mardi 30 décembre 2014

Trilogie Le Livre perdu des sortilèges de Deborah Harkness


Je ne pouvais décemment pas terminer 2014 sans vous faire partager la trilogie qui m’aura le plus marquée cette année !
Mon blog étant tout nouveau, je n’ai pas eu le loisir de vous parler de ces trilogies mémorables des années précédentes, et pourtant il y en a eu : 
Pour 2013 ce fut la saga Spin de de Robert Charles Wilson, avant cela 1Q84 de Haruki Murakami en 2012, bref,…
En cette toute fin décembre 2014 je nomme sans hésiter la trilogie Le Livre perdu des sortilèges de Deborah Harkness comme grande gagnante !


Le Livre perdu des sortilèges, tome 1 :


Résumé : Diana Bishop est la dernière d'une longue lignée de sorcières, mais elle a renoncé depuis longtemps à son héritage familial pour privilégier ses recherches universitaires, une vie simple et ordinaire. Jusqu'au jour où elle emprunte un manuscrit alchimique : L'Ashmole 782. Elle ignore alors qu'elle vient de réveiller un ancien et terrible secret, et que tous - démons, sorcières et vampires - le convoitent ardemment. Parmi eux, Matthew Clairmont, un vampire aussi redoutable qu'énigmatique. Un tueur, lui a-t-on dit. Diana se retrouve très vite au coeur de la tourmente, entre un manuscrit maudit et un amour impossible.

Fantastique  – 517 pages – Editions Orbit (2011)

(Lu en janvier 2014) Mon avis : L’épaisseur du bouquin ne m’a pas rebutée, et c’est tant mieux, car cela aurait été vraiment dommage !
Au contraire, j’ai même envie de dire que, pour moi, cela a été l’un de ses nombreux atouts, car il m’a permis de ressentir le côté très immersif de l’histoire, à aucun moment je n’ai ressenti de longueurs ni d’ennui, mais plutôt l’impression de devoir m’enfoncer en douceur au fil des pages afin de pouvoir mieux apprécier le cœur de l’histoire.
Évidemment, la patte de l’historienne contribue abondamment à cette impression, car on ressent rapidement que Déborah Harkness fait évoluer ses personnages en terrain conquis, et même si elle ne côtoie pas au quotidien sorcières, vampires et démons (quoique, qui sait ?), on sent tout de suite qu’elle a le souci du détail.
Dès le début, dans la bibliothèque Bodléienne, elle nous plonge dans son monde de vieux manuscrits, de grimoires, on imagine les enluminures, les anciennes calligraphies, et presque l’odeur qui s’en dégage, preuve qu’elle parvient immédiatement à plonger ses lecteurs dans cette ambiance qu’elle connaît si bien.
En parlant d’odeurs justement, un élément qui m’a frappé, c’est l’intérêt qu’elle porte aux goûts et aux odeurs, éléments quasi omniprésents tout au long de l’histoire.
J’ai vraiment eu l’impression qu’elle souhaitait faire ressentir à ses lecteurs toute la fascination que peuvent exercer ces deux sens.
C’est peut-être pour cela que je la trouve généreuse dans son écriture car elle ne ménage pas ses efforts pour nous immerger (et oui encore ce mot…) au plus près de ses personnages, sans pour cela donner l’impression d’en faire des tonnes.
En tout cas, avec moi cela a marché, puisque la cannelle et la girofle planaient presque dans l’air quand Matthew était dans les parages (c’est-à-dire souvent).
J’ai également ressenti le plaisir qu’elle avait de retranscrire les différents arômes du vin, et ses petits passages de Blind-test obligatoires pour Diana au moment de chaque dégustation, m’ensorcelaient presque. 
Dois-je préciser qu’une tasse de thé bien fort m’a très souvent accompagnée durant cette lecture ? Pas pour me tenir éveillée, mais bien pour accompagner Diana dans ses petits instants de réconfort.
Pour ne pas faire trop long et répéter ce qui a déjà été dit, je ne m’attarderai pas sur tous les aspects de l’histoire, mais simplement confirmer que les références historiques et scientifiques sont vraiment passionnantes comme une sorte de valeur ajoutée à l’histoire.
J’adore quand un livre me donne envie d’aller butiner sur le net pour tenter de m’instruire, et là les occasions n’ont pas manqué :
Qui étaient Elias Ashmole, Lazare de Béthanie ? Qu’est-ce que l’Alchimie exactement ? Comment est la Bibliothèque Bodléienne, l’université d’Oxford, connaître l’histoire et regarder des photos des lieux en question, etc… 
La part de romance est assez importante, mais elle s’intègre parfaitement au contexte, elle n’est pas niaise, et symbolise tout à fait cette notion de désir, un des deux éléments essentiels de l’histoire avec la peur.
« Au commencement étaient la peur et le désir »

L'école de la nuit, tome 2 :


Résumé : L'historienne Diana Bishop, issue d'une lignée de sorcières puissantes et le vampire Matthew Clairmont ont violé les lois de séparation des créatures. Lorsque Diana a découvert un manuscrit alchimique magique à la Bodleian Library, elle a déclenché une lutte dans laquelle elle est devenue liée à Matthew. Maintenant la coexistence fragile entre sorcières, démons, vampires et humains est dangereusement menacée.
Cherchant la sécurité, Diana et Matthew ont voyagé dans le temps pour se retrouver à Londres, en 1590. Mais ils réalisent vite que le passé n'est un havre de paix. Retrouvant son ancienne identité en tant que poète et espion de la reine Elizabeth, le vampire retombe avec un groupe de radicaux connus sous le nom de l'École de la Nuit. Beaucoup sont des démons rebelles, les esprits créatifs de l'âge, dont le dramaturge Christopher Marlowe et mathématicien Thomas Harriot.
Ensemble Matthieu et Diana chercheront le Londres des Tudor pour trouver le manuscrit insaisissable, l'Ashmole 782, et la sorcière qui va enseigner à Diana comment contrôler ses pouvoirs remarquables.

