Je ressens un sacré potentiel chez cet auteur, c’est pourquoi je suis ravie d’avoir pourvu ma pile à lire de deux de ses autres romans, à savoir ; Le Costume du mort qui a reçu de nombreux prix, ainsi que Cornes adapté au cinéma en 2013 sous le titre Horns avec Daniel Radcliffe , et réalisé par Alexandre Aja (un frenchie à Hollywood, yessss !!!).
J’ai également bien l’intention de découvrir sa saga de comics Locke & Key dont on m’a dit le plus grand bien !

Avant votre lecture, voici quelques petites mises en garde, je ne veux pas avoir votre disparition sur la conscience :D


  • Ne montez jamais dans une vieille Rolls-Royce avec un inconnu !
  • Si la radio de la cuisine commence à diffuser en boucle des chants de Noël, mettez-la dans le four, thermostat 250.
  • Conservez un masque à gaz sous la main en cas d’effluves de pain d’épice (ça tombe bien, j’ai horreur du pain d’épice !).
  • N’utilisez pas de deux-roues sur un vieux pont branlant prêt à s’écrouler et peuplé de chauve-souris…


Sans doute entendrez-vous encore parler de Joe Hill sur ce blog ! Si ça ce n’est pas une bonne nouvelle :-)

samedi 6 juin 2015

Le Chien des Baskerville de Arthur Conan Doyle



Résumé : Des cris lugubres résonnent sur la lande...
Et voici que la légende prend corps. Un chien énorme, créature fantomatique et infernale, serait à l'origine de la mort de Sir Charles Baskerville.
Maudit soit Hugo, l'ancêtre impie et athée, qui provoqua, en son temps, les forces du mal !
Mais Sherlock Holmes ne peut croire à de telles sornettes. Aussi, lorsqu'il dépêche le fidèle Watson auprès de sir Henry, l'héritier nouvellement débarqué d'Amérique, il ne doute pas de mettre rapidement fin à ces spéculations.
Pourtant, la mort a frappé plusieurs fois sur la lande. Et le manoir est le théâtre de phénomènes bien étranges... Se peut-il que la malédiction des Baskerville pèse encore ?

Policier – 185 pages – Editions Pocket (2013)

Mon avis : roman mythique d’Arthur Conan Doyle, c’est avec énormément d’enthousiasme que je me suis jetée sur cette lecture commune partagée avec Chris.

Tout commence par la visite du docteur Mortimer au 221B Baker Street , venu relaté les circonstances étranges de la mort de son ami, patient âgé et cardiaque, Sir Charles Baskerville. Celui-ci ayant été retrouvé mort dans l’allée de son manoir, apparemment victime d’un arrêt du cœur pendant sa promenade nocturne, le docteur Mortimer ne peut s’empêcher de faire la relation avec l’étrange malédiction qui semble frapper cette famille, et décide de raconter à Sherlock Holmes et au Dr Watson la légende des Baskerville afin de protéger Sir Henry, le neveu de Charles et nouvel héritier du domaine qui doit arriver du Canada incessamment pour rejoindre sa nouvelle demeure…

Voici donc une excellente entrée en matière, consolidée par le récit d’une étrange légende où il est question d’une bête monstrueuse s’attaquant à toute la lignée des Baskerville depuis des générations.
Plusieurs éléments m’ont particulièrement emballé dans ce récit…

