mercredi 15 avril 2015

Les amants étrangers de Philip José Farmer

Résumé : Croyant avoir échappé à la tyrannie religieuse qui domine la Terre du XXXIe siècle par une affectation inespérée sur la planète Ozagen, le linguiste Hal Yarrow découvre que le pire de sa planète natale l'a suivi — Pornsen, son ange gardien personnel, à l'affût du moindre péché ou de la plus insignifiante pensée déviante. Conditionné par une vie entière de soumission, Yarrow accepte l'espionnage constant de Pornsen comme un mal nécessaire et se ponge dans l'étude du langage des Wogglebugs, la race insectoïde dominante sur Ozagen. Jusqu'à ce qu'il découvre Jeannette, une fugitive pas tout à fait humaine, cachée dans d'anciennes ruines construites par des humanoïdes depuis longtemps disparus.
Pour un croyant comme Yarrow, toute relation non consacrée avec une femme est formellement interdite, et l'amour envers une étrangère impensable. Pourtant, les amants étrangers sacrifieront tout à une passion dévorante qui abolira entre eux les frontières du temps, de l'espace — et de la différence.

Science-fiction – 192 pages – Editions Terre de Brume (2005)

Mon avis : Une fois n’est pas coutume, aujourd’hui je viens vous parler d’une déception !
J’ai la fâcheuse tendance de ne publier que sur les romans que j’ai aimés un minimum, alors pour une fois ce billet vient déroger à la règle. Non, en fait il ne s’agit pas d’une règle mais seulement du fait que mon inspiration est souvent en berne après une déconvenue.

J’ai choisi ce roman pour mon challenge ABC imaginaire, et selon divers critères ; d’excellentes critiques glanées çà et là, pour son auteur Philip José Farmer étant l’un des piliers de la SF que je souhaitais enfin découvrir, mais aussi pour la curiosité que m’inspirait ce titre ainsi que le parfum de scandale qui s’en dégageait.

Pour résumer l’histoire, je reprends une autre quatrième de couverture suffisamment explicite pour vous mettre au parfum justement :
En 3050, l'Amérique du Nord est dirigée par le Clergétat, ordre religieux ultra-puritain, susceptible de vous envoyer en enfer pour " irréalité " au moindre péché. En partant en mission sur la planète Ozagen, Hal Yarrow pense avoir laissé cette société qu'il abhorre derrière lui. Mais le conditionnement subi depuis son plus jeune âge résiste à l'éloignement et rien ne semble pouvoir le briser. A moins que la belle Jeannette, mystérieuse étrangère, ne parvienne à faire tomber les derniers tabous de Yarrow ?
Il faut savoir que cette histoire fût d’abord tirée d’une nouvelle publiée en 1952 dans une revue - après avoir d’ailleurs été refusée par plusieurs rédactions avant d’être finalement acceptée par celle de Startling Stories - et qui avait fait sensation !
A sa parution neuf ans après, le roman fit lui aussi grand bruit ! 
C’était l’un des premiers récits de science-fiction dans lequel un auteur osait aborder le thème des relations amoureuses entre un terrien et une extraterrestre.
Imaginez un peu le contexte politique de l’époque, où la ségrégation raciale aux Etats-Unis était une dure réalité, et pour lequel un récit traitant du métissage entre humains et extraterrestres ne pouvait qu’être irrespectueux, voire même écœurant pour certains….
C’était également une critique trop dérangeante du puritanisme et du racisme, mais également un appel à la tolérance, posant des questions d’ordre politique, éthique, sur le droit à la différence.
Dans ce roman, l’auteur montrait aussi les dangers d’un monde totalitaire, où la religion peut annihiler les aspirations des êtres humains, et en faire des êtres désespérés... 
Bref, il rassemblait de nombreux messages forts qui ne pouvaient passer inaperçus à cette période !
Et qui avaient absolument tout pour me plaire, sauf que…

Malgré tous ces aspects prometteurs, je n’ai pas été convaincue par l’histoire…
Déjà le côté très daté, contrairement à d’autres romans de SF, m’a gêné. Il m’est apparu comme un roman affadi et décoloré par les années, et ayant pris tout simplement un sacré coup de vieux.
J’aime pourtant dépoussiérer de vieux monuments de la SF, et je crois que jusqu’à présent je n’ai jamais été déçue. Je garde tellement de bons souvenirs de pépites telles que : Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes (1966), 1984 de George Orwell (1949), Chroniques martiennes de Ray Bradbury (1950), La Nuit des temps de René Barjavel (1968), et d’autres œuvres de grands auteurs comme Isaac Asimov, Philip K. Dick, et j’en passe...