Fantastique  – 547 pages – Editions Orbit (2012)

(Lu en février 2014) Mon avis : J’ai encore passé un super moment, comme avec le premier d’ailleurs ! J’irai même jusqu’à dire que j’ai préféré celui-ci.
Grâce à ce voyage dans le passé, dans le Londres de l’époque élisabéthaine, j’ai trouvé que l’auteure nous faisait, une fois de plus, bien profiter de ses talents d’historienne, toujours dans le souci du détail. 
L’ajout des membres de cette Ecole de la nuit, personnages historiques (dramaturges, mathématiciens, aristocrates anglais, et autres…) ayant vraiment existés, est ingénieusement intégré dans cette histoire surnaturelle, elle lui donne un relief supplémentaire et colle à merveille avec les aventures de nos deux héros, Diana et Matthew.
En parlant de Matthew justement, il s’avère être un personnage bien plus complexe qu’il n’y paraît, et à l’instar de Diana, on se pose des questions sur lui pendant une bonne partie du livre tellement il est difficile à cerner.
Décidément, je trouve que Déborah Harkness ne cède jamais à la facilité quant à la construction de ses personnages, que ce soit dans leurs caractères, leurs désirs et leurs peurs les plus intimes, et c’est aussi ce qui augmente le charme de l’histoire. 
Même l’environnement dans lequel ils évoluent est achevé !
La géographie des ruelles du Londres de 1590, la description des vêtements de l’époque, les us et coutumes de la cour et ses extravagances, etc…, tout y a sa légitimité !
On y perçoit également l’atmosphère trouble, propre à cette période marquée par la chasse aux sorcières qui sévissait aveuglément et tendait à se généraliser, laissant planer derrière elle un climat de suspicion et d’effroi, qui nous fait craindre le pire pour notre héroïne et ajoute un certain suspense tout du long.
Le mystère et surtout la quête de l’Ashmole 782 n’avance guère dans ce tome, mais cela ne m’a pas dérangée pour autant puisque la formation de Diana ainsi que toutes les rencontres qu’elle fera en 1590 compenseront amplement la diminution de révélations sur ce grimoire ensorcelé.
Parmi ces rencontres déterminantes, j’ai pris grand plaisir à découvrir la branche familiale de Matthew ! Faire la connaissance de Philippe de Clairmont et pénétrer dans l’univers de Sept-Tours aura été déterminant pour aborder le prochain tome…


Le nœud de la sorcière, tome 3 :



Résumé : Diana Bishop et Matthew Clairmont reviennent dans le présent pour affronter d’anciens ennemis et de nouveaux dangers. Dans le domaine ancestral des Clairmont à Sept-Tours, la sorcière et le vampire vont retrouver presque tous les protagonistes du Livre perdu des sortilèges – à une exception près. Une terrible menace pèse sur leur avenir, et elle ne se dissipera que s’ils parviennent à récupérer les pages manquantes de l’Ashmole 782. Mais ils ne sont pas les seuls engagés dans cette quête et le temps presse, car la grossesse de Diana arrive à son terme. Des vieux châteaux en laboratoires universitaires, s’appuyant sur des savoirs séculaires aussi bien que sur les sciences modernes, depuis les collines de l’Auvergne jusqu’aux palais vénitiens, Diana et Matthew, décidés à protéger leur amour défendu coûte que coûte, finiront par découvrir le secret extraordinaire que les sorcières ont percé voilà des siècles et des siècles.

Fantastique  – 575 pages – Editions Orbit (2014)

(Lu en décembre 2014) Mon avis : Voilà, c’est fini !
Après plus de 1600 pages passées avec les familles Bishop / Clairmont, je sens que je vais avoir un léger petit coup de blues...
Ce dernier tome est, sans hésiter, le meilleur des trois !
Tout y est, des réponses à nos questions, des surprises et des révélations, des retrouvailles, des alliances, de la science et de la politique, de la magie, de l’amour, encore de la magie, et même davantage. Bref,… c’est un véritable bouquet d’émotions fortes ! 
Je n’ai guère l’intention de vous dévoiler quoique ce soit sur ce dernier tome !
Je veux vraiment que vous le découvriez dans son ensemble, sans en altérer l’effet ultime.
Je m’autorise simplement à saluer le travail et le talent de son auteure, car il est considérable.
Les personnages de la trilogie n’en finissent pas de nous étonner et ce, dans le meilleur sens du terme. Non seulement par la maturité qu’ils gagnent au cours du récit, mais également par leurs personnalités étudiées et surtout assez fascinantes. Et si je devais rendre gloire à un seul d’entre eux (choix assez présomptueux il est vrai !), je choisirais sans hésiter Gallowglass ! Vous comprendrez aisément pourquoi ;-)
J’aime aussi tous les rouages de l’histoire car ils se sont mis en place discrètement mais sûrement ! Pas de grosses ficelles, visibles à des kilomètres, non, tout est subtilement tissés (hé hé, il fallait bien que je loue le talent de tisseuse de Déborah Harkness quand même ^^)
Ainsi, lorsque des événements surgissent, ou même quand certains personnages refont surface, rien ne sonne faux, mais au contraire tout gagne en vraisemblance.
L’alchimie n’est pas en reste car, outre son point de départ avec la découverte de l’Ashmole 782 et tous les symboles mystérieux détenus dans ses pages égarées, on peut également dire que le lien qui unit nos deux héros Diana et Matthew est bien la transposition suprême de ce que peut être l’alchimie en amour… 
Je vais m’arrêter là, de peur de vous assommer, mais avec le désir de vous avoir tenté !
A mon grand plaisir, je réalise en refermant ce dernier tome, qu’il peut tout à fait présager une suite, et là je dis « FANTASTIQUE !!! »

En conclusion : Si Déborah Harkness se défend d’être une sorcière, je suis convaincue qu’elle est une sacrée magicienne !
Car on peut vraiment dire que la magie a opéré tout au long de cette magnifique trilogie, et qu’elle restera un éblouissant souvenir de mes lectures 2014.

samedi 20 décembre 2014

Le Palanquin des larmes de Chow Ching Lie

Résumé : " Je suis née dans la Chine de la misère et des larmes. Petite fille, j'ai souffert et pleuré de bonne heure. J'étais jolie : ce n'est pas un mérite, ce fut une malédiction. Laide et difforme, je n'aurais sans doute pas été mariée de force à l'âge de treize ans ". Choisie pour son exceptionnelle beauté, Chow Ching Lie est contrainte d'épouser l'héritier d'une des plus grosses fortunes de Shanghaï. Elle incarne ainsi, sous le règne de Mao Tsé-Toung, le drame de la femme chinoise et de son asservissement séculaire.
D'un bouleversement à l'autre, Chow Ching Lie est donc soumise à rude épreuve. Heureusement, son don pour la musique la sauve. Envers et contre tout, elle poursuit ses cours de piano et entre au Conservatoire. Artiste et virtuose, elle voit alors s'ouvrir à elle une carrière internationale.