Pour commencer, j’ai adoré cette atmosphère de mystère qui s’épaissit à mesure que l’histoire avance.
Chacun sait qu’avec Sherlock Holmes chaque événement trouve toujours une explication !
C’est le roi de la déduction, il décrypte et analyse tout ce qui nous échappe, et sait tirer profit du moindre petit détail pour faire jaillir la lumière.
Mais là, le voilà confronté à une histoire peu banale, où le surnaturel et les croyances bien ancrées plongent cette histoire dans un brouillard assez malsain.
Holmes est comme Saint-Thomas ; il ne croit que ce qu’il voit, et ne va pas se laisser influencer par « des contes de bonne femme », comme il dit !
Mais lorsque la légende rattrape les faits et qu’une mort suspecte s’y trouve mêlée,  notre détective préféré se trouve immédiatement  animé d’une énergie farouche pour résoudre l’affaire.
C’est ainsi qu’il va se rendre compte dès le tout début de l’enquête à Londres, que plusieurs événements bizarres s'y déroulent ; un mystérieux espion qui se fait passer pour lui, des disparitions de chaussures inexpliquées, un message anonyme rédigé avec des coupures de journaux, etc.…
Il n’en faut pas davantage pour stimuler son esprit brillant et lui permettre de tenir quelques fils qui malheureusement vont se casser les uns après les autres (chapitre V).

Ensuite, j’ai trouvé le cadre de l’intrigue fascinant : si les premiers chapitres se déroulent dans Londres, à partir du sixième nous laissons Sherlock Holmes à Baker Street – qui doit y régler d’autres affaires - pour nous mettre en route en direction du Devonshire aux côtés du Docteur Watson qui accompagne le jeune Baskerville vers les hautes tours de Baskerville Hall, son nouveau domaine !
Tout autour du manoir se déploie la lande, la fameuse lande, celle dont Holmes a dit à Sir Henry avant le départ :
« Gardez en mémoire, Sir Henry, l’une des phrases de cette étrange légende que le docteur Mortimer nous a lu : évitez la lande pendant ces heures d’obscurité où s’exaltent les Puissances du Mal. »
Une recommandation qui n’aura de cesse de hanter les protagonistes, à commencer par le Docteur Watson, qui prendra très au sérieux le rôle d’observateur mais aussi de protecteur que Holmes lui a attribué, et se fera un devoir de ne laisser sous aucun prétexte Sir Henry s’aventurer seul dans la lande…
Cette lande, est l’un des grands atouts du roman ! Sombre et sauvage, elle vous étreint dès son entrée en scène ! Inquiétante, et assez inhospitalière avec ses pierres dressées là depuis des temps immémoriaux, c’est elle qui apporte toute la dimension obscure à la légende ; un lieu où des marais peuvent vous engloutir en un rien de temps, où l’obscurité règne en maître, où le brouillard y dissimule tous les dangers, mais surtout… un endroit effrayant où le chien des Baskerville semble avoir établi son repaire !

Me voilà maintenant prête à aborder l’élément central de cette histoire, celui que j’ai tout particulièrement aimé ; ce fameux chien des Baskerville, source de tout cet effroi et de tant d’interrogations !
Tantôt  Chien de l’enfer, monstre féroce, gigantesque chien noir aux mâchoires écumantes, les spéculations vont bon train...
Quelle est cette créature qui fait frémir tout le voisinage ? Dont on entend les hurlements terrifiants à la nuit tombée sur la lande ? Celle qui pourrait être à l’origine de la mort de tant de Baskerville ^^
À l’instar des protagonistes, je me suis laissée complètement envahir par le doute…
Événement surnaturel ou pas ? C’est une des grandes forces du roman !
Arthur Conan Doyle laisse le lecteur suivre Watson dans ses interrogations, et assister aux événements au travers des comptes rendus que celui-ci envoie à Holmes resté à Londres.
Les rebondissements sont menés de mains de maître, la tension ne cesse de monter à mesure que l’ombre du mystérieux animal s’allonge sur cette ténébreuse lande, et l’angoisse ne cesse de grandir pour nos comparses, de concert avec notre inquiétude pour leur survie.

Arthur Conan Doyle a signé là un très grand roman policier (mon préféré à ce jour !), à l’ambiance unique et avec lequel on ne s’ennuie pas une seule seconde !!! Un roman à découvrir ou redécouvrir sans modération ;)

Le billet de Chris
Lu dans le cadre de la 5ème session 
du Challenge de La Licorne