J’ai lu que Philip José Farmer était, selon l'expression consacrée, « le premier à avoir introduit le sexe dans la SF »… En fait, je cherche encore la touche d'érotisme qui devait estampiller la nouvelle originelle des années 50… 
Rien d'attractif ne se dégage de cette histoire d’amour, point central du récit !
Elle est au contraire plate et ennuyeuse, sans parler de l’émotion que j’ai trouvée aussi inexistante que mon intérêt pour ce couple sans relief.
Même la description de la planète m'a laissée indifférente, elle est restée insaisissable et beaucoup trop abstraite pour provoquer la plus petite étincelle de curiosité souhaitée.

Dommage, je crois avoir touché du doigt la sensation que l’on éprouve à ressortir une vieillerie de sa bibliothèque en se disant avec un peu de morosité qu’elle a sans doute eu son heure de gloire mais que celle-ci semble belle et bien consommée !
Je suis consciente que ce roman a dû marquer son temps, et que j’arrive bien trop longtemps après la bataille pour l’apprécier à sa juste valeur. Même si les sujets abordés restent toujours pertinents, la forme quant à elle, semble trop défraichie à mon gout…
Voilà, vous savez maintenant que je sais exprimer mes déconvenues livresques, même si, soyons honnête, je préfère de loin faire partager mon enthousiasme ;-),

A noter la réédition Terre de Brume dont la couverture est bien plus réussie que les précédente !

23 commentaires:

  1. Eh beh, quelle déception pour toi :o C'est vraiment dommage et rare de lire un avis comme cela ici ;)
    Au moins tu as très bien expliqué pourquoi tu n'as pas aimé, et débutant dans la lecture de SF, je ne pense pas le lire !

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    1. Oui, c'est rare que je publie des billets négatifs, mais il faut bien de temps en temps partager ses déceptions aussi... Franchement, toi qui débutes en SF, tu devrais te tourner vers d'autres romans que celui-là, et je suis certaine que "Des fleurs pour Algernon" de D. Keyes te plairait, il est facile à lire et tellement beau !!! Un véritable coup de cœur pour moi ! Merci de ta venue et à bientôt :)

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  2. On pourrait croire qu'il est facile de livrer un avis négatif, mais quand on veut le faire bien en expliquant le pourquoi, le comment et sans vouloir casser de l'auteur, ça peut s'avérer un processus d'écriture délicat. Tu t'en sors bien parce que tu expliques clairement ce qui ne t'a pas touchée et ce qui n'a pas fonctionné pour toi.
    Je lis peu de SF parce que je ne sais jamais trop quoi choisir et que le choix est immense. Au moins, j'éviterai celui-ci parce qu'il ne semble pas avoir de ficelles attrayantes pour moi.
    A bientôt de te lire (bon ou mauvais ça reste très intéressant et plaisant!)
    C'era una volta

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    1. Merci Marie ! Je suis contente que mon message soit bien passé sans pour autant paraître désobligeant vis à vis de l'oeuvre. C'est délicat, surtout quand c'est un vieux classique de la SF qui a roulé sa bosse !!! A bientôt, au plaisir de te lire à nouveau :)

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  3. Je ne connaissais pas celui ci mais dommage de voir que ça ne t'ai pas trop convaincu... Ca arrive. J'espère juste que ton prochain sera une meilleure surprise. J'avoue que le coté daté surtout en SF est compliqué..

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    1. Je pense que c'est à cela que l'on repère les meilleurs romans de SF ; quand le poids des années ne se fait pas ressentir et qu'ils ont gardé toute leur force ^^ Merci pour la fidélité de tes passages par ici, c'est vraiment gentil à toi :)

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  4. Je trouve ton billet intéressant ! On ne peut pas tout aimer et il est bon de pouvoir l'expliquer. Je trouve justement que dans ton article tu exposes points après points ce qui ne va pas sans non plus casser le livre.
    Et il est vrai que certains ouvrages vieillissent mais la remise dans son contexte nous montre éclaire beaucoup.