Autobiographie – Drame - 443 pages – Editions J’ai Lu (2008)

Mon avis : J’ai réalisé dernièrement que mon attirance pour la littérature asiatique se résumait et m’orientait presque exclusivement vers les auteurs japonais !

Qu’à cela ne tienne, j’allais maintenant élargir mon champ d’investigation livresque en commençant par la Chine…
Ne connaissant absolument rien de l’histoire et des coutumes de ce pays, j’avoue être allée vers la facilité en choisissant une autobiographie célèbre, et bénéficiant d’un succès mondial dès sa parution en 1975.
De surcroît, je suis de celles et ceux qui n’ont jamais vu le film ! C’est donc totalement dépourvue de repères que j’ai entamé cette lecture.
La narratrice, Chow Ching Lie, naît à Shanghai en 1936 d’une famille pauvre.
Belle, intelligente, elle va suivre des études et apprendre le piano grâce à un père enseignant.
Malheureusement elle ne pourra échapper au destin de la femme chinoise de l’époque, et sa beauté sera l’élément déclencheur d’un mariage forcé à l’âge de 14 ans avec un homme qu’elle n’aime pas, héritier d’une des plus illustres fortunes du pays.
Je ne vais pas vous faire un résumé de l’histoire, elle ne se raconte pas mais se découvre avec les mots et la sensibilité de Chow Ching Lie.
Son récit, tout en pudeur et délicatesse, est celui d’une femme à la destinée singulière, et jalonnée par les contraintes et l’asservissement. 
« Dans le lit, femme et mari. Hors du lit, maître et servante. (Proverbe Chinois) ».
Le grand atout de cette autobiographie est le contexte historique puisque l’existence de l’auteure se déroule à des moments clés de l’histoire de la chine du milieu du XXe siècle.
La naissance de Chow Ching Lie coïncide avec le début de la guerre sino-japonaise (1937-1945).
Puis, au cours de son enfance, le récit nous dévoile les coutumes et superstitions d’une Chine féodale, empesée de ses rites et traditions millénaires. Ventes des enfants, mariages forcés, esclavage des épouses, rites funéraires, avec une mise en lumière de l’importance de la religion, de la voyance, et même de l’astrologie dont dépendent nombre de décisions.
Il est vrai que les événements politiques majeurs sont évoqués de façon un peu sommaire, mais il ne faut pas oublier qu’ils sont vécus par une très jeune fille ayant sa part de tourments personnels ! 
Et ce n’est pas plus mal..., ainsi le lecteur n’est pas écrasé sous une masse d’informations, et rien ne l’empêche par la suite d’en apprendre plus sur la guerre civile chinoise, la Libération, la Campagne des Cent fleurs, le Grand Bond en avant
Malgré tout, ce tournant décisif, celui qui va modifier et remodeler le pays avec l’arrivée au pouvoir de Mao Tsé-toung, est suffisamment explicite pour nous faire comprendre le bouleversement et le sentiment de libération qu’a pu ressentir le peuple chinois, notamment la cause féminine qui s’est vue enfin attribuer quelques droits fondamentaux.

En conclusion, je dirai que grâce à ce livre, j’ai pu effleurer l’histoire d’un pays, et imaginer quelque peu la vie des femmes chinoises de cette période.


A propos du titre : Dans les temps jadis, quand la fiancée montait dans le palanquin fleuri qui l'emporte vers son mariage, sa mère et elle versaient des larmes au moment où elle quittait sa famille pour une famille nouvelle. On appelle ce véhicule « le palanquin de joie ». Pour Chow Ching Lie, ce sera « le palanquin des larmes ».(source Wikipédia)


J’ai découvert que Chow Ching Lie a écrit une suite qui s’appelle : Dans la main de Bouddha

dimanche 14 décembre 2014

Le Maître des Rêves de Roger Zelazny



Résumé : Branché directement sur le cerveau de ses patients, Charles Render y injecte des songes de sa composition. Maître dans son domaine, il est l'auteur des mondes imaginaires les plus achevés. Eileen Shallot, belle à se damner, aveugle de naissance, se présente un jour à sa porte. Elle veut voir le monde par les yeux de Render, à travers ses rêves. Ensemble, ils vont arpenter les univers qu'il a créés pour elle. Mais un jour Eileen refuse de s'arracher aux rêves de Render, dont elle prend peu à peu le contrôle pour transformer l'utopie en un piège mortel.



Science-fiction - 254 pages – Editions Folio SF (2006)



Mon avis : Tout ce qui a trait aux rêves est passionnant, et ayant beaucoup aimé le film Inception de Christopher Nolan, j’étais impatiente de me lancer dans l’aventure !
Finalement, ce livre a eu pour moi deux facettes ; d’un côté, un thème captivant articulé autour d’idées ingénieuses, truffé de références et de symboles d’origines diverses, qui se lit facilement et donne l’impression d’être d’un abord assez simple, et contenant une part indéniable de poésie et d’onirisme. 
De l’autre, un récit qui s’est avéré en fait beaucoup plus complexe que prévu, qui semble n’avoir pas livré tout son potentiel, et dont on continue de chercher à comprendre le sens profond après l’avoir refermé.
Pourtant cette idée de Neuroparticipation était vraiment prometteuse, ainsi que l’inévitable transfert " façonneur - façonné " qui s’est rapidement profilé entre Charles et Eileen. 
Malheureusement je n’ai pas réussi à réellement m’attacher aux personnages… J’ai trouvé leur personnalité et leur psychologie trop peu fouillées, trop abstraites, et j’ai été fréquemment déstabilisée par toutes les transgressions et les passages énigmatiques, comme si chacun d’entre eux détenait un profond sens symbolique m’échappant trop souvent.
J’ai trouvé un peu dommage que l’auteur ne se donne pas la peine de décrypter les messages subliminaux qu’il a insérés tout au long de l’histoire.
Peut-être parce que cette histoire n’était que son deuxième roman et pour le coup manquait d’une certaine maturité ?
Mais de la part de Roger Zelazny ça m'étonnerait beaucoup ! Je pense plutôt que ce roman s’adresse à un lectorat averti ! 
Car il faut avoir de multiples connaissances pour pouvoir saisir les nombreuses références, notamment mythiques (le loup Fenrir de la mythologie nordique, le mythe de Tristan et Yseult, par exemple), mais en philosophie bouddhiste également.
Ce lecteur avisé doit aussi, et surtout, connaître et maîtriser certains principes de la psychanalyse (le moi, le surmoi…), les courants de pensées jungienne et freudienne, et doit être capable de formuler sa propre interprétation afin d’en ressortir éclairé comme après une séance sur le divan d’un psy !
Du coup, subsiste en moi cette impression mi-figue mi-raisin...
Je n’ai pas tout compris et je quitte ce roman avec un sentiment que je n’aime pas ressentir à la fin d’un livre ; celui d’avoir l’impression d’être passée à côté de quelque chose de fort pour apprécier l’histoire à sa juste valeur…

samedi 13 décembre 2014

Challenge - Déstockage de PAL en Duo !

