dimanche 23 novembre 2014

Belle du seigneur de Albert Cohen

Résumé : "Du joli, la passion dite amour. Si pas de jalousie, ennui. Si jalousie, enfer bestial. Elle une esclave et lui une brute. Ignobles romanciers, bande de menteurs qui embellissaient la passion, en donnant l'envie aux idiotes et aux idiots." Albert Cohen n'embellit pas la passion mais l'analyse avec une lucidité sans pareille. Des amours entre Ariane et Solal dans la Genève du début du siècle, il n'élude aucun aspect, ni la marche triomphale de la passion, ni les affres de la jalousie, ni la brutalité d'une relation plutôt sadique mais son roman demeure une des histoires d'amour mythiques de la littérature. Brossant au passage un tableau féroce du milieu des fonctionnaires internationaux où il a lui-même fait toute sa carrière, mêlant un foisonnement de récits secondaires à l'intrigue principale et passant avec une maîtrise consommée du lyrisme le plus échevelé au constat le plus froid, Albert Cohen donne avec Belle du Seigneur non seulement son oeuvre maîtresse mais un des plus beaux romans du XXe siècle.

Classique - 1110 pages – Editions Folio (1998)

Mon avis : Parler de Belle du seigneur ne se fait pas sans peine !

Peine que j’ai d’ailleurs ressentie pour aller au bout de certains chapitres.
Un problème de rythme de lecture s’est très vite imposé à moi et je n’ai pas réussi à éprouver un plaisir linéaire au fil des pages, mais plutôt  une sensation de montagnes russes en raison de l’inégalité d’intérêt suscité par certains chapitres.
Les uns étant d’une beauté et d’une intensité rare et où l’oxygène se raréfie tellement l’on côtoie les sommets de l’œuvre, quand d’autres vous font redescendre inexorablement, sont d’une monotonie sans-frein, interminables et vous plongent dans une épaisse torpeur.
Ce contraste s’est rapidement insinué au travers de l’attrait provoqué par les différents personnages.
Autant j’ai adoré les chapitres émanant de Solal ou de ses oncles, autant ceux concernant Ariane m’ont semblé longuets et vite monotones.
Elle m’a énormément agacée et j’ai souvent eu envie de sauter des pages quand elle partait dans ses soliloques à n’en plus finir.
Dans son bain, devant sa glace, etc…, à rabâcher les mêmes choses, à s’admirer sous toutes les coutures, l’antithèse de la beauté au naturel et de l’amour dans toute sa spontanéité !
Malheureusement avec ses minauderies frisant le ridicule, et un amour de l’autre cérémonieux et pompeux à outrance, son personnage perd peu à peu de sa consistance pour devenir creux et artificiel, voire théâtral !
A contrario, Solal m’a rassasiée de sa noblesse de cœur.
De la profondeur de ses discours, je suis ressortie chavirée, de ses tirades sur l’amour je garde un souvenir éblouissant, et de ses monologues une admiration sans bornes !
Toute l’intensité de ce roman est renfermée dans ces chapitres, ils sont d’une éloquence et d’une ferveur telle que j’aimerai les relire un jour, pour ne pas les oublier.
Je le concède, Albert Cohen m’a éprouvée avec ses plus de mille pages, et si j’osais, je dirais que la moitié m’aurais largement comblée en m’évitant ces longs paragraphes décourageants. 
Et pourtant… avec le recul, je ne l’imagine pas tronqué ce roman… Il est tel qu’il doit être, rebutant et parfois même assommant, mais par d’autres côtés tellement unique et remarquable !
Ce qui est sûr et certain, c’est que je conserverai un sentiment satisfait et triomphant d’avoir pu gravir jusqu’à la dernière marche ce monument de la littérature française !

Un grand merci à Sitsuko qui est à l’origine de cette découverte ! 

Grâce à son initiative de lecture commune et au plaisir partagé, nous avons passé un super moment de lecture. D’ailleurs nous avons un avis très similaire, pour preuve son super billet !

Bande-annonce du film sorti en juin 2013 et réalisé par Glénio Bonder :

8 commentaires:

  1. Pour ma part j'ai été mitigée sur cette lecture, je trouvais qu'il aurait pu être beaucoup plus court et ensuite la fin n'était pas à mon goût. Je ne trouve pas qu'en soit ce soit de l'amour mais presque plus une contemplation/admiration de leur beauté qui va s'estomper au fil des années ^^ Par contre l'écriture est très belle ! Mon petit avis haha ^^

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    1. Contemplation / admiration, oui c'est vraiment ça ! Je n'ai pas non plus cette vision là de l'amour. Merci pour ton avis Léa, c'est toujours sympa de comparer nos avis :)

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  2. Dommage que tout n'ait pas été si bon que ça mais au final ça a l'air quand meme intéressant. Pas sur par contre que ça soit pour moi.

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    1. Pas une lecture facile en tout cas ! Quand j'y repense j'ai vraiment l'impression d'avoir escaladé un sommet, ouf... :D

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  3. Je l'ai lu pour les cours il y a quelques années, et j'en garde un souvenirs d'ennui... Mais après, j'avais un peu de mal avec les "classiques obligés" ! Il y en a pleins que je redécouvre ou découvre maintenant avec beaucoup de plaisir :)

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    1. C'est souvent comme ça avec les "lectures imposées" ! Et puis, avec le temps on apprécie différemment... Merci de ta visite :)

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  4. Ce roman est dans ma wish depuis tellement longtemps ... Mais je ne l'ai toujours pas commencé (j'appréhende un peu je pense). Cependant, vu tous les avis différents que j'entends, j'aimerais beaucoup me faire le mien =)
    En tout cas, bravo de l'avoir lu (c'est le genre de livre, une fois que je l'ai fini, j'ai l'impression d'avoir accompli un truc incroyable ! Oui c'est un peu bête *.*)

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    1. Non ce n'est pas bête, j'ai eu cette impression-là justement !!! Je crois d'ailleurs qu'avec ce roman, beaucoup de lectrices / lecteurs ont ressenti ça, et cela ne vient pas seulement du nombre de pages...
      Je t'encourage à te faire ta propre idée en tout cas ;-) Merci Alison !

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