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    1. Ah, je suis bien contente de voir que mon billet n'a pas été trop cassant ! Mais je persiste à ne pas aimer chroniquer mes déceptions, je préfère ne rien publier dessus la plupart du temps... C'est un peu lâche j'avoue, mais bon, c'est tellement plus agréable de donner envie que de dissuader ! Mille mercis pour tes petits mots toujours si encourageants et chaleureux :)

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  5. Il y a des livres comme ça qui vieillissent mal, que ce soit parce que le sujet a été mieux repris depuis ou tout simplement parce que le contexte est dépassé (ce qui n'est par exemple pas le cas des autres livres que tu cites).
    C'est bien que tu aies réussi à mettre des mots là-dessus. Curieusement, je trouve souvent plus facile d'écrire une chronique sur un livre que je n'ai pas aimé du tout que sur un livre qui m'a laissé indifférente …

    Et ton blog est superbe comme ça ;)

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    1. Je comprends ce que tu veux dire, l'indifférence est sans aucun doute le sentiment le plus pénible à exprimer... Ceux-là, c'est certain, ne feront l'objet d'aucune chronique !
      Je suis ravie que le blog nouvelle mouture te plaise ;)
      Et merci d'y laisser ta petite patte, c'est toujours un plaisir :)

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  6. C'est un bon exercice que de réussir à expliquer pour quoi on n'a pas apprécié une lecture.
    Très joli ce relooking!

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    1. C'est vrai !!! Un exercice auquel je ne suis pas encore habituée, mais ça viendra... même si je ne suis guère impatiente de voir la prochaine déception pointer le bout de son nez ^^
      Ravie de constater que le nouveau look du blog remporte ton suffrage ;)
      Merci d'être passée par ici, et à très bientôt sur ton blog !

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  7. primo j'adore le design de ton blog. j'adore l'image, je peux la prendre?? deuzio des fois des livres repris sont moins bien reussi. dommage que tu n'e pas aimé, ta prochaine lecture sera beaucoup mieux

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    1. Fort heureusement mes lectures suivantes sont bien plus enthousiasmantes !
      Cela me fait plaisir que la nouvelle apparence du blog te plaise autant ;) Bien sûr, tu peux prendre l'image, ce n'est pas ma propriété exclusive... Merci de ta venue :)

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  8. Je comprends ton ressenti, j'ai déjà eu ce genre d'expériences avec des livres que j'aurai dû lire plus tôt ou autre ^^ En tout cas j'ai découvert un livre : merci ^^

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    1. De rien ! Mais tu n'en mourras pas si tu fais l'impasse sur celui-là ^^ Et puis au rayon des découvertes, tu me bats à plate couture ;) Merci à toi Léa !

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  9. Hou Hou, Oui, nous crions notre droit à être déçus, ta chronique à ce titre est très intéressante. je me permets de te soumettre deux "vieilleries" qui pourraient retenir ton attention: La porte des mondes de Robert Silverberg et le Onzième commandement de Lester Del Rey. Voilà ma modeste contribution à la découverte du monde de la SF, @bientôt, Grybouille.

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    1. Ohhh, mille mercis pour ces "vieilleries" *_* Je suis toujours preneuse en la matière ! Et venant du p'tit Duc, plutôt deux fois qu'une ;) @ bientôt !!!

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  10. Je chronique toujours les livres qui m'ont déçue, parce que je veux expliquer pourquoi. Je trouve que c'est un exercice très intéressant, parce qu'il permet aussi de mettre des mots sur ce qu'on aime, ce qui nous touche, ce qu'on recherche.
    En tout cas, celui-ci est dans ma bibliothèque et il me fait vraiment envie ^^

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    1. Tu as raison, c'est intéressant à faire ! Mais je me dis toujours que ma déception dissuadera peut-être des personnes qui pourraient apprécier le roman, et que c'est un peu dommage... C'est pourquoi je suis bien contente que ton envie n'ait pas été contrariée par mon billet ;) Merci à toi d'être passée par ici !

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    2. Je pense que quand la raison de la déception est bien expliquée, ça ne dissuadera pas forcément, car on ne recherche pas tous la même chose dans un livre, mais je vois ce que tu veux dire.

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  11. Chronique très intéressante, vraiment! Merci beaucoup! J'aime bien aussi lire des chroniques de "déceptions" quand elles sont bien étayées, elles permettent de se faire un avis nuancé.

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    1. Les retours comme le tien me mettent en joie ! C'est tellement agréable de savoir que ma chronique, même pleine de désillusion, a malgré tout de l'attrait ^^ Merci beaucoup à toi également :)

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