Emmagasiner, entasser, accumuler, stocker les livres, c’est très bien !
Mais LIRE c’est encore mieux ^^


Et c’est là que Zina et Licorne entrent en scène avec une super idée :
nous aider à réduire nos énormissimes Piles à lire ;)


L’union fait la force, j’ai donc le plaisir de former ce tandem de choc avec Sia ;)


Notre nom de code est...*roulement de tambours*... : Ouf 
(Ouf !!! j’ai cru que vous alliez me demander pourquoi ce nom-là , la team ne souhaite pas justifier ses choix, et puis… c'est top secret quoi !!! :D)  



Pour ce premier trimestre (du 1er décembre 2014 au 28 février 2015) 


notre ORDRE DE MISSION est simple : lire un AUTEUR HOMME FRANÇAIS

J’ai donc élu dans la PAL de Sia :


Couverture Les Pilleurs d'Âmes          Couverture Haut-Royaume, tome 1 : Le chevalier


Et Sia a sélectionné dans la mienne :
Couverture Le Puits des Mémoires, tome 1 : La Traque          Couverture Le Déchronologue


Je choisis avec joie de lire : Le Déchronologue de Stéphane Beauverger



Venez lire nos chroniques ;) Bon déstockage à tous !!!

samedi 6 décembre 2014

La ballade de l’impossible de Haruki Murakami




Résumé : Au cours d'un voyage en avion, le narrateur entend une chanson des Beatles: Norwegian Wood. Instantanément, il replonge dans le souvenir d'un amour vieux de dix-huit ans. Quand il était lycéen, son meilleur ami, Kizuki, s'est suicidé. Kizuki avait une amie, Naoko. Ils étaient amoureux. Un an après ce suicide, le narrateur retrouve Naoko. Elle est incertaine et angoissée, il l'aime aussi. Une nuit, elle lui livre son secret, puis disparaît...



Drame - 445 pages – Editions 10/18 (2011)




Mon avis : Mon blog étant tout récent, je n’ai pas encore eu l’occasion de vous prévenir que je suis une fan inconditionnelle de Haruki Murakami
Murakamienne un jour, Murakamienne toujours ! Tel pourrait être ma devise ;-)
Cette ballade de l’impossible est mon 8ème roman de l’auteur, et sans doute mon préféré jusqu’à ce jour...

Impossible à décrire ou à comparer,
impossible à exprimer ou à faire partager à sa juste valeur,
impossible à oublier tout simplement…

Plus je me pose la question de savoir pourquoi je l’ai tant aimé ? Moins je trouve de réponses concrètes.
Peut-être ai-je tout simplement peur de mal formuler ma pensée ou les sentiments suscités en moi ?
Mais je me dois tout de même d’essayer, ne serait-ce que pour vous donner envie de le lire à votre tour.

Quand on parle d’immersion totale, je peux dire que c’est l’effet que j’ai ressenti puisque je suis sortie de là un peu désorientée, comme si je quittais une bulle.
Une bulle dans laquelle j’étais blottie durant toute ma lecture, et même quasiment en apnée durant certains passages, notamment celui du premier séjour de Watanabe à la « Maison des amis » pour rendre visite à Naoko. 
J’avais parfois l’impression que les bruits extérieurs me parvenaient de loin, et que la réalité s’était effacée pour laisser place à ce Japon des années 70.
Alors je vous laisse imaginer le vide que j’ai ressenti lorsque cette bulle a subitement éclaté en refermant le livre !

J’y ai retrouvé des thèmes récurrents de l’œuvre de Murakami, comme par exemple :
la distorsion des êtres et leur perception du monde,
la recherche et le droit au bonheur,
et cette solitude comme éternelle toile de fond.…
Et pourtant, il ne se répète jamais puisqu’il les aborde toujours sous un angle différent.

Un des grands atouts de ses personnages, c’est qu’ils ne sont pas envahissants. Comment dire… ? Ils laissent la place aux lecteurs de s’immiscer à leur côté, au cœur de l’histoire.
D’aucuns diront peut-être qu’ils sont trop fades, mais pas du tout ! Leurs traits ne sont pas forcés mais esquissés tout en finesse justement pour permettre à chacun d’entre nous d’y trouver ses propres repères, de s’identifier pour ressentir les émotions encore plus intensément.
La musique nous accompagne de chapitre en chapitre, telle une magie apaisante, pour mieux nous rappeler le pouvoir qu’elle peut avoir sur les blessures de l’âme.
Le rythme est lent, et même idéalement allongé pour nous happer et nous faire complètement perdre la notion du temps.

Si toute la littérature japonaise est comme ça, alors je signe tout de suite !

Bande-annonce du film sorti en mai 2011 et réalisé par Tran Anh Hung :
(que j'ai trouvé assez réussi !)

dimanche 30 novembre 2014

Les Chroniques d'Alvin le Faiseur - T2 - Le prophète rouge de Orson Scott Card

Résumé : - « La terre est avec moi, frère, dit Ta-Kumsaw. Je suis le visage de la terre, la terre est mon souffle et mon sang.
 - Alors j'entendrai battre ton coeur dans le pouls du vent, dit Lolla-Wossiky.
 - Je rejetterai l'homme blanc à la mer, dit Ta-Kumsaw. »
1810, sur la Frontière des pionniers américains. Promis à l'avenir mystérieux et grandiose d'un "Faiseur", Alvin a dix ans. Le voici qui découvre le monde des hommes rouges, dont l'existence se confond avec les rythmes de la nature et de sa « musique verte ». Nouvelles épreuves, plus rudes; nouvelles révélations, plus extraordinaires. Après Le septième fils, Le prophète rouge ouvre Les chroniques d'Alvin à l'embrasement de l'Histoire, dans un récit magique et flamboyant.


Fantasy - 457 pages – Editions Folio SF (2000)
2ème tome de la saga Les Chroniques d'Alvin le Faiseur 

Mon avis : Lorsque j’avais quitté le petit Alvin à la fin du premier tome, j’avais pressenti que cette histoire était d’envergure, c’est pourquoi j’étais si impatiente de découvrir la suite ! Mais en refermant ce deuxième tome je réalise que j’avais sous-estimé ce qui m’attendait…


Comme son titre l’indique, ce second volet n’est pas centré sur Alvin, cet enfant aux talents extraordinaires, mais plutôt sur deux destins légendaires de l’Amérique du XIXe siècle.
Il s’agit de deux frères Shawnees, deux Indiens ayant réellement existé sous les noms de Tenskwatawa et Tecumseh.
Et là, Orson Scott Card fait encore très fort, il oriente histoire sur ces deux personnages emblématiques, dignes représentants d’un peuple dépossédé de ses terres et de l’anéantissement d’une culture.
Il nous emmène avec eux sur les chemins au cœur de la terre, dans les croyances ancestrales des Indiens et de leur relation très particulière avec la nature.
J’ai particulièrement aimé cette notion de musique verte, ressentie comme un chant secret offert par la terre à ceux qui la respectent, ces amérindiens en totale osmose avec la nature, la respectant pour tout ce qu’elle a à donner.
Il met aussi en lumière la perfidie de l’homme blanc qui se sert de l’alcool pour asservir des amérindiens rendus dépendants à ce poison et n’ayant plus d’autre choix que de se faire dépouiller plus facilement ensuite…
La magie est là aussi, toujours omniprésente, faisant partie intégrante du récit.
Comme dans le précédent nous croisons d’autres personnages illustres, de grandes figures historiques, pour donner foi à cette uchronie de la conquête de l’Amérique du XIXème siècle, tel un historien voulant réécrire l’histoire à sa manière et pour en révéler un sens profond
C’est ainsi que l’on croise Napoleon Bonaparte, le marquis de La Fayette, William Henry Harrison...
Car oui, ne l’oublions pas, ce n’est pas un récit historique, c’est une réécriture de l’histoire, mais quelle réécriture !
Ce que j’aime par-dessus tout, c’est que lorsque je suis ressortie de ce livre, que je me suis documentée sur ce qui s’était réellement passé, et que j’ai tenté de décrypter les événements précis d’une histoire que je ne connais pas bien, j’ai eu l’impression que ce livre était un cadeau !
Un cadeau sous forme de reconnaissance, un devoir de mémoire envers deux Indiens héroïques, dont je n’aurais peut-être jamais entendu parler mais qui dorénavant resteront graver dans ma mémoire. D’ailleurs, je vous invite expressément à découvrir le documentaire ci-dessous, en deux parties et relatant leur véritable histoire :

Merci pour eux Monsieur Orson Scott Card !





Lu dans le cadre de la 2ème session du Challenge de La Licorne

dimanche 23 novembre 2014

Belle du seigneur de Albert Cohen

Résumé : "Du joli, la passion dite amour. Si pas de jalousie, ennui. Si jalousie, enfer bestial. Elle une esclave et lui une brute. Ignobles romanciers, bande de menteurs qui embellissaient la passion, en donnant l'envie aux idiotes et aux idiots." Albert Cohen n'embellit pas la passion mais l'analyse avec une lucidité sans pareille. Des amours entre Ariane et Solal dans la Genève du début du siècle, il n'élude aucun aspect, ni la marche triomphale de la passion, ni les affres de la jalousie, ni la brutalité d'une relation plutôt sadique mais son roman demeure une des histoires d'amour mythiques de la littérature. Brossant au passage un tableau féroce du milieu des fonctionnaires internationaux où il a lui-même fait toute sa carrière, mêlant un foisonnement de récits secondaires à l'intrigue principale et passant avec une maîtrise consommée du lyrisme le plus échevelé au constat le plus froid, Albert Cohen donne avec Belle du Seigneur non seulement son oeuvre maîtresse mais un des plus beaux romans du XXe siècle.

Classique - 1110 pages – Editions Folio (1998)

Mon avis : Parler de Belle du seigneur ne se fait pas sans peine !

Peine que j’ai d’ailleurs ressentie pour aller au bout de certains chapitres.
Un problème de rythme de lecture s’est très vite imposé à moi et je n’ai pas réussi à éprouver un plaisir linéaire au fil des pages, mais plutôt  une sensation de montagnes russes en raison de l’inégalité d’intérêt suscité par certains chapitres.
Les uns étant d’une beauté et d’une intensité rare et où l’oxygène se raréfie tellement l’on côtoie les sommets de l’œuvre, quand d’autres vous font redescendre inexorablement, sont d’une monotonie sans-frein, interminables et vous plongent dans une épaisse torpeur.
Ce contraste s’est rapidement insinué au travers de l’attrait provoqué par les différents personnages.
Autant j’ai adoré les chapitres émanant de Solal ou de ses oncles, autant ceux concernant Ariane m’ont semblé longuets et vite monotones.
Elle m’a énormément agacée et j’ai souvent eu envie de sauter des pages quand elle partait dans ses soliloques à n’en plus finir.
Dans son bain, devant sa glace, etc…, à rabâcher les mêmes choses, à s’admirer sous toutes les coutures, l’antithèse de la beauté au naturel et de l’amour dans toute sa spontanéité !
Malheureusement avec ses minauderies frisant le ridicule, et un amour de l’autre cérémonieux et pompeux à outrance, son personnage perd peu à peu de sa consistance pour devenir creux et artificiel, voire théâtral !
A contrario, Solal m’a rassasiée de sa noblesse de cœur.
De la profondeur de ses discours, je suis ressortie chavirée, de ses tirades sur l’amour je garde un souvenir éblouissant, et de ses monologues une admiration sans bornes !
Toute l’intensité de ce roman est renfermée dans ces chapitres, ils sont d’une éloquence et d’une ferveur telle que j’aimerai les relire un jour, pour ne pas les oublier.
Je le concède, Albert Cohen m’a éprouvée avec ses plus de mille pages, et si j’osais, je dirais que la moitié m’aurais largement comblée en m’évitant ces longs paragraphes décourageants. 
Et pourtant… avec le recul, je ne l’imagine pas tronqué ce roman… Il est tel qu’il doit être, rebutant et parfois même assommant, mais par d’autres côtés tellement unique et remarquable !
Ce qui est sûr et certain, c’est que je conserverai un sentiment satisfait et triomphant d’avoir pu gravir jusqu’à la dernière marche ce monument de la littérature française !

Un grand merci à Sitsuko qui est à l’origine de cette découverte ! 

Grâce à son initiative de lecture commune et au plaisir partagé, nous avons passé un super moment de lecture. D’ailleurs nous avons un avis très similaire, pour preuve son super billet !

Bande-annonce du film sorti en juin 2013 et réalisé par Glénio Bonder :

samedi 15 novembre 2014

La Horde du Contrevent de Alain Damasio

Résumé : " Imaginez une Terre poncée, avec en son centre une bande de cinq mille kilomètres de large et sur ses franges un miroir de glace à peine rayable, inhabité. Imaginez qu'un vent féroce en rince la surface
Que les villages qui s'y sont accrochés, avec leurs maisons en goutte d'eau, les chars à voile qui la strient, les airpailleurs debout en plein flot, tous résistent. Imaginez qu'en Extrême-Aval ait été formé un bloc d'élite d'une vingtaine d'enfants aptes à remonter au cran, rafale en gueules, leur vie durant, le vent jusqu'à sa source, à ce jour jamais atteinte : l'Extrême-Amont.
Mon nom est Sov Strochnis, scribe.
Mon nom est Caracole le troubadour et Oroshi Melicerte, aéromaître. Je m'appelle aussi Golgoth, traceur de la Horde, Arval l'éclaireur et parfois même Larco lorsque je braconne l'azur à la cage volante.
Ensemble, nous formons la Horde du Contrevent. Il en a existé trente-trois en huit siècles, toutes infructueuses. Je vous parle au nom de la trente-quatrième : sans doute l'ultime. "

Science-fiction Fantasy - 700 pages – Editions Folio SF (2007)

Mon avis : Je suis ressortie toute échevelée, soufflée, décoiffée par ce roman !

D’un style étonnant, cet hybride SF / Fantasy est probablement unique en son genre.

Une quête, mais pas n’importe laquelle ; trouver l’origine du vent, le bout du monde, l’extrême-Amont, et qui nous embarque à contre-courant de cet élément indomptable qu’est le vent, souffle de vie, durant 700 pages !

Ce vent en toile de fond, créateur de tout, présent sous toutes ses formes, ses rythmes et ses différentes mutations.

Alain Damasio fait preuve d’une telle générosité ! Il l’apprivoise et en décompose chaque variation, allant même jusqu’à nous offrir son langage écrit, comme une musique sur une partition, et que l’on l’entend murmurer, siffler ou bien mugir à l’instar de ces courageux hordiers dans un monde balayé.

L’univers est rude, la terre intraitable, et pourtant, la poésie est là, je l’ai ressentie comme une douce brise réconfortante durant toute la trace !

La philosophie n’est pas en reste non plus, elle est insufflée au cœur même de certains personnages, dont les plus charismatiques deviennent très vite attachants.

Le lien indéfectible qui peut unir des êtres dans l’adversité prend toute sa signification dans les épreuves traversées, une union ou l’équilibre de chacun dépend de la cohésion de tous.

On ne peut que souffrir avec eux dans les contrées inhospitalières parcourues, et il y en a, croyez-moi !

La notion de solidarité trouve toute sa signification, et grâce à leurs individualités hors du commun, cette horde apparaît comme un tout, un aboutissement pour une ultime mission.


J’ai retenu quelques passages magnifiques :

- "Et le jour où il n'y aura plus de couleur nulle part, où tout sera blanc sur la terre comme au ciel, je me trancherai une veine pour que tu puisses encore voir du rouge !"
- "Avant même de naître, je crois que nous marchions. Nous étions déjà debout, la horde entière étalée en arc, déjà fermes sur nos fémurs et nous avancions avec nos carcasses raclées et nos côtes nues, les rotules rouillées de sable, à griffer le roc avec nos tarses. Nous avons marché longtemps ainsi, tous ensemble, à chercher la première de toutes nos prairies. Nous n'avons jamais eu de parents : c'est le vent qui nous a faits. Nous sommes apparus doucement au milieu de la friche armée des hauts plateaux, à grandes truellées de terre voltigée pris dans nos ossements, par l'accumulation des copeaux de fleurs, dit-on aussi, sur cette surface qui allait devenir notre peau. De cette terre sont faits nos yeux et de coquelicots nos lèvres, nos chevelures se teintent de l'orge cueilli tête nue et des graminées attirées par nos fronts."


Les mots sont beaux, forts, et ce livre renferme de nombreuses perles, je pense notamment aux joutes linguistiques, petits moments de pur bonheur...

Que dire de plus, sinon que je suis étourdie, Vent Dieu !






D'autres billets : C'era una volta , Licorne , Mypianocanta , Mariejuliet
Pour aller plus loin :

mercredi 5 novembre 2014

Les Chroniques d'Alvin le Faiseur - T1 - Le Septième Fils de Orson Scott Card

Résumé : Au bord de la rivière Hatrack, près des forêts profondes où règne encore l'homme rouge, un enfant au destin exceptionnel va naître en des circonstances tragiques. Septième fils d'un septième fils, il détiendra, dit-on, les immenses pouvoirs d'un " Faiseur ", pour peu qu'il parvienne à échapper aux périls qui pèsent sur son existence. Car il est un autre pouvoir, obscur, prêt à tout pour l'empêcher de vivre et de grandir.
Nous sommes dans les années 1800, sur la terre des pionniers américains. Mais dans ce monde parallèle opèrent charmes et sortilèges, on y possède des talents à la dimension magique, et les ombres de présences bienveillantes ou maléfiques rôdent dans la nature.


Fantasy - 356 pages – Editions Folio SF (2000)
1er tome de la saga Les Chroniques d'Alvin le Faiseur 



Mon avis : Ce Septième fils aura été pour moi une révélation du talent indéniable d’Orson Scott Card, et outre que c’est mon premier roman de l'auteur, je l’ai apprécié pour de nombreuses raisons.
Commençons par le décor ; quoi de mieux que la colonisation d’un nouveau continent comme l’Amérique des pionniers pour mettre en scène toutes les différentes cultures et traditions, les croyances religieuses et les superstitions héritées des différents peuples (Indiens, européens…), permettant de créer dès les premières pages cette atmosphère très particulières d’une Amérique uchronique superbement crédible grâce notamment à l’ajout de véritables personnages célèbres (hommes politiques, écrivains…), venant en quelque sorte donner foi au récit en lui donnant une force supplémentaire.
Puis les personnages ; cette part d’humanité présente à tous les chapitres, et au travers de leurs épreuves traversées, à commencer par cette petite torche Peggy, première pièce du puzzle, et déjà investie d’un fort pouvoir laissant présager un lourd fardeau.
Mais aussi avec Mot-pour-mot, auquel je me suis immédiatement attachée, cet insolite voyageur-conteur inspiré apparemment par le peintre et poète pré-romantique britannique William Blake et apportant cette pointe de poésie qui affleure de temps à autre.
Tout sonne vrai puisque l’on se laisse guider, convaincus d’avance que la réécriture de l’histoire de cette  Amérique du XIXe siècle tiendra ses promesses. Tout nous conforte dans ce bien-fondé à commencer par les dialogues exprimés avec ce langage argotique des villageois. L’utilisation des charmes et la faculté innée d’utiliser la magie ancestrale n’en devenant que plus légitime.
J’ai également été captivée par cette approche du bien et du mal, apparemment chère à Orson Scott Card, dans laquelle il réussi a brillamment concilier débats théologiques, découvertes et apprentissage de dons extraordinaires, avènement de l’enfant élu, pouvoir de la nature et des éléments (eau, terre, etc…), et combat de l'Église contre les superstitions…
Evidemment la tâche de ce septième fils d'un septième fils reste nébuleuse, quelle est la nature réelle de ses pouvoirs, jusqu’où peuvent-ils aller, et dans quel but final ?
Et c’est justement tout le sel de ce premier tome ; nous mettre en condition optimale avec de solides bases pour passer à la suite avec le Prophète rouge, comme autant de pistes ouvertes et restées en suspens...

dimanche 2 novembre 2014

La fille automate de Paolo Bacigalupi


Résumé : Fin du XXIe siècle, après le grand krach énergétique, la calorie est devenue l'unité la plus recherchée. Anderson Lake travaille en Thaïlande pour AgriGen, une multinationale agroalimentaire. Sa couverture de gérant d'usine lui permet de passer au peigne fin les marchés des rues de Bangkok à la recherche de denrées que l'on croit disparues. Là, il rencontre Emiko.
 Emiko est la Fille automate, une belle et étrange créature abandonnée. Emiko n’est pas humaine, elle fait partie du Nouveau Peuple, c’est un être artificiel élevé en crèche et programmé pour satisfaire les caprices décadents d’un homme d’affaires de Kyoto.
 Considérés comme des êtres sans âme par certains, comme des démons par d’autres, les automates sont des esclaves, des soldats et des jouets pour les plus riches dans ce futur proche et effrayant où les sociétés de calories dirigent le monde. L’ère du pétrole est passée, et les effets secondaires des pestes génétiquement modifiées ravagent la terre.
 Qu’arrive-t-il quand les calories deviennent monnaie ? Quand le bioterrorisme devient un outil de profit pour les entreprises ? Quand les dérives génétiques dudit bioterrorisme forcent l’humanité à basculer dans l’évolution posthumaine ?

Science-Fiction - 595 pages – Editions Au Diable Vauvert (2012)

Mon avis : C’est vrai que l’on ne peut pas parler d’un livre réjouissant au regard de l’avenir que nous dépeint Bacigalupi ! Sombre, déprimant, voire vraiment terrifiant, je l'ai pourtant trouvé assez crédible.
C’est une des grandes réussites de cette histoire, rien ne semble irréaliste, ou inimaginable.
Je l’ai même presque ressenti comme une mise en garde, où un sombre présage de ce qui pourrait advenir de l’humanité dans ses plus pessimistes projections.
Son inventivité également ! Les cheshires, les hommes des calories et autres PurCal et AgriGen, la rouille vésiculeuse et les charançons transpiratés, les noctombres, et j’en passe… Tout un vocabulaire qui ne vous parle pas au départ, mais qui représente et exploite de très bonnes idées, originales, et surtout sensées et compréhensibles.
J’ai trouvé judicieux de changer de personnage à chaque chapitre. Déjà parce que c’est plus attrayant et enrichissant de se glisser dans la peau de chacun d’eux, et ensuite parce que je n’ai pas eu l’impression qu’Emiko l’automate était la seule héroïne de cette histoire. Même si beaucoup d’éléments gravitent autour d’elle, j’ai trouvé les autres protagonistes du récit au moins aussi intéressants qu’elle !
L’âme humaine y est décrite avec brio, poussée à l’extrême dans sa volonté de s’en sortir à n’importe quel prix, au milieu de cette atmosphère de corruption, de terreur, de traitrise, et où l’argent, l’ambition, ou même le désespoir sont de puissantes motivations !
Et puis, bien évidemment l’univers thaï est un atout majeur, tellement singulier et relaté avec une telle finesse que je me suis sentie embarquée sur les flots du fleuve Chao Phraya !
J'ai d'ailleurs eu envie de savoir d’où était sortie l’idée du mythe du Phra Seub, et j’ai trouvé cette référence
Pour être honnête, le début m’a un peu déstabilisée avec ce vocabulaire thaïlandais omniprésent qui m’a fait perdre un peu de temps pendant les premiers chapitres pour creuser et chercher sur le net à en comprendre le sens exact. J’avais le sentiment que cela m’aiderait à m’immerger plus intensément dans cette culture et surtout dans l’ambiance du roman.
Et je crois que j’ai bien fait car ensuite, tout était plus fluide et distinct, mais surtout plus authentique !
Il m’a manqué deux choses pour faire de cette lecture un coup de cœur :
- Un petit lexique en fin d’ouvrage pour tous les mots en italique. Il permettrait au lecteur de plus vite accrocher à l’histoire sans se sentir freiné par des mots inconnus.
-Une petite source de lumière, de bonté d’âme, d’espoir… Tout cette histoire manque cruellement d’altruisme, c’est du chacun pour soi, et l’âme humaine semble tout de même bigrement sombre et entachée.
Alors c’est vrai que dans un contexte pareil, difficile de penser aux autres quand on lutte pour sa propre survie, mais quand même, j’ai envie de croire que nous pourrions mieux faire !!!

Nul doute que ce roman mérite ses nombreux prix obtenus : Prix Hugo, Nebula, Locus, et bien d'autres ...

D'autres billets : Le chat du cheshireAnaterya

jeudi 30 octobre 2014

Mauvaise étoile de R.J. Ellory

En l'honneur du premier challenge de Léa Touch Book , je me suis inscrite avec joie à ce super événement, me permettant ainsi de découvrir l'univers d'un auteur très talentueux : R.J. Ellory !
Événement R(ead) J(ust) Ellory


Le principe : 1 mois pour lire le roman de son choix. 




J'ai donc choisi de participer avec : 




Résumé : Texas, 1964. Après l'assassinat de leur mère, Elliott et Clarence ont passé le plus clair de leur adolescence dans des maison de correction et autres établissements pénitentiaires pour mineurs. Le jour où Earl Sheridan, un psychopathe de la pire espèce, les prend en otage pour échapper à la prison et à la condamnation à mort, les deux adolescents se retrouvent embarqués dans un périple douloureux et meurtrier. Alors que Sheridan sème la terreur dans les petites villes américaines bien tranquilles qui jalonnent leur route, une sanglante et terrible partie se met en place entre les trois protagonistes. Loin de se douter de la complexité de celle-ci, les policiers, lancés à leurs trousses, et en particulier l'inspecteur Cassidy, ne sont pas au bout de leurs surprises.


Policier Thriller  - 535 pages - Editions Sonatine (2013)



Mon avis : Il y a des livres comme ça dont le titre est déjà un personnage à lui seul, et quel personnage ! 

La nuit nous enveloppe très vite comme pour mieux accentuer cette impression de prédestinée accablante qui nous saisit dès le début. 
Cette mauvaise étoile dirige et manipule les événements, selon son bon plaisir. Elle règne quasiment en maîtresse absolue, et reste omniprésente à l’esprit du lecteur tout du long, 
Une enfance désastreuse, le hasard d’une terrible rencontre, et le road trip assassin dans une Amérique des années soixante commence ! 
Le destin peut réserver de sombres apparences et celui de ces deux demi-frères ressemble à une longue et inexorable descente aux enfers. Les événements s’emballent à une vitesse vertigineuse, comme une chevauchée meurtrière se déroulant sous nos yeux impuissants. 
R.J. Ellory nous prend avec habileté à témoin et parvient à nous imposer ce sentiment de malaise inhérent à cette sensation de fatalité écrasante. Est-il possible de lutter contre ces hasards qui jalonnent notre existence pour les tourner à notre avantage ? D’en détourner les effets néfastes par des choix et des décisions ultimes ? 
Ce roman est noir, très noir, puisqu’il raconte l’enfantement du mal, la naissance d’un tueur et d’une aliénation macabre. 
Révélé par son modèle, on assiste effrayés, à ses premiers pas, à ses balbutiements, ses délires et ses leitmotivs, jusqu’à devenir complètement terrifiés par sa résolution de soif de sang, comme unique et seul mode de fonctionnement. 
Le besoin d’exister et de prendre le pouvoir poussés à leurs paroxysmes ! 



Alors oui ! J’ai souffert plus d’une fois pour les victimes évidemment, mais ce Challenge aura été pour moi l’occasion de découvrir un auteur avec un grand A.

Roger Jon Ellory vous présente son ouvrage :


Un immense merci à  R.J. Ellory et à Léa Touch Book de m'avoir permise par la même occasion de participer au concours et de gagner l'Album promotionnel du groupe de musique d'Ellory :) Je suis ravie et honorée !!

mardi 28 octobre 2014

Docteur Sleep de Stephen King



Résumé : Danny Torrance a grandi. Ses démons aussi... Hanté par l’idée qu’il aurait pu hériter des pulsions meurtrières de son père Jack, Dan Torrance n’a jamais pu oublier le cauchemar de l’Hôtel Overlook. Trente ans plus tard, devenu aide-soignant dans un hospice du New Hampshire, il utilise ses pouvoirs surnaturels pour apaiser les mourants, gagnant ainsi le surnom de « Docteur Sleep », Docteur Sommeil. La rencontre avec Abra Stone, une gamine douée d’un shining phénoménal, va réveiller les démons de Dan, l’obligeant à se battre pour protéger Abra et sauver son âme...

Horreur - 584 pages - Editions Albin Michel (2013)
Fait partie de la saga Danny Torrance (Suite de Shining)



Mon avis : Il eut été vraiment dommage que S. King nous prive de cette suite de Shining ! D’ailleurs, cela a presque failli se produire, puisqu’il nous explique dans une note à la fin du livre que c’est lors de la tournée promotionnelle de son roman Sac d’os publié en 1998, au cours d’une séance de signatures, qu’un de ses lecteurs lui a lancé : 
- « Hé, vous avez une idée de ce qu’est devenu le gosse de Shining ? ». 
Une question qu’il s’était souvent posée d’ailleurs, ainsi que d’autres, comme il nous l’explique dans cette même note de fin d’ouvrage.
Alors merci à ce lecteur qui a fait germer la petite graine permettant d’engendrer ce Docteur Sleep très réussi.
Mais surtout un immense bravo à Monsieur King qui ne nous déçoit pas avec une suite qui aurait facilement pu s’avérer une chausse-trappe redoutable tellement l’attente était exigeante.
Toutes ces années de mûrissement ont portées leurs fruits puisqu’au travers du personnage de Dan, la maturité de l’écrivain, mais aussi ses expériences (notamment face à l’alcoolisme et aux A.A.), et même ses craintes ou ses angoisses (la vieillesse, l’approche de la mort) s’expriment remarquablement.
C’est aussi l’histoire d’un homme qui, à un moment de sa vie, va toucher le fond, et qui va devoir porter sur ses épaules le poids terrible de la culpabilité jusqu’au moment où il acceptera (ou pas...) de poser ce sac, et de le déballer en public.
J’ai trouvé l’empathie du Docteur Sleep dans le rôle qu’il s’est attribué au sein de cet hospice bouleversant, si seulement il pouvait en exister dans chaque établissement ! Mais évidemment, il faudrait le chat qui va avec…
Je ne dois pas oublier de parler des méchants qui n’ont pas été lésés dans l’histoire ! Sous leurs aspects de Monsieur et Madame Toulemonde, ils n’en sont que plus terrifiants et je vous mets au défi de ne pas penser à eux lorsque vous croiserez un rassemblement de camping-cars sur la route ou sur une aire d’autoroute. En même temps, si vous n’avez pas de vapeur, vous ne risquez pas grand-chose ;-)

Alors pour finir, Monsieur King, si vous me lisez... (bah quoi ? Peut-être est-il un assidu de la blogosphère !) et si vous en avez d’autres comme celui-là dans vos tiroirs, ne nous faites pas languir trop longtemps :)
D'ailleurs, histoire de gagner du temps je vous pose la question dès maintenant : 
- « Hé, la gamine, Abra, que devient-elle